07 juin 2008
Dédée & Cie versus Eluise & Cie
Aujourd'hui avec ma copine Dédée on s'est posé une grande question scolaro-existentielle à tendance sociologique.
Déjà faut que vous sachiez que Dédée elle est pionne au collège qui est situé presque juste en face du mien, et les gamins de son collège, comme les miens, mangent au lycée à midi, et c'est comme ça qu'on est devenues copines elle et moi. Oui je sais, c'est un chouilla compliqué. Donc avec Dédée on mangeait à la cantine et on causait fringues et chaussures, pour changer. Puis on sait pas comment, on s'est mises à parler pédagogie et claques. C'est là que Sam-qui-pue-mais-moins-que-d'habitude-surtout-depuis-qu'il-met-du-déo a dit :
- Mais quand même Dédée, tes gamins, ce sont des cas.
Dédée, elle est comme moi. Une pionne de folie. Et elle aime pas qu'on insulte ses protégés.
- Comment ça des "cas" ?
- Ben des cas sociaux quoi.
Dédée, elle a vu rouge. Déjà qu'elle l'aime pas, Sam.
- Des cas sociaux ? Mais qu'est-ce que t'en sais ?
- Ben j'vois bien ! Les gamins d'Eluise, ils sont mieux habillés, ils sont moins bruyants...
- Attends tu rigoles, t'as vu Julien des 6e Déchaînés ? Les élèves d'Eluise sont pas mieux.
Moi j'avais quand même rien demandé alors je leur ai fait remarquer :
- Eh moi j'ai rien demandé. Et puis bon c'est difficile de comparer les deux collèges...
En effet.
Le collège de Dédée recrute ses élèves sur un secteur dit "sensible". Le mien comporte une zone de recrutement dite "privilégiée".
Le collège de Dédée a une classe pour les primo-arrivants. Mon collège enseigne une langue "rare" qui permet aux parents malins de demander une dérogation pour y inscrire leurs enfants.
Le collège de Dédée accueille des enfants exclus d'autres collèges. Le mien exclut des élèves.
Les élèves du collège de Dédée sont mal fagotés, bruyants, agités, ils ont souvent un passé du genre foyer/parents en prison. Mes élèves partent en vacances à chaque période de vacances et ont tous le kit lecteur mp3/Playstation/téléphone portable.
Mise en situation dans mon collège. Une élève porte des ballerines sans chaussettes, ça meule sévère dehors :
- Eh dis donc miss, fait froid, tu portes des godasses d'été là !
- Mais c'est pas ma faute c'est la femme de ménage, j'sais pas où elle a rangé mes bottes.
Mise en situation dans le collège de Dédée. Une élève porte des ballerines sans chaussettes, ça meule sévère dehors :
- Eh dis donc miss, fait froid, tu portes des godasses d'été là !
- Ben j'ai que ça.
Voilà. Sam a donc confirmé :
- C'est bien ce que je disais, tes gamins, Dédée, ce sont des cas !
- Je préfère travailler avec mes cas qui me respectent qu'avec les p'tits cons d'Eluise qui en ont rien à foutre de ce qu'on leur dit.
- Eho tu laisses mes p'tits cons d'abord.
Merde alors, je demandais rien moi.
Alors avec Dédée on a lancé un défi afin de répondre à cette fameuse grande question : est-il préférable de travailler avec des gamins dits difficiles ou avec des gamins dits privilégiés ?
Mise en application :
A la cantine, les gamins de Dédée font le bazar. J'interviens :
- Oh les jeunes, vous calmez vot' joie oui ?
- Oui oui m'dame pardon !
Certes, ils continuent leur bazar. Mais leurs yeux brillent, ils s'amusent. Pour peu je rirais avec eux.
A la cantine toujours, mes gamins font le bazar. Dédée intervient :
- Oh les jeunes, vous calmez vot' joie oui ?
- C'est qui celle-là ?
Ils dévisagent Dédée, soupir méprisant, froncement de sourcils. Le bazar continue.
Les faits scientifiques ont parlé.
Alors je réféléchis. Je repense aux fois où des élèves se sont mis à bouder, à me tourner le dos et à refuser de me parler parce qu'ils étaient vexés que je leur remonte les bretelles. Je repense au "T'es qu'une pionne" que j'ai entendu plus d'une fois. Je repense à toutes les emmerdes avec les parents, et pourquoi mon fils il est collé et pas son copain.
C'est vrai que ce sont de sacrés crétins quand ils s'y mettent, mes privilégiés. Mais je les aime bien quand même.
04 juin 2008
Du travail en permanence
Mes presque-vacances anticipées me permettent de pratiquer une de mes activités favorites : voguer sur la blogosphère. Mine de rien, lire des blogs, ça prend un temps fou. D'ailleurs si cette année j'avais passé autant de temps à bosser mon agreg' qu'à lire des blogs, je serais la reine du monde. Au moins.
Après un réveil matinal vers midi, je commence ma balade bloguesque, pendant qu'un morceau de mon cerveau se met à la recherche d'une idée d'article pour mon propre blog. Je vais de lien en lien, je lis un article, j'en commente un autre. Mes clics m'amènent chez Proald, je lis son article Brevet Blanc et paf une idée d'article me tombe dessus : je ne vous ai encore jamais raconté les détails d'une heure de perm' classique. Lisez son article à lui, vous comprendrez le rapport et puis ça lui fera plaisir.
Dans mon collège, l'heure de perm' classique ressemble beaucoup à ce que décrit Proald. En effet, nous avons l'immense malchance, nous, pauvres pions, de ne pas avoir de bureau rien qu'à nous. Donc nous sommes coincés toute la journée dans la perm' avec les élèves, pas d'échappatoire possible, y'a intérêt à avoir les nerfs solides ou alors de bonnes boules Quiès.
Ca sonne. Nous sommes tous dans les couloirs entre deux heures de cours, l'oeil alerte, le bras leste, l'oreille aiguisée. Le but : éviter les claquages de portes dans le nez des copains, les bagarres dans les couloirs, les jets de sacs dans les escaliers, les hurlements intempestifs.
Deuxième sonnerie. On redescend vite en perm'. Les élèves attendent devant la porte ou dans un périmètre d'environ... cinquante mètres. Les pions un poil rigoristes tentent de ranger les élèves devant la salle puis ils les font rentrer mais les placent : séparer les copains, éclater les groupes au maximum, élaborer des stratégies en faisant en sorte que de sa place Momo ne puisse pas communiquer avec Francky. Ca, c'est moi. Les autres pions, les plus crevés, les plus cools, les moins organisés, les plus rigolos, font entrer les élèves en vrac, qui vont aussitôt se masser loin de nous.
Puis on passe cinq minutes à crier plus fort qu'eux :
- On s'assoit, on sort des affaires et on s'occupe !
Cette phrase, je la répète environ mille fois. Puis j'attaque nominativement :
- Francky, tu poses tes fesses, tu te tais, et tu sors des affaires !
- Momo, c'est une salle de travail, on ne reste pas à rien faire et surtout on se tait !
Ca peut durer un quart d'heure. Alors après je passe aux menaces :
- Y'aura pas de récré pour ceux qui font le bazar !
(Je dis ça mais je le fais jamais, ça va pas la tête non, je les vois assez).
- Tout le monde met son carnet de liaison sur la table !
(Efficace trois minutes).
- Je vais vous coller !
(Mes collègues font ça mieux que moi).
- Y'en a qui vont finir au cachot !
(La petite chaise pile devant le bureau de Proviseur Foufou... Ca, c'est efficace, je recommande).
Ensuite il faut vite faire l'appel. Ca peut prendre dix minutes parce que faire l'appel en criant, c'est fatigant. Et puis y'a toujours une merde, un gamin qui répond pas, une combinaison impossible du genre appeler les élèves demi-pensionnaires qui font latin et sont dans le groupe 2 de techno sauf s'il y a vie de classe avant.
Driiiing, le téléphone. Ben oui, pas de bureau donc le téléphone dans la perm'.
- Allo ? Allo ? Je ne vous entends pas ! Ohé les djeunes j'entends rien du tout taisez-vous donc ! Excusez-moi, ah ça y est je vous entends !
Une fois la communication téléphonique finie, il faut tenter de rétablir le silence rompu dans la perm'. Et finir l'appel aussi. J'en étais où ? Je sais plus.
C'est là que débarquent les retardataires ;
- Madame on a raté le bus ! Mais c'est pas de notre faute hein !
Leur carnet de liaison est toujours bien coincé au fond du sac, genre ils mettent une plombe à le sortir de là et paf c'est à nouveau le bordel dans la perm'.
- Eh ! Oh ! Eho ! C'est pas parce que je suis occupée qu'il faut en profiter pour faire le cirque !
- Madame, j'peux aller à l'infirmerie ?
- Nan !
- Mais madame, je vais vomir je crois !
- Quoi ? Une gastro ? Merde ! Sors d'ici ! Et vous, les retardataires, vous montez en cours !
- Madame vous avez pas signé le carnet...
- Ah oui, merde, donne..
C'est là que revient le collègue qui était parti chercher les billets d'absence. Il faut les traiter et c'est pas si facile que ça, faut pas faire de connerie. Mais se concentrer sur les absences et gérer la perm' en même temps, ça relève du défi.
- Alors, celui-là était en cours de 8h à 9h mais plus de 9h à 10h mais on n'a pas le billet de 10h à 11h, je vais appeler CPE Formidable pour voir s'il sait quelque chose... Ah mais si je l'ai le billet... Mais il n'est pas noté dessus... Il serait donc revenu ? Pff je comprends rien.
C'est là que débarquent les exclus de cours.
- Putain, faites chier les gars.
- C'est pas de notre faute Madame !
Il faut les envoyer chez le CPE, s'assurer qu'ils y vont puis à leur retour leur donner du boulot, remplir tous les papiers pour signaler leur exclusion, filer un formulaire de rapport au prof, écrire une lettre aux parents, et...
- Ooooooh vous vous taisez ! Je m'entends plus réfléchir !
Reprendre les billets d'absence. Non les exclusions d'abord. Et puis les retards aussi, faut que je les rentre dans l'ordi. Nan les absences, c'est plus important...
C'est là que débarque CPE Formidable / un prof / Proviseur Foufou :
- Tenez, je vous laisse traiter ces heures de colles. Et puis quand vous aurez une minute y'aura les bulletins à mettre sous enveloppe...
- Pas de souci !
Putaaaaain.
Remplir le formulaire, trouver un créneau horaire, remplir le cahier de colle, photocopier, envoyer aux parents, eh merde j'ai pas photocopié les exclusions, meeeerde les absences j'ai pas fini, mais taisez-vous donc par pité, et les retards, je les ai toujours pas...
Ca sonne. Fin de l'heure.
Et on recommence.
02 juin 2008
Dream Team cauchemardesque
Les 6e Déchaînés, ils sont vraiment graves. Depuis la rentrée, les profs ne cessent de répéter
:
- J'ai jamais vu de tels 6e !
- J'en ai vu des gamins difficiles, mais à côté des 6e Déchaînés, c'était du gâteau.
- Mais ils sont fous !
- Je craque.
- Aidez-moi.
Et effectivement, je crois qu'il leur manque une case à ces 6e.
Pour nous aussi, c'est de l'inédit. D'habitude, le 6e est quelque peu craintif et timide. Avec le temps, il prendra de l'assurance, jusqu'à se la péter en 3e, mais en attendant, il est tout petit et ne fait pas le malin.
Mais pas les 6e Déchaînés. Régulièrement, ils sont exclus de cours, mais pas un par un, non non, le prof exclut toute la Dream Team.
Et aujourd'hui, on a récupéré ladite Team : Chiki, Momo, Francky et Nico.
- Oh putaaaaaain, faites chier les djeuns.
Tel est notre mot de bienvenue lorsqu'ils débarquent en perm'. Faut dire qu'il se font toujours exclure de cours de 16h à 17h, vous savez, cette dernière heure de la journée, celle où en théorie aucun gamin ne vient gâcher le silence de la perm'. En théorie.
- Bon qu'est-ce qui s'est passé avec M. EPS So Sexy ?
Evidemment la Dream Team se lance dans une explication collective, à grand renfort de cris et d'interjections, chacun essayant de parler plus fort que son voisin.
- Eh mais j'suis pas sourde ! Allez-y un par un !
- Ben on était en sport et puis Chiki il a mis mon sac dans la poubelle...
- Et elle était mouillée la poubelle, alors son sac il était tout dégueu...
- Alors pour se venger Momo il l'a coursé dans les vestiaires...
- Et c'est là qu'y'a eu le coup du tapis...
- Tu sais, madame, les gros tapis de sport, ceux que tu peux mourir étouffé dessous...
- Ben le tapis il est tombé sur Francky...
- Alors moi en dessous du tapis je criais au secours à l'aide...
- Mais M. EPS So Sexy il entendait pas vu qu'il cherchait Momo et Chiki dans les vestiaires...
- Alors moi j'ai voulu aider Francky...
- Mais j'étais bien coincé sous le tapis et j'me suis pété le bras...
- Donc moi pour l'aider j'ai tiré les tapis et pis ils sont un peu tombés...
- Alors Francky il a crié et M. EPS So Sexy il a rappliqué et il a dit qu'il allait devenir fou...
- Et pis il nous a virés.
A ce niveau-là de l'histoire, j'étais simplement écroulée sur le bureau, pleurant de rire avec Emilie. Ils sont quand même géniaux ces 6e Déchaînés nan ? Mais eux ça les a pas fait rire du tout :
- Eh mais madame tu te moques de nous ?
- Wah j'y crois pas la pionne elle se fout de notre gueule !
- J'ai quand même failli mourir sous ce tapis j'vous signale !
Avec Emilie, on a sorti les mouchoirs parce que notre mascara se faisait la malle tellement on se marrait.
Passée la marrade, on a installé nos 6e et on leur a dit de se taire et de s'occuper en attendant la fin de l'heure. Mais la Dream Team ne l'entendait pas de cette oreille.
- Madame, j'peux me lever pour aller chercher une feuille ?
J'aurais dû me douter que c'était louche qu'il me demande la permission pour se lever.
En une seconde, tout a basculé. Au passage, Chiki a piqué l'iPod de Nico et ils se sont mis à se courser dans la perm' et à se filer des coups de pieds, encouragés par la Team. Emilie s'est mise à leur hurler de se taire, mais ils en avaient rien à cirer.
On a eu beau les séparer, les menacer, les punir, leur crier dessus, rien n'y a fait. En 20 minutes, ils nous ont plus lessivées à quatre que cinquante élèves ensemble.
Donc je les ai exclus de la perm', hop direction l'antichambre du bureau de Proviseur Foufou, qui leur a passé un sacré savon.
La bonne nouvelle c'est qu'on a quand même pu profiter un peu de la dernière heure de la journée. On l'a savouré le café. La deuxième bonne nouvelle, c'est que je vais devoir m'entretenir avec M. EPS So Sexy à propos du rapport d'exclusion.
31 mai 2008
Elèves modèles ou modèles d'élèves
Depuis plusieurs mois, je suis seule en cours à la fac avec la Mocheté. Oui, la Mocheté et moi, seules face au prof. Je m'ennuie drôlement, parce que je l'aime pas du tout la Mocheté. D'ailleurs, depuis peu, avec les copines, on l'appelle la Mochanceté, parce qu'elle est méchante méchante, très méchante. Mais mes copines ne passant pas l'agreg, les cours sont sacrément ennuyeux avec elle.
J'ai bien essayé de tenter une approche avec la Mocheté mais j'ai pas pu aller jusqu'au bout, vraiment, elle est trop moche et méchante.
Du coup, en cours, je m'ennuie. Et quand je m'ennuie, j'observe.
La Mocheté note tous ses devoirs dans un agenda décoré d'une photo de chat, un jour à la page, tout est bien noté en bleu, rien ne dépasse.
Mon agenda à moi est rouge, immense, recouvert d'autocollants. Quand je l'ouvre, un million de papiers s'envole. J'y écris de toutes les couleurs et puis parfois, j'oublie quand même ce que j'ai à faire.
La Mocheté a une trousse toute neuve, petite, mais juste bien à la bonne taille pour mettre le minimum vital de stylos. Stylos qui fonctionnent toujours d'ailleurs. Elle a accroché un petit porte-clés chat à sa trousse.
Je balade la même trousse depuis le lycée, elle est en cuir, plus le temps passe, plus elle est jolie. Enfin c'est mon avis. Mais si elle regorge de stylos en tous genres - rose, bleus, verts, à paillettes, mini-surligneurs - aucun de fonctionne jamais. D'ailleurs souvent je l'oublie la trousse. Parfois j'ai un vieux stylo qui traîne au fond de mon sac. Et parfois pas.
La Mocheté a un trieur bien rangé, avec des étiquettes. Tous les soirs, elle en vide le contenu après avoir appris ses leçons.
J'ai perdu mon trieur au cours d'une guerre. Ou d'un grand ménage. Du coup, j'ai une pochette cartonnée à élastiques. Enfin pleins de pochettes en fait. Que je sème. Impossible de remettre la main sur mes cours.
La Mocheté note ses cours sur des copies doubles qu'elle numérote. Elle écrit à l'encre bleue. C'est tout propre. Lorsqu'elle fait une erreur, elle utilise un effaceur.
Je prends mes cours au dos de feuilles récupérées au collège, parce que j'aime pas jeter. Derrière Dante et Pétrarque se trouvent des emplois du temps et des listes d'élèves. Lorsque je fais une erreur, je fais un pâté de blanc correcteur. Ou alors un gribouillis.
La Mocheté écoute attentivement le cours, sourit, rit aux blagues des profs, hoche la tête d'un air entendu.
J'écris des textos, je regarde par la fenêtre, je rêvasse, je m'assoupis.
La Mocheté dédie toute sa vie à l'agreg. Pas de job, pas de vie sociale, pas de mec.
18 heures par semaine, je crie, je surveille, je cours, je rigole. Dès le vendredi soir, je dédie mon week-end à mes copains et aux restos. Dès le lundi soir, je dédie ma semaine à mes copines et aux séances ciné.
La Mocheté apprend toujours parfaitement ses leçons et prépare tous les textes que l'on va étudier en cours.
Les textes ? Quels textes ?
Allez savoir pourquoi, la Mocheté est admissible à l'agreg'. Et pas moi. Et pourtant j'ai décroché un 14 en dissert.
27 mai 2008
L'art de faire ses devoirs
Quand vous les profs, vous devez vous absenter, souvent, vous pensez avoir une idée lumineuse : filer un devoir surveillé à vos élèves et hop, ni vu ni connu j't'embrouille. Sauf que celui qui est le plus embrouillé, c'est le pion qui est chargé de surveiller le devoir.
Ainsi, l'autre jour, j'ai eu l'immense joie de surveiller des 6e qui devaient plancher sur un devoir d'histoire. Pour eux, c'était tout un événement, presque une récré, chic chic, la prof est pas là, on va bien rigoler.
Devant la porte déjà, la récré a commencé. Les Choupettes m'ont entourée, tripotée, cajolée :
- Il est beau ton collier Eluise !
- Ils sont beaux tes cheveux !
- C'est chouette que ce soit toi qui nous surveille !
Dès la 6e, la corruption est de mise, notez-le.
- Tsss, pas d'entourloupe, je suis une pionne de folie incorruptible.
Je les ai fait asseoir, mais c'était dur de les séparer parce qu'ils étaient trop nombreux pour le nombre de tables alors j'étais bien embêtée parce que je voulais pas qu'ils copient et que Mme Histoire se fâche. Du coup, j'ai quintuplé mes capacités de vigilance, et c'est peu dire. Evidemment, ils voulaient pas se taire ces 6e, la récré j'vous dis, mais j'ai crié que tant qu'ils se tairaient pas, y'aurait pas de devoir. Là, des 3e auraient bondi de joie. Mais les 6e, non, ils sont encore trop innocents.
Le devoir a enfin commencé. J'ai hésité à lire les questions à haute voix mais je me suis dit qu'après ils se sentiraient le droit de me poser des questions et j'avais vraiment pas envie d'y répondre. Et puis surtout, j'me suis dit qu'une question con, ça arrive vite, et toi, t'as l'air toute crétine à pas savoir répondre.
Dès le début, y'en a qui ont commencé à zieuter grave sur le voisin, après moult soupirs et autres ah madaaaaame c'est dur.
Là, j'ai été prise d'un doute. Vaut-il mieux rester au tableau, debout, afin d'avoir une vue panoramique sur les affreux ou bien se balader dans les rangs et risquer le copiage dès qu'on a le dos tourné ? Durant toute l'heure, ce doute m'a tourmentée. Le problème n'est toujours pas résolu. J'ai toutefois opté pour la station mobile au tableau et le regard balayant. Même si j'avais sacrément mal aux jambes et que je m'ennuyais ferme.
De temps en temps, je rappelais à l'ordre ceux qui se croyaient discrets en chuchotant les réponses aux voisins ou en tournant leur feuille à 90°. D'autres avaient l'air coupables, alors je leur faisais les gros yeux, pour rigoler. Même si eux ils rigolaient pas du tout.
Ca bossait sévère là-dedans.
Et puis sont arrivées les inévitables questions.
- Madame c'est quoi un tribun ?
Putain, je le sais, je le sais. Merde, je sais plus.
- Euuuuh, c'est... C'est... Un genre de représentant de quartier.
Personne ne m'a contredite. Ouf.
- Madame j'ai une question...
- Non c'est fini les questions !
Ne pas trop se mouiller, voilà ma devise.
Au bout d'une demi-heure, ils avaient presque tous fini le devoir. J'ai intérieurement maudit Mme Histoire de prendre ses élèves pour des gogoles enleur filant des devoirs de tafiole.
- Chuuut ! Quand on a fini on se tait ! Y'en a qui travaillent, ou du moins qui font bien semblant. On s'occupe !
Sauf que le 6e ne sait pas s'occuper. Certains ont sorti leurs maths ou leur anglais mais la plupart a commencé à jeter des boulettes et à ricaner. J'avais strictement rien à leur donner pour les occuper. Ca a commencé à se barrer en couille pour de bon, volume sonore à toc, agitation maximale. Ce qui n'aurait pas été inhabituel ni dérangeant si certains élèves n'étaient pas en train de finir leur devoir.
Tant d'injustice, moi ça me révolte.
J'ai poussé une paire de gueulantes.
Opéré des déplacements d'élèves.
Menacé.
Agi :
- Tout le monde sort une feuille et copie jusqu'à la fin de l'heure Je respecte mes camarades qui travaillent.
- Même ceux qui font le devoir madame ?
- La réponse est dans la question.
Ben les 6e, ils ont plus moufté.
Et maintenant j'ai une belle collection de punitions dans mon sac.
25 mai 2008
Les fourberies de Mme CDI, 2e round
Hier, vous faisiez la connaissance de Mme CDi dans Les fourberies de Mme CDI. Vous découvriez sa connasserie et sa façon peu élégante de passer ses nerfs sur moi. Aujourd'hui, la suite tant attendue des aventures de Mme CDI versus Eluise.
Hier donc, Mme CDI a eu sa minute hystérique dans le couloir et je me suis crue transportée pendant un instant aux temps de l'esclavagisme. Mais diverses révolutions sont passées par là depuis, et ainsi j'ai pu lui opposer un silence narquois, suivi de la vue de mon dos et enfin de celle de mon cul Lulu qui s'éloignait.
Passé le débriefing intra-pions, la récré est arrivée. Les élèves présents lors de l'altercation se sont rués sur moi :
- Eluiiiiiise comment elle t'a parlé Mme CDI !
- J'sais pas comment t'as fait pour pas t'énerver !
- Moi à ta place je l'aurais tapée !
- Il paraît que t'as tout raconté au CPE, t'as bien raison !
- Nous, on te soutient hein !
Ah le soutien populaire, voilà qui m'a bien réchauffé le coeur.
Passée la récré, retour en perm', dernière heure de la journée, ma préférée : peu d'élèves, beaucoup de café.
Evidemment, Mme CDI est venue pourrir ce moment de félicité.
Lorsqu'elle a paru sur le pas de la porte, le silence s'est fait dans la salle de perm'. Et ça, c'est rare, croyez-moi.
- Euh, je voudrais m'expliquer avec vous à propos de ce qui s'est passé tout à l'heure...
Elle faisait pas la fière. Un haussement de sourcil m'a semblé une réponse appropriée.
- Oui, je voulais vous dire, en fait c'était pas contre vous...
- Ah bon ? Ca en avait l'air quand même.
- Non non... Tout ça c'est la faute des élèves, c'est quand même inadmissible qu'ils montent en faisant un tel bazar, vous comprenez que je ne peux accepter ces énergumènes et puis...
Un petit soupir impatient de ma part, histoire de marquer le peu d'intérêt accordé à ses plaintes.
- Enfin bref, c'était vraiment pas contre vous...
- Vous m'avez quand même accusée d'être à l'origine du bazar de votre CDI puisque selon vous c'est moi qui sous-entends aux gamins qu'en allant au CDI ils vont pouvoir faire le bordel. Vous pensez vraiment que j'agis ainsi ?
- Euh, mais bon...
- Parce que je vais vous dire la vérité Mme CDI. Sachez que lorsque les élèves savent que c'est vous qui tenez le CDI et non M. CDI, ils préfèrent rester en perm', ils ont la trouille. Sachez que votre CDI est certainement plus calme que ma perm', parce qu'ici, c'est souvent le bordel, ben oui. Mais ça, vous ne pouvez pas le savoir puisque vous ne descendez jamais de votre perchoir. Sachez enfin qu'aucun de nous, surveillants, ne prend plus l'initiative d'envoyer les élèves au CDI, car moins on vous voit, mieux on se porte. Alors lorsque certains élèves débarquent chez vous, c'est parce qu'ils ont une réelle envie d'aller au CDI, ils savent qu'ils devront mieux s'y tenir qu'en perm', eh oui, mais visiblement, vous ne les en croyez pas capables, et ça c'est bien dommage.
Mme CDI est devenue bien pâle, bien silencieuse, sa bouche pendait dangereusement vers le bas. L'espace d'un instant j'ai cru qu'elle allait pleurer. Je me suis sentie conne, de quel droit je lui parle ainsi ? Mais Mme CDI s'est reprise, elle a pincé les lèvres et a répondu :
- Bien. Toujours est-il que je continuerai à refuser les élèves qui ne savent pas se tenir dans le couloir ainsi que tous ceux qui sont irrespectueux et bavards. Et je ne cèderai jamais.
Elle a tourné les talons, le menton en l'air et elle est partie.
Un fou rire nous a gagnés, tous, mais quand même, j'ai de la peine pour cette pauvre Mme CDI.
Pour les lecteurs qui se posaient la question, sachez que Mme CDI n'est pas une prof dépressive qui doit se coltiner le CDI, c'est une vraie documentaliste, mais qui est fort déçue de la profession.
24 mai 2008
Les fourberies de Mme CDI
Au collège comme au lycée, un adage dit : "Les documentalistes sont toutes des connasses". C'est une règle d'or qu'on m'a enseignée dès mon arrivée.
J'ai toujours été en désaccord avec cet adage ancestral pour plusieurs raisons. D'abord parce que je garde un tendre souvenir de la documentaliste de mon collège de quand j'avais 12 ans et que j'étais à fond les ballons dans le club lecture du jeudi midi. Ensuite parce que j'en croise sur la blogosphère, des documentalistes, et qu'elles ont l'air tout à fait normales. Enfin normalement connasses, des filles quoi.
Donc j'ai toujours défendu la cause documentalistienne.
Certes Mme CDI du collège est pas mal gratinée niveau connasserie, mais en la caressant bien dans le sens de ses poils et en lui passant une bonne couche de crème sur lesdits poils, ça glisse bien, elle m'emmerde pas. Par contre, mes collègues, peu doués avec les subtilités de la crème et tout et tout, ils ne veulent pas en entendre parler.
Faut dire que Mme CDI est spéciale. Elle déteste tout le monde dans le collège. Bon, ça, ça arrive. Mais elle le clame haut et fort :
- Je déteste tout le monde ici !
Ensuite, Mme CDI n'aime pas beaucoup les élèves :
- Ils m'emmerdent tous !
Enfin, elle apprécie peu son job :
- C'est nul ici avec les élèves dans ce CDI pourri !
Voilà. Maintenant vous comprenez la nécessité de la crème, voire de la vaseline parfois.
En pratique, il faut téléphoner au CDI pour avertir Mme CDI qu'on va lui envoyer des élèves, histoire qu'elle se prépare psychologiquement. C'est souvent l'occasion pour elle de trouver une excuse bidon :
- Ah je ne peux accueillir personne ! Je dois... euh... je dois... arroser les plantes / faire des piles de livres par couleur / boire le café.
Car Mme CDI n'aime jamais autant son CDI que lorsqu'elle y règne, seule.
Mais Mme CDI est fourbe et justifie ses fourberies : elle déclare que les élèves lui pourrissent son CDI, qu'ils font un sacré bazar, et ça, c'est inadmissible non mais oh, c'est presque une bibliothèque après tout. Du coup, elle se transforme régulièrement en videur, et elle sélectionne qui elle veut dans son CDI :
- M'envoyer des élèves ? Mhh faut voir... C'est qui ? Julien ? Jojo ? Mhhh... En fait là j'avais oublié mais j'ai un truc trèèèès important à faire...
Et paf, pas de CDI pour la journée.
Mais quand on est une pionne de folie comme moi, on a tendance à être un peu conne :
- Mme CDI a beaucoup de travail... Et puis il paraît que vous faites rien d'autre que de l'embêter de toutes façons...
Tant de naïveté, ça vous sidère hein. Ne vous inquiètez pas, c'est maintenant que je deviens une connasse. Car l'autre jour, tout a basculé.
Une grosse perm', des gamins demandent à aller au CDI. Tous les autres surveillants esquivent, non non non moi je les emmène pas, qu'ils disent, rah les trouillards.
Ho je monte avec les affreux, en multipliant les chuuut, les taisez-vous, les y'a des gens qui bossent. Mais c'est dans la nature intrinsèque de l'affreux d'être bruyant. Alors quelques crétins n'ont pas pu s'empêcher de faire le traditionnel bazar qui est de mise lorsqu'on traverse un couloir. Mais croyez-moi, c'était modéré. Une claque derrière le crâne et c'est réglé, ils se rangent même gentillement devant le CDI.
Mme CDI sort de sa grotte, les mains sur les hanches, un sourire vers le bas sur son visage crépi. La terreur la gagne lorsque son regard embrasse le groupe d'élèves. Treize élèves. Je sens son cerveau se mettre en mode urgence. Vite trouver une parade, qu'elle se dit.
- Qu'est-ce que c'est que ce bazar ?
Silence, les gamins regardent leurs pieds. Moi je regarde son pendentif chat. Il est joli.
- C'est inadmissible que vous ne soyez pas capables de monter en silence, blablabla...
Elle fait plus de bruit qu'eux - je vous rappelle qu'on est encore dans le couloir - son ton monte de plus en plus, ce serait bien qu'elle fasse entrer les élèves, et puis moi j'ai du boulot qui m'attend en perm', alors je hoche la tête d'un air entendu pour qu'elle abrège.
- Vous deux, vous avez fait du bruit dans le couloir, je ne vous veux pas !
Son doigt accusateur pointe deux élèves, des gentils. Quel mauvais choix.
- Madame, c'est pas eux ! Madame c'est nous ! Excusez-nous madame !
Ils sont mignons hein ? Solidaires en plus. Je les aime mes affreux.
- Bon alors vous deux c'est bon, mais vous qui avez fait du bruit non !
Que de cruauté.
- Et puis vous non plus, ni vous, ni vous.
Mme CDI éjecte tous les garçons. Elle ne se garde que quatre filles, des gentilles. Mon moi intérieur est scandalisé, je vois les garçons partir furieux, vexés, et je les comprends. Mais Mme CDI n'en a pas fini avec moi, même si on commence sérieusement à prendre racine dans ce couloir.
- Quant à vous... Vous ! C'est vous qui sous-entendez aux élèves qu'en venant au CDI ils vont pouvoir échapper au silence imposé en perm' et qu'ils vont pouvoir bavarder ! Tout ça c'est de votre faute !
Mme CDI perd quelque peu son sang-froid. Les filles sont médusées. Et puis elles attendent toujours de pouvoir entrer au CDI.
- Oui, je connais votre petit manège à vous les surveillants !
Ca me chauffe bien. Ma main me brûle de lui en retourner une. Mais bon j'ai des témoins. Ma langue me brûle de l'envoyer chier, cette vieille dinde.
Au lieu de ça, je tourne les talons et je m'en vais.
Mme CDI continue à m'insulter dans le couloir, à crier comme une crétine.
Mes pas me mènent chez CPE Formidable à qui je déverse ma bile. Il va régler ça, il est gentil lui. Puis je débriefe avec les collègues.
- Tu vois, les documentalistes c'est vraiment toutes des connasses.
Demain,vous saurez comment Mme CDI est venue s'excuser et comment je lui ai fait ravaler sa face de connasse.
22 mai 2008
Une journée éducative
Cette semaine, j'ai été réquisitionnée pour accompagner des affreux au Conseil Général, afin d'écouter de la conférence mais surtout pour me blinder la panse au déjeuner que la rumeur dit fort bon. Olivier était bien déçu, d'habitude c'est lui qui se tape toutes les sorties éducatives, de préférence sous la pluie, dans la boue, dans le froid, et surtout sans jamais rien à manger. Eh oui, je suis une veinarde, que je me disais. Sale connasse, que lui il se disait secrètement.
Je devais rejoindre le groupe en fin de matinée pour prendre le relai afin que Mme Histoire-Géo puisse retourner au collège, parce que vous comprenez, elle, elle voulait pas du tout y aller au Conseil Général, parce que l'an dernier elle s'est bien faite avoir, non seulement elle y a passé la journée, mais en plus Proviseur Foufou lui a fait rattraper toutes ses heures de cours manquées, et en plus, son chien était resté tout seul à la maison, alors cette année, elle a dit nan mais oh, pas moyen Monsieur Foufou. Elle m'a raconté tout ça pendant le déjeuner. Et puis pleins d'autres choses aussi mais je doute que ça vous intéresse.
Donc je suis arrivée pile poil pour le déjeuner et ça c'était bien parce que le Conseil Général, il sait recevoir. Même les gamins ont dit que c'était bon, c'est dire. Là j'ai découvert que le personnel éducatif, en plus d'avoir les casquettes de psy et d'assistante sociale, peut aussi revêtir la fonction de mère nourricière. Ainsi, Mme Histoire-Géo et moi on incitait les gamins à goûter à tout et Mme Histoire-Géo a même disputé Jojo qui voulait rien manger, alors qu'elle est si maigrichonne. Du coup, je lui ai fait goûter un peu de ce qu'il y avait dans mon assiette, à cette pauvre Jojo, et pis comme elle aimait bien, je lui ai donné. C'est beau le sacrifice je trouve.
Mme Histoire-Géo nous a quittés sitôt le déjeuner englouti. Un prof, c'est malin.
Je me suis retrouvée seule avec mes affreux. Et des centaines d'autres affreux, de tous les collèges de la région, ça faisait un boucan d'enfer, j'vous dis pas. J'ai bien cherché à repérer du jeune prof séduisant dans la foule mais rien de rien, vraiment, que de la vieille prof.
La conférence-débat a commencé, avec pour public des centaaaaaaaines de collégiens en mode digestion. J'ai mis les miens au parfum :
- Si vous faites le bordel j'vous casse la tête.
Evidemment personne n'en avait rien à foutre de cette conférence. Les élèves ricanaient de partout, les profs bavardaient. Moi, je piquais sérieusement du nez. Faut dire qu'après un tel déjeuner...
Mais heureusement, mes affreux me tenaient éveillée en se lançant régulièrement des crayons, en chutant de leur chaise, en rigolant, en soufflant, en sortant les lecteurs mp3, en gribouillant des dessins à caractère X et j'en passe.
- Arrêtez de faire les gogoles, vous me fichez la honte ! Chuuuut !
Autant tous les autres gamins étaient moyennement intéressés mais savaient à peu près le cacher, autant les miens affichaient bruyamment leur ennui.
Ennui bien vite déjoué par l'apparition d'une jolie blonde, dotée d'un appareil dentaire scintillant et d'un slim fort seyant.
Mes affreux étaient fous. Ils ont envoyé un 6e dire à la blonde qu'ils étaient intéressés, ce à quoi la blonde a répondu :
- Pas moi.
Mais plus tard, je l'ai vue donner son adresse Msn à un type d'un autre collège. Mais je l'ai pas dit aux miens hein, je voulais pas provoquer un esclandre.
Passé l'épisode de la blonde, l'ennui a recommencé.
- Eluise, c'est chiant hein ouais ?
- Mais noooon, c'est très intéressant.
- Menteuse, on voit bien que tu dors.
- Je ne dors pas ! Je me repose !
Enfin, au bout de deux longues heures, la délivrance est arrivée.
On s'est presque sauvés en courant, en courant tellement vite que j'ai failli finir en prison : un gamin a couru et pof, il a fini sur la route, emporté par son élan et coursé par son copain, mais heureusement le conducteur de la voiture qui arrivait avait de bons freins. Et un bon klaxon.
- Si tu recommences ça, je te casse la tête.
Une pionne de folie a ses failles.
Nous sommes rentrés au collège, fourbus.
Et je me suis plainte auprès d'Olivier :
- Tu te rends compte, j'étais assise toute la journée à ne rien faire, c'était horrible, avec le coma de la digestion du déjeuner en plus... Pff.
Olivier m'a traitée de connasse.
Pour le calmer, je lui ai répété les confidences de Jojo. Seb et Valentine c'est fini. Seb et Jojo ressortent ensemble.
Quelle journée j'vous dis.
20 mai 2008
Fête ta mère
Lorsqu'on est une pionne de folie, on devient vite indispensable aux affreux.
- J'ai perdu mes clés !
- Guillaume il fait rien d'autre que de m'embêter !
- J'ai mal au ventre !
- Mon père il me laisse pas regarder la Nouvelle Star !
- Mon portable il est nul !
- Le Mac do il est ouvert le dimanche ?
- Ca coûte combien un Ipod ?
- J'suis nul en maths !
- T'as pas une idée de cadeau de fête des mères ?
Et oui, je suis multifonctions, indispensable.
Le dernier cas exposé nous intéresse tout particulièrement puisque
ladite fête approche à grands pas (c'est le 25 mai pour ceux qui
suivent pas). Autant retrouver des clés, empêcher un crétin d'être crétin, régler
leur compte aux pères foufous, acheter des portables neufs, connaître
les horaires des Mac do et des Ipods par coeur, faire des miracles,
c'est carrément pas dans mes cordes (encore que), autant question fête
des mères, je gère à mort.
D'abord parce la mienne est formidable alors elle la mérite bien, sa fête.
Ensuite parce que depuis Internet, t'as presque plus besoin d'avoir de cerveau. Par exemple, le site Fête des parents te trouve tout un tas d'idées.
Hop, tu attires ton affreux au bureau, tu te mets à l'ordi et tu
fais style de bosser en réfléchissant à une brillante idée. Alors qu'en
fait tu surfes sur le site. Ni vu ni connu. Une pionne de folie a une
réputation à tenir.
- Une idée de cadeau ? Huuum, faut voir... Tu veux mettre combien ?
- Bahh pas trop cher hein.
L'affreux est pauvre. Il ne touche pas le salaire mirobolant d'un prof ou d'un pion, lui. Ca tombe bien, parce que le site te propose de faire une recherche
par prix et même par catégorie ou par thème. Moins de 15 euros, eh ben
voilà, c'est parfait ça.
- Huuum attends je réfléchis.
Ton affreux a l'air d'aimer manger ? Allez on va dire que c'est de famille.
- Tu pourrais lui offrir des chocolats !
Et hop tu lui montres ça :
L'affreux fait waaaah, il est impressionné. Certes, il se dit qu'il
les boufferait bien lui les chocolats. Mais putain, quel cadeau ! Ca
change des colliers de pâtes.
Si ton affreux est une affreuse à la pointe de la mode qui pique les
vêtements de sa maman, y'a fort à parier que la maman en question aura
du mal avec ces chocolats. On ne bousille pas un régime pour une
histoire de fête des mères. Pour elle, tu peux proposer ça :
De la fringue, eh oui, une femme est victime de ses bas instincts.
Là encore, tu impressionnes l'affreux à peu de frais, ce qui est quand
même le but recherché, avouons-le.
Enfin, si ton affreux est particulièrement pénible, qu'il te casse
les oreilles depuis septembre, tu as pitié de sa maman. Alors tu lui
proposes d'offrir un truc relaxant, genre pour qu'elle médite
tranquillou :
Eh oui, une pionne de folie sait être serviable. Et maline aussi, parce que le site propose un jeu pour gagner de quoi l'acheter, justement, ce cadeau de fête des mères...
19 mai 2008
Exercice d'incendie
J'ai enfin eu droit à mon premier exercice d'incendie. J'étais bien contente, je le loupais toujours, à chaque fois qu'il avait lieu, c'était des jours où je travaillais pas. En plus on n'était pas prévenus alors c'était encore plus rigolo.
C'est tombé pile poil à l'heure d'une des très grosses perm' de la semaine, une bonne cinquantaine de gamins, dont les 6e Déchaînés. Au début de l'heure, j'ai fait l'appel à l'arrache, comme d'habitude, j'ai noté le strict minimum sur le cahier de perm' en pensant que putain, si un jour on avait droit à une évacuation et que je devais savoir combien de gamins j'avais, je serais bien emmerdée. C'est dingue l'intuition féminine quand même hein. Dingue mais peu efficace parce que c'est pas pour autant que j'ai complété le cahier.
Environ 45 minutes plus tard, ma collègue Steph' débarque dans la perm' et me chuchote :
- J'crois bien qu'il va y avoir un exercice d'incendie...
- Comment tu le sais ?
- Ben y'a Grand Proviseur qui est là, Proviseur Foufou est sur les dents, je les ai entendus dire qu'ils étaient prêts...
- Ouh putain !
Grand Proviseur, c'est le chef de la cité scolaire, et c'est bien rare qu'il apparaisse dans le collège alors quand il vient, c'est qu'en général il se passe un truc important.
Alors vite on a ouvert la porte de secours qui normalement devrait toujours être ouverte mais que nous on oublie toujours d'ouvrir, vite j'ai commencé à compléter le cahier d'appel, le tout avec discrétion bien sûr, parce que si les affreux se rendent compte qu'il va se passer un truc, ça leur laisse le temps de préparer une connerie, et ça, c'est peu recommandable.
Trop tard.
La sonnerie a retenti et en une seconde les cinquante affreux étaient tous dehors.
- Merde ! Ils sont allés où ? Steph, qu'est-ce qu'on fait ?
- J'sais pas ! Bah on va bien les retrouver quelque part dans la cour !
Tant d'organisation, ça vous en bouche un coin hein. Toujours est-il que les gamins brûleront jamais vifs en perm' visiblement.
Il faisait beau, alors c'était bien agréable cette petite sortie forcée. Surtout pour les élèves qui étaient partis aux quatre coins de la cour rejoindre les copains. J'ai bien tenté de faire un appel, mais c'était peine perdue, personne ne m'écoutait, ils étaient tous éparpillés, tout le monde s'en foutait. J'ai regardé les profs. Eux aussi ils galèraient. J'en ai vus certains soupirer et fermer leur cahier en secouant la tête. Alors j'ai dit :
- Oh pis merde.
Et j'ai fermé le cahier.
Heureusement qu'il n'y avait pas le feu pour de vrai.
(Dommage quand même... Une petite intervention de beaux pompiers, je suis jamais contre...)






