11 février 2008
La culotte
Matin, 7h45. Proviseur Foufou à ma collègue Emilie :
- Bonjour ! Ca va ?
- Oui, fraîchement !
- Ah ça ! Faut pas oublier sa culotte aujourd'hui hein !
Collègue interloquée.
Je ris à chaque fois que j'y pense.
PS : Non je ne suis pas encore en vacances moi...
08 février 2008
A l'aide
J'ai un nouveau problème avec un nouveau collègue. Ben oui je sais, j'suis jamais contente des nouveaux collègues, qu'est-ce que j'y peux moi, je suis une personne de goût. Ce nouveau collègue est très sympa, serviable, intéressé, rigolo, gentil, bref tout ce qu'on peut désirer d'un nouveau collègue. Si si je rigole pas. Mais en plus de tout ça, il nous fait un cadeau très spécial. Son odeur. Une forte odeur de sueur, qui te pique le nez, te fait pleurer les yeux, tourner la tête, mettre les mains en avant. Dégueu je sais. Faites pas vos chochottes, c'est moi qui le supporte pas vous.
Le premier jour, j'me suis dit "Qu'est-ce qu'il doit stresser pour son premier jour, il est tout en sueur... Le pauvre".
Le deuxième jour, j'ai pensé "Il avait tellement peur d'être à la bourre au boulot qu'il en a oublié de mettre du déo".
Le troisième jour, j'ai dit "Putain j'ai le nez qui déconne, j'ai les narines qui sentent la transpi".
Le quatrième jour, j'ai demandé à ma collègue Céline "Eh dis donc tu trouves pas que John il pue ?" Elle aussi elle trouvait.
Le cinquième jour, j'ai commencé à fuir. Pas d'autre solution.
Depuis, tout est bon pour l'éviter. Etant donné que c'est un collègue du lycée et pas du collège, c'est un peu plus facile, hop j'me sauve dans la cour, dans les couloirs, dans la perm'. Et quand je suis contrainte de rester dans le bureau en même temps que lui, je garde mes distances, genre un bon périmètre de deux mètres carrés. Ce qui est difficile quand même. Parfois il vient me parler tout près, alors là je bats des records d'apnée, 1, 2, 3 je prends ma respiration et je tiens bon. C'est dur. Et évidemment, il parle, il parle, il parle plus que moi, et croyez-moi, faut déjà le faire.
Le problème, quand je reviens de mes promenades, je rentre dans le bureau et pouah je me prends des vapeurs direct dans la face, argh j'vous dis pas comme ça m'agresse la gorge, je sens presque mes poumons se mettre à fondre. Alors j'ouvre les fenêtre en grand mais tout le monde me regarde bizarre parce que c'est pas qu'il fasse chaud en ce moment. L'autre fois j'ai même tenté un tonitruant mais néanmoins élégant "Ouh la ça pue là-dedans !". Mais rien. Aucune réaction. Sauf Céline qui s'est mise à rigoler mais ça compte pas.
Alors moi j'en peux plus. Parce que faut savoir que le type, à 7h45 le matin, il pue déjà. Il vient en courant ou quoi ? C'est dingue nan ? Imaginez c'que ça donne en fin de journée...
J'ai réfléchi à plusieurs solutions, aidée par ma Clem' nationale. Lui filer un déo. Lui dire gentillement ("dis donc tu pues mon vieux"). Lui écrire une lettre anonyme. Le pousser à la démission. Lui demander pourquoi il fait son jogging avant d'aller au boulot, ah non, tu fais pas de jogging, ben dis donc c'est bizarre cette odeur alors. M'acheter un pince-nez. Me mettre du Vicks Vaporube sous les narines. Acheter du Oust.
Mais finalement on s'est dit que le mieux, c'est de le balancer une heure en perm avec les collégiens. Je suis sûre qu'ils se chargeront de ça avec beaucoup de diplomatie.
30 janvier 2008
Tirez à vue
Ca y est, j'ai dégommé Lucie, la nouvelle recrue. Mais elle l'a bien cherché.
De nature enjouée, rieuse, volontaire, motivée, Lucie fait le bonheur de notre petite équipe de surveillants. Le matin, c'est une joie de rencontrer ses cernes et le cendrier qui lui sert de bouche. A midi, un délice de la regarder traîner la savate dans la cour, le cou rentré dans le manteau, l'oeil vitreux, les bras ballants. Le soir, c'est un supplice de saluer cette réussite de la nature. Elle embellit nos journées de travail et celles de nos affreux. Mais le domaine où elle brille particulièrement, c'est dans ses relations avec les élèves :
- Moi je suis contre l'autorité, et puis je sais pas comment faire, j'suis pas prof hein.
Je vous l'ai déjà dit, je sais, j'me répète, mais avouez que c'est tellement magnifique que ça mérite de figurer à nouveau sur cet humble blog.
Du coup, quand Lucie elle surveille une perm', elle est tellement contre l'autorité que les profs qui font cours à côté sont obligés d'abandonner leurs affreux pour venir lui dire de tenir ses fauves.
- J'fais c'que j'peux hein, j'suis pas prof moi !
Mais là où ça devient vraiment rigolo, c'est quand on sait que Lucie passe et repasse le Capes d'espagnol. Elle souhaite être prof (à défaut d'être pionne à vie...). Ca fait peur hein ? Donc l'autre jour, quand les gamins du soutien scolaire me disent qu'ils ont des devoirs en espagnol, ben moi, je suis toute contente de les lui filer, elle va être contente que je me dis en toute bonne foi. Mais non, elle est pas contente. V'là que Lucie se met à traîner des pieds et à rechigner :
- Mais je suis obligée... Parce que bon...
- Ben non, mais bon tu veux être prof d'espagnol, t'es bilingue en théorie, c'est quand même toi la mieux placée pour les aider...
- Mouais, bof... Sinon on pourrait se mettre en perm' et puis bon, j'les aiderais ptêt...
Trop c'est trop non ?
- Bon écoute Lucie, quand t'auras envie de faire quelque chose ici, tu me préviendras.
La pauvre Lucie se décompose, son café lui en tombe presque des mains, elle me regarde d'un air outré, elle tourne les talons, embarque les gamins et je la vois plus. Du tout. De la journée. Lucie boude. Oui oui, c'est possible, on n'avait donc pas encore tout vu.
24 janvier 2008
Improvisation
Mme SVT a encore fait des siennes. Je crois que ça y est, elle me prend pour son assistante personnelle. Y'en a comme ça, ils ont des rêves de grandeur, que voulez-vous. La rumeur courait depuis quelques heures qu'elle allait avoir besoin d'un
surveillant, du coup je m'étais bien planquée toute la journée et paf elle m'a quand même gaulée au détour d'un couloir. Elle est fichtrement maline, pas prof pour rien. Et évidemment c'était encore un cours avec les 6e1, les Duracell. J'me demande si elle le fait pas un peu exprès. Alors bon moi je suis pas comme ça, et puis ces 6e je les aime bien, ils sont tout petits, tout rigolos. Direct, elle me met au parfum, même pas le temps de me remettre. Le principe : elle dédouble sa classe et elle m'en file une moitié. Le but : leur faire faire l'activité 11. Oui, pas de soucis, je lui réponds. J'étais distraite. Ou endormie. Tout d'un coup j'me réveille. Hein ?! Quoi ?! Une activité ? Un cours ? C'est quoi ce délire professoral ? Elle dépose son bordel sur le bureau et je me retrouve avec des graphiques, des questions, des dessins, des bêtes dessinées, des exercices, des livres, des fiches, tout un tas de bazar de SVT, heureusement que c'est que des 6e sinon j'vous dis pas comme je serais sacrément larguée. Et pfiou elle m'abandonne.
Me voilà donc dans le couloir avec ma moitié de 6e1, les bras remplis de papiers, les clés dans la poche, le café encore dans une main, la frange dans les yeux, les pieds dans l'écharpe, ah merde c'est pas la bonne clé, putain c'est pas non plus la bonne salle, et arrêtez voir de me parler que j'me concentre. Ayyyyé, allez ben rentrez maintenant au lieu de faire les clowns et toi lâche mon écharpe, merci j'ai vu qu'elle traînait par-terre.
A nouveau, ce fût ardu. Faut dire que même moi je comprenais pas les questions et pourtant sans rigoler j'ai fait des efforts. Mais finalement y'a Sophie qui nous a sauvés. Elle comprenait tout, elle soulignait tout bien avec son stylo rose, elle avait si méga bien centré le titre que j'étais presque jalouse, et elle faisait sa malin
e en donnant les réponses. Moi j'étais bien contente qu'elle le fasse j'dois dire. Du coup ils étaient contents les 6e. Je sais pas si Mme SVT sera aussi contente qu'eux. Mais qu'est-ce qu'ils sont reconnaissants.
- Eluise c'était géniaaaaal avec toi !
- Tu voudrais pas faire prof de SVT ?
- C'est toi qui fera cours maintenant ?
- Tu reviendras, hein hein hein hein.
- Si tu veux on pourrait demander que tu remplaces Mme SVT.
- De toutes façons elle nous aime pas.
Ils sont mignons hein ? Des amours ces 6e1.
20 janvier 2008
Laissons Lucie faire
Le temps a montré que je ne me trompais pas en ce qui concerne Lucie, la nouvelle recrue. Elle qui espérait pouvoir être pionne à vie, j'me demande si elle a changé d'avis. Faudra que j'lui demande tiens. Mais je lui conseille pas. Parce que franchement elle et ce boulot c'est pas trop ça. Voire même pas du tout. Elle fait partie de ces gens qui font un trip sur la liberté, chacun y fait c'qui veut, c'est pas en bridant les djeuns qu'ils vont se calmer, il faut pas punir, il faut récompenser, laissons faire. C'est beau hein. Mais totalement inutile. Elle est du genre à remercier les terreurs lorsqu'il leur arrive par hasard de rester sur leur chaise et de se taire.
- Merci, ô merci, de t'être tenu convenablement.
Elle devrait leur filer des bonbons tiens, comme chez le dentiste.
Mais quand ils font leur bazar, faut pas les punir. Les pauvres chéris.
- C'est pas très sympa ce que tu fais. Je suis triste.
Ca doit certainement leur faire beaucoup d'effet. Les bouleverser même.

Alors quand elle se retrouve à surveiller une classe entière et que je rentre dans la salle, autant vous dire que j'hallucine. D'abord je cherche Lucie, parce que tout le monde est debout, tout le monde se promène. Ca me rappelle la BD Où est Charlie, vous vous souvenez, où il fallait chercher Charlie dans un décor tout rempli de bonshommes. Alors j'essaie de l'appeler :
- Lucie ? Luciiie ? Youhouuu ?
C'est la cacophonie, des djeuns partout avec leur musique, des filles qui piaillent, des garçons qui se battent, des énergumènes qui poussent des cris, tiens y'en a un qui gueule par la fenêtre, un qui se roule par-terre, et elle au milieu de tout ça. Avec un grand sourire.
- Je les laisse un peu se défouler. Les pauvres.
Elle est contente. Les profs qui essaient de faire cours à côté, ils sont moins contents eux.
Mais ce qui me fait dire qu'elle est à côté de la plaque, c'est quand les gamins sortent de là, et qu'en rigolant ils me disent :
- Rah comme on lui a fait la misère à Lucie ! Lâche l'affaire comme elle est trop nulle !
C'est pas moi qui l'ai dit. Il est temps que j'lui parle je crois.
18 janvier 2008
Oui, le prof peut péter
Le pion est un confident privilégié de l'élève. Surtout lorsqu'il s'agit d'une pionne. Surtout lorsqu'il s'agit de critiquer. Surtout quand c'est des ragots. Surtout quand ça concerne les profs. Surtout quand c'est moi. On s'refait pas. Et là les gamines m'en ont raconté une bien bonne, qui m'a rappelé un ancien article de Charly intitulé Un prof peut-il péter ?. Allez j'vous raconte.
- Ouhouhouhahahah Eluise tu vas rigooooler ! On était en maths avec Mme Enceinte...
Mme Enceinte, prof de maths et enceinte vous l'avez compris, est sur le point d'accoucher. Longtemps j'ai cru qu'y en avait plusieurs là-dedans. C'est impressionnant, sans rigoler. Quand je la vois marcher en canard, le ventre en avant, avec dix-sept kilos de bouquins dans les bras, en respirant comme moi après un 100 mètres, j'me dis qu'elle va accoucher sur place. Ca m'étonnerait pas, le vert hôpital des murs ça pourrait bien feinter son bébé qui se mettrait à essayer de sortir. On serait bien emmerdés.
- ... et tu vois, on faisait des exos, et y'avait un peu de silence...
Ouh la menteuse.
- ... et Mme Enceinte elle était debout, elle attendait qu'on ait fini...
Que de bravoure.
- ... et tout d'un coup... Elle a pétééééééé !
Je sens le coin de ma bouche irrésistiblement attiré vers mon oreille. Mes narines se dilatent. Un spasme me secoue. J'ose pas rigoler. Ah et puis merde. Ahahahaha je rigole comme une baleine. Les gosses me regardent en ouvrant grand leurs yeux. Elles s'attendaient pas à ce qu'un prout ça me fasse autant rigoler. Mais elles rigolent avec moi quand même. Bande d'ingrates va.
- Alors vous avez bien rigolé nan ?
- Ben nan ! T'as vu comme elle est enceinte ? On s'est dit que genre elle avait des problèmes ! Que c'était pour ça qu'elle... maîtrisait pas bien le délire !
Putain ils sont intelligents. Et respectueux. Plus que moi. J'ai honte. Mais j'continue à rigoler.
- Quoi ? Vous zavez pas rigolé ?
J'me sens con. Si même les 5e elles ont pas rigolé...
- Ben nan ! Y'a eu un grand silence, on s'est tous regardés, tu vois on hallucinait !
- La prof a dit quoi ?
- Ben rien, elle est devenue toute rouge, et elle a regardé tout le monde en roulant des yeux pour voir si on avait entendu. Mais comme personne osait rigoler, elle a cru qu'on avait pas entendu !
Ahahahahah. Qu'est-ce que j'rigole moi.
- On a fait style on n'avait pas entendu. Mais quand on est sortis, c'qu'on a rigolé !
Mme Enceinte est partie accoucher quelques semaines plus tard, parce que vraiment, elle maîtrisait plus le délire.
15 janvier 2008
Technique de recrutement
Steph' elle s'est pété la jambe. Du coup pour gambader après les gamins avec une patte folle, c'est pas pratique. Fallait la remplacer. Donc le proviseur a lancé une grande campagne de recrutement et d'entretiens, et pour ça, il a une technique toute particulière : il a pris la dernière candidature reçue, il a fait venir la fille et zou, emballé c'est pesé, un contrat jusqu'aux vacances. Notez qu'avec un contrat qui s'arrête juste avant les vacances, la nouvelle recrue ne sera pas payée pendant les vacances. Notez également l'intérêt porté au recrutement des pions.
Donc la nouvelle pionne se pointe et je lui explique tout, tout, tout. Comme j'avais fait avec Emilie (sauf que ça avait pas marché des masses). Elle a l'air de s'intéresser, elle pose des questions. Bonheur. Ses neurones sont en connection, ça fume là-dedans, on va pouvoir faire quelque chose. Hourra. Ne vous méprenez pas : je ne suis point une vulgaire langue de pute, je constate c'est tout. Je disais donc que j'étais assez contente de la nouvelle recrue jusqu'à ce qu'elle gâche tout. Ca faisait à peine une heure qu'elle était dans le collège, sans élèves, sans travailler, et v'là qu'elle me sort :
- C'est possible d'être pion à vie ?
Dans ma tête j'me dis que ça y est, ça a trop chauffé, ses deux neurones ont dû faire court-circuit avec le surplus d'informations. Toujours dans ma tête j'me dis qu'une fois qu'elle aura surveillé sa première perm', zoné deux heures dans le cour pendant le temps de midi quand il fait -10°, répété mille fois les mêmes choses, bref au bout d'une journée de boulot, elle aura déjà vachement moins envie de faire ça à vie. Mais comme je suis sympa (qui a dit "ah bon ?") je lui explique que non, qu'on peut pas faire pion plus de six ans et que c'est déjà pas mal mais que si elle veut, elle peut tenter le concours de CPE. Je suis sympa hein.
- Ah bah nan, c'est trop dur.
Qu'elle me répond.
Bon. Pourquoi s'acharne-t-elle ainsi à gâcher mon rêve de collègue parfaite ? Mais voilà, on n'a pas le choix, elle a signé son contrat. Faut lui laisser une chance.
- Et puis faudra qu'on revoit les emplois du temps parce qu'à l'entretien j'ai dit que je pouvais reprendre les horaires de Steph mais en fait j'peux pas.
Qu'elle ajoute.
Elle veut ma main dans sa gueule ou quoi ?
- Ben pourquoi t'as accepté alors ?
- Pour avoir le poste. J'ai aussi dit que j'avais une licence en sciences de l'éducation mais c'est pas trop vrai, mais bon je savais que ça aiderait.
Elle est décidement infaillible cette technique de recrutement. Mais laissons-lui donc sa chance. Peut-être qu'elle va m'épater. Ou peut-être pas. J'vous tiens au courant.
10 janvier 2008
Divination - suite -
J'ai pensé à vous aujourd'hui. Si si.
L'article Divination posté précédemment avait déchaîné les passions. J'évoquais tous les problèmes métaphysiques que soulève le mal-remplissage de petit billet d'absence et ses vilaines conséquences : un pion fâché se fâche sur les élèves qui se fâchent sur le prof qui, fâché, remplit mal son billet. Les profs de la blogosphère, tout d'un coup envahis d'une culpabilité au moins égale à leur ego, s'en sont sortis pas une mauvaise foi éhontée : "Moi ? Mal remplir le billet ? Jamaaaaais !". Mais je suis sûre que leur résolution pour 2008 est de s'appliquer à bien écrire les noms, les heures, tout c'qui faut. Donc je leur pardonne.
Mais j'en remets une couche, parce que dans mon collège, y'a des profs qui visiblement ne lisent pas ce blog, je me demande bien comment c'est possible d'ailleurs, et du coup ils font n'importe quoi. Ou alors ils le lisent et ils font exprès de faire n'importe quoi (et ma vengeance sera terrible).
Le billet de 10h de M. Géo.
Professeur : M. Géo
Heure : 10-11
Classe : 4e3
Elèves absents : Julie + 1 autre absent.
" Un autre absent". Une devinette ! Que c'est gentil ! Non vraiment, fallait pas ! J'insiste. Sérieusement, comment voulez-vous que je fasse correctement mon travail moi ?
08 janvier 2008
Comment les animaux vivent en hiver
Nouvelle année, nouvelles missions.
Mme SVT, prof de SVT de son état, nous avait laissé un sombre message sur le bureau, message que nous nous étions empressés d'enfouir soigneusement sous un tas de papiers. "J'aurai besoin d'aide pour un de mes cours". Argh. Danger. Une salle de classe ? Des élèves ? Un prof ? Nooon. Vous n'arracherez pas le pion à sa perm' adorée, à son café et à son ordinateur. Du coup on avait fait semblant d'oublier, en se disant que si nous on oubliait, elle oublierait peut-être aussi. Que nenni.
- Alors, c'est qui l'aide-éducateur qui va venir cet après-midi ?
Mme SVT est fourbe. Elle tente de flatter notre vanité en utilisant un mot composé compte double qui effectivement se rapproche du très classe "assistant d'éducation" mais c'est raté. Pas d'aide-éducateur-ni-quoi-que-ce-soit à 100 mètres à la ronde. Je salue tout de même l'effort. Mais c'est en toute mauvaise foi que notre réponse se fait collégiale :
- Aide-éducateur ? Kézako ? Ah non, on n'a pas ça ici... Voyez avec... Hum, quelqu'un d'autre.
Mme SVT ne se laisse pas entourlouper.
- Oui bon vous m'avez compris, un surveillant quoi.
L'insulte est lâchée. Tss. Alors qui sera la victime ? Tout les pions font semblant d'être occupés, genre hop je range un crayon, hum mon pull est mal mis, tiens si j'engueulais un élève, je reviens je vais faire une photocopie. Mme SVT s'impatiente. Dans un élan de folle générosité, je me porte volontaire. Nan. si.
On entre dans la salle de SVT qui pue la SVT. Les élèves entrent. Argh, les 6e 1, les déchaînés de la vie. On dirait les lapins Duracell, ils sont jamais crevés, ils passent leur temps à gigoter. Ca impressionne même pas Mme SVT.
- Bon alors une partie de la classe va venir avec moi en salle info pendant que l'autre partie reste ici avec Eluise et remplit la feuille de TD à l'aide du livre.
Fastoche, j'me suis affolée pour rien. Je vais m'asseoir, ils vont gratter. A l'aise. J'aurais dû prendre Glamour.
- Zavez compris ?
- Naaaan.
Putain.
- Bon, ben vous répondez aux questions en vous référant au bouquin. Des questions ?
- J'ai pas compriiiis !
- J'ai pas mon liiiiivre !
- Je peux aller aux toilettes ?
- Mathieu il m'embêêête !
Ils font exprès ou quoi ? Je me résous à passer dans les rangs pour leur expliquer ce bazar de questions et de livre individuellement.
- J'ai mal au veeeeentre !
- J'ai pas la feuiiiille !
- On remplit au stylo noir ou au stylo bleu ?
En plus, y'en a qui savent pas lire le français. Allons bon, je leur lis le texte. Les autres en profitent pour se balancer des boulettes, faire des sarbacanes avec un effaceur, dessiner sur le livre, le bon bordel quoi.
Bon on va faire ça ensemble. Le thème du TD : comment les animaux vient en hiver. Je sais que l'ours hiberne. C'est un début. Euh on va faire ça avec le livre hein. Allez hop on remplit les colonnes, le hérisson, la cigogne, la libellule, l'hirondelle... J'apprends pleins de choses. On s'amuse, on rigole. Formidable. Sont sympas ces 6e 1.
Mme SVT revient. On corrige.
- Alors pourquoi les cigognes migrent vers le sud en hiver ?
Les gamins répondent en choeur, en me regardant, tout fiers :
- Parce qu'il fait bien chaud et elles peuvent bronzer et draguer !
Mme SVT me jette un regard suspicieux. Ca m'apprendra à dire des conneries.
23 décembre 2007
Divination
Même pendant les vacances, le pion travaille.
Nan j'rigole. Faut pas abuser.
Mais un peu quand même. Il perfectionne ses qualités divines, euh divinatoires pardon. Je m'explique.
En effet, le pion est souvent amené à deviner les choses, ça fait partie de son boulot. Par exemple, les élèves pensent que le pion est devin-omniscient (mot compte triple).
- Eluise, tu sais pas où elle est ma trousse ?
- M'dame, y'aura des profs malades demain ?
- Madaaaaaame, j'ai cours en quelle saaaaalle ?
Et mon travail est de répondre à tant de requêtes. Souvent j'en profite pour excercer mes divins talents divinatoires :
- Dans ton sac.
- Oui.
- Essaie la salle 119.
En général, j'me plante. Mais quand l'élève s'en rend compte, je suis déjà loin.
Mais là où je suis le plus amenée à exercer ces talents, c'est avec les profs. Dans le sanglant combat qui nous oppose à eux à propos des billets d'absence. Le (gros) mot est lâché.
Les profs doivent remplir leur billet d'absence en début d'heure, c'est-à-dire noter le jour, l'heure, leur nom et les noms de TOUS les absents. Et ça, ça les chiffonne. Parfois ce sont eux qui jouent aux devins en me faisant des billets datés du lendemain. Ou de la veille. Ou alors ils oublient l'heure. Donc on sait que l'élève est absent mais quand ? Faut deviner. Ou alors ils oublient de noter leur propre nom. Ce qui peut passer, sauf s'ils oublient l'heure. Ben oui parce que je ne peux plus du tout savoir à quelle heure l'élève n'est pas allé en cours. Là je me transforme en graphologue pour retrouver qui est l'auteur de l'infâme billet, je compare avec d'anciens billets, je mène l'enquête... Quel boulot. Mais vous n'avez encore rien lu, y'a pire. Il faut régulièrement que je devine qui est absent. Car un prof qui fait l'appel, ça donne ça :
- Qui est absent ?(à 30 élèves occupés à sortir leur bazar de leur sac).
- Machin !
- Bidule !
- Merci !
Et voilà. Sauf que souvent, il manque également Trucmuche et Untel. E le prof s'en rend compte au milieu de son cours. Et je me dis que soit il pense l'avoir mis sur son billet (c'est ça quand je suis de très bonne humeur), soit il se dit que je vais deviner (ça c'est quand je suis d'humeur normale). Ce qui peut passer, car si l'élève a été absent l'heure précédente et l'heure suivante, je devine qu'il n'est pas sorti de chez lui exprès pour une heure de géo. Mais là où ça ne passe pas, c'est quand l'élève a séché spécifiquement cette heure de cours. Vous êtes d'accord avec moi : s'il était présent avant et après, je ne peux pas deviner qu'il a séché les maths. Et là on assiste à des scènes surréalistes :
- Bonjour, écoutez je ne comprends pas, ça fait plusieurs fois de suite que Maxime n'assiste pas à mon cours et il n'a jamais de billet d'excuse à me présenter.
Comprendre : qu'est-ce que vous foutez putain ?
- C'est bizarre, je ne me souviens pas qu'il ait été absent. Je regarde ça tout de suite... Non, aucune absence, désolée.
- Mais c'est impossible ! Je vous assure qu'il n'était pas là ce matin !
Comprendre : qu'est-ce que vous foutez putain ?!
Et là je sors le billet de cette prof, du matin même.
- Oh c'est rigolo regardez, vous ne l'avez pas noté absent !
Comprendre : dans tes dents.
- Oui, bon, j'ai oublié, ça arrive. Mais bon, vous auriez pu le savoir quand même non ?!
Non, justement. J'aurais dû deviner.
