06 février 2008
Un 6e, c'est rigolo
L'arrivée des 6e en septembre, c'est toujours un grand moment d'analyse sociologique, qui se poursuit tout au long de l'année scolaire. Ils arrivent de leurs écoles, de leurs quartiers, certains se connaissent, d'autres pas, mais pour tous, waouh, le collège ça veut dire ça y est j'suis un grand. Mais ils expriment pas tous cette joie de la même façon. En gros, moi je divise les 6e en trois catégories :
- les ex-CM2, équipés de cartable, protège-cahier, couettes, fringues Petit Bateau, qui jouent au loup dans la cour, mesurent 1m20, carnet toujours bien signé, anniversaires le mercredi aprem'. Eux ils s'en foutent du collège, tout c'qu'ils veulent, c'est pouvoir se courser dans la cour, et pour ça ils sont même prêts à se ranger par deux en se tenant la main si on leur demande (ben quoi, j'voulais voir si ça se faisait encore !).
- les futurs 3e, équipés de pochette pour les garçons, de sac à main pour les filles, casquette, mèches blondes, lecteur mp3, qui arpentent la cour en meute, ricanent, carnet perdu, boom le samedi soir. Eux ils connaissent mieux le collège que moi, et se préparent dès la 6e à régner quand ils arriveront en 3e, d'ailleurs ils ont déjà décidé que nous, pions, profs et autres vieux on servait à rien.
- les 6e transparents, ceux qu'on découvre en milieu d'année, eh mais t'es qui toi ? Etre en 6e, ça leur fait ni chaud ni froid, qu'est-ce qu'on s'en fout qu'ils disent, assis sur un banc dans la cour, deux par deux, sac à dos sur les genoux, manteau zippé jusqu'aux yeux.
Mais les catégories ne sont pas fixes. Y'en a, ils glissent dès décembre de la catégorie "transparent" à "futur 3e". Ou de "ex-CM2" à "futur 3e". Mais en général, une fois qu'ils sont passés "futur 3e", c'est irréversible. C'est bien dommage d'ailleurs. Parce qu'après, s'ils sortent de "futur 3e", c'est pour devenir "actuel chieur" ou "futur viré du collège". D'un autre côté s'ils devenaient d'un coup "ex-CM2", je m'inquiéterais.
En parlant d'ex-CM2 authentique, y'en a un qui m'a bien fait rigoler l'autre matin. Un gentil, qui court pas trop, tendance transparent, il va pas tarder à glisser celui-là je pense. Il se pointe au collège en retard et évidemment me sort son carnet de correspondance tout bien signé, avec un beau mot écrit de sa môman. Ah nan, c'est pas sa môman, c'est celle de son copain ex-CM2.
Veuillez excuser l'absence de Maxime qui s'est arrêté chez nous ce matin en venant au collège. La môman de Pierre.
Face à un tel mystère, il est de mon devoir d'enquêter. Ma curiosité ne s'en remettrait pas sinon.
- Tu t'es arrêté chez Pierre ? Pourquoi donc ?
- J'étais dans le bus et puis je suis descendu pour passer chez lui.
- J'ai bien saisi oui, mais pourquoi descendre du bus pour aller chez lui ?
- Bah j'avais vraiment trop envie de faire caca.
J'ai pris un air détaché alors que tout mon corps riait intérieurement à gorge déployée.
- Ah. Ok. Tu peux monter en cours. Vas-y vite.
Vite vite parce que je vais exploser de rire. Ayé il est sorti. Ah ah ah ah ah ah ah. Je crois qu'il va rester ex-CM2 encore un peu.
02 février 2008
Un cerveau pour deux
Fred et Sophie sont jumeaux. L'une est blonde, l'autre est brun. L'un est maigre, l'autre un peu rondelette. L'une est sage, l'autre est déchaîné. Un peu comme les frangins de Tokio Hotel. Mais pourtant ils semblent partager un seul et même cerveau.
- J'ai oublié de faire signer la remarque dans mon carnet, mais c'est pas faute, c'est Sophie elle a oublié de m'y faire penser !
17 janvier 2008
Crête party
On a déjà causé Tecktonik dans un précédent article, mais je vais en remettre une couche quand même. D'abord parce que j'aime bien la tecktonik et vous pouvez bien me montrez du doigt, me huer, me siffler, hurler à la honte, à la décadence, à la fin de civilisation, j'en ai rien à faire. Mais surtout parce les djeuns, ils aiment la tecktonik encore plus que moi, alors que voulez-vous, je suis bien obligée de suivre le mouvement, je suis le reflet de la jeunesse MOI. Allez j'rigole, vous vexez pas.
Telle une bergère au milieu de ses pâturages, je contemplais d'un air serein mes brebis paître dans la cour, visiblement heureuses de leur destinée. Ces petits moutons, les 6e1, les Duracell pour ceux qui suivent, sont les avant-gardistes de la néo-tecktonik (putain je viens de créer un concept, je vais être riche). La néo-tecktonik, c'est encore plus tectonique que la tecktonik. Ils ont dégagé les fluoteries de leur look, ils ont ajouté les chaînes bling bling genre P. Diddy, ils portent la casquette et usent le verbe de Soprano, ils jouent au foot (vous imaginez un vrai danseur de tecktonik jouer au foot ? non, ben voilà), et ils kiffent leurs Nike. Un bon gros mélange de tout ce qu'ils voient et entendent partout où ils vont. C'est perméable ces choses-là. Ils se cherchent et ils trouvent la néo-tecktonik (allez je le replace, je suis pas comme ça). Mais un élément du tecktolook (encore un nouveau concept !) reste fixe : la crête. Dans les cheveux j'entends. Je les regarde et je vois une dizaine de crêtes qui court, qui saute, qui se bagarre, qui rigole, des brunes, des blondes, des noires, des rousses, des longues, des courtes, des au-gel, des à-la-laque, des qui-tombent, des frisées, des de-travers, des vers-l'avant, des vers-l'arrière, c'est un vrai festival de crêtes. J'avais jamais fait gaffe. Regardez vos élèves, vous verrez, quand on fait attention c'est trop rigolo toutes ces petites têtes triangulaires, on dirait des petites fraises.
- Eh dites donc les djeuns, c'est quand même vachement marrant, vous êtes tous coiffés pareil, tous la même crête.
- Ben ouais, on représente notre pays.
Hum je reste quelque peu perplexe. La fonction civique de la crête ? Un message subliminal ? Un code secret ?
- Euuuh, développe...
- Ben la crête ! Le coq ! La France !
C'qui sont malins ces 6e1.
13 janvier 2008
Spontanéité
- Bonjour, je viens faire signer ma dispense spontanée.
- Spontanée ?
- Ben ouais j'peux pas faire sport aujourd'hui.
- Aaaah, tu veux dire une dispense ponctuelle...
08 janvier 2008
L'élève et le CPE
- Chuis en retard.
- Ben t'étais où ?
- J'étais avec le barbu du CPE.
Suite à un commentaire perplexe, je me dois d'apporter le dictionnaire.
Selon moi, l'interprétation pourrait être :
1. Le CPE barbu (la plus plausible).
2. Parmi les CPE, celui qui est barbu (mais il n'y a que deux CPE et l'autre est une femme, donc j'émets quelques réserves).
3. L'homme barbu présent dans la "zone" CPE (le bureau des CPE serait donc une entité à part entière dans laquelle évoluent divers personnages).
Pour voter, tapez 1, 2 ou 3 !
20 décembre 2007
Orientation scolaire
- Et toi Juliette tu veux faire quoi plus tard ?
- J'veux être chômeuse.
- Mais c'est pas un métier chômeuse.
- Bah si.
- Bah nan.
- Bah si ! Même que mon père il est chômeur. Tu vois bien.
16 décembre 2007
Soutien scolaire (ou pas).
Le truc qui est cool avec le pion, c'est qu'on peut lui faire faire n'importe quoi (sauf le café j'ai dit). Chez nous, le pion il fait du soutien scolaire. Même s'il est nul en tout, qu'il fait des fautes d'orthographe, qu'il sait pas placer le Darfour sur une carte, qu'il sait pas multiplier des fractions ou calculer la surface d'un cercle.
L'autre jour, je soutenais donc scolairement mon petit groupe d'élèves. Vachement contents d'être là. Ce sont les parents qui les inscrivent et eux ils sont obligés de venir, alors qu'ils auraient pu quitter une heure plus tôt. Les boules. Et les boules pour moi aussi, je pulvériserai jamais mon record de jeter de hamsters sur internet. Donc ils se pointent, 10 minutes de retard ("J'étais aux WC m'dame ! ", "Je disais au revoir à mes copines", "J'étais coincé dans mon casier", "Je me suis perdu", au choix) et hop on attaque. Enfin c'est vite dit. Il leur faut déjà 10 minutes pour sortir leurs cahiers de texte. Parce que moi je dis cahier de texte mais eux ils disent agenda, alors ça crée des quiproquos. Alors je leur dis que c'est un quiproquo mais ça non plus ils savent pas ce que c'est alors on perd encore 10 minutes. Donc finalement ils sortent leur agenda tout découpé-colorié-collé-annoté-plein de photos où en fait pour trouver les devoirs, faut s'accrocher, c'est le bazar. Ayé, là, entre une photo et un "J''t'ador ma puce T tro belle ma meilleur ami, on a tro D bon délir ensembl", y'a un ptit truc marqué. Du français, ça devrait aller. Des exercices sur les accords du participe passé. Ca date. Genre en décénnies. J'essaie de me rappeler la règle, je me lance dans une explication free-style, ils froncent les sourcils, ils ont rien compris, je sors les rames, ah une étincelle à gauche, je continue, non rien chez les autres.
- Bon allez on va commencer l'exercice et en le faisant, vous allez bien finir par comprendre.
Rien de tel qu'expériementer par soi-même.
Ca avance pas trop mal, en fait Eva à gauche a pigé et elle balance les réponses à tout le monde. Ca convient à tout le monde. Je vais pas casser l'ambiance.
Hop ils ont fini la page d'exos.
- Tiens Jessica tourne la page, je pense qu'il y en a encore de l'autre côté.
- Nan M'dame y'a qu'ça.
Je tourne la page.
- Ah oui, effectivement, y'a qu'ça.
Grâce à moi ils ont progressé en français. Je suis vachement fière. Jusqu'à ce que Jessica me réponde :
- Tiens, niquée !
Tout le monde rigole. Moi sur le coup j'ai pas envie. Mais un peu quand même, au fond, j'avoue. Mais je me retiens.
C'est moi qui ai besoin de soutien.
