28 juin 2008
L'emmerdeuse qui s'emmerde
Au lycée, on fait plus rien. Ben oui, ya plus d'élèves, bac oblige.
Et un pion sans élèves, ça sert à quoi ? A rien. Certes, certains pions sont affectés au "service bac" et ont du boulot, mais nous autres, affectés à rien du tout, qu'est-ce qu'on s'ennuie. Parce qu'on nous fait venir, pour la forme, mais on n'a rien à faire.
En général, on se retrouve coincé dans le bureau, tout seul ou avec un compagnon d'infortune. Quand j'ai de la chance, je suis toute seule, je peux passer la journée à lire des blogs et à jouer à Questions Pour un Champion sur Internet. Quand j'ai pas de chance, je suis obligée de faire la conversation au collègue. Parce que, comme de par hasard, je me retrouve toujours avec les collègues pas rigolos, je me farcis que les chiants, quoique, je me plains mais pour l'instant j'ai échappé au tête-à-tête avec Sam. Croisons les doigts pour que ça dure.
La dernière fois, j'arrive au bureau et fébrilement, je regarde le tableau des services, tiens je vais passer l'aprem avec Zora, elle est un peu chiante mais bon, c'est toujours mieux que Sam-qui-pue.
Zora débarque quelques minutes plus tard, je ferme toutes mes fenêtres de blogs et on se met à causer soldes, décès de ma carte bleue, mariage, à critiquer les collègues, à bidouiller des trucs sur l'ordi, tout cela de façon rémunérée rappelons-le.
Au bout d'une heure, un prof débarque avec une imprimante dans les bras :
- Bonjour les filles, je viens vous installer une nouvelle imprimante, plus rapide et...
- On vous remercie mais la nôtre fonctionne très bien !
Je regarde Zora en lui faisant les gros yeux. Elle a l'air top cette nouvelle imprimante, surtout comparée à celle qu'on a actuellement qui imprime une page à l'heure. Mais Zora vire le prof, nan nan, merci vraiment, c'est pas la peine.
Le prof s'en va, le pauvre, il était plein de bonne volonté et puis cette si belle imprimante...
On reprend nos activités. On cause vacances, salaires, maquillage, bijoux.
Une autre prof entre dans le bureau, avec à nouveau cette imprimante entre les mains :
- Bonjour les filles, je viens vous installer une nouvelle imprimante, plus rapide et...
- Ecoutez, on vient de nous envoyer quelqu'un mais on n'en veut pas nous de cette imprimante !
- Ben c'est le CPE qui m'a dit qu'il vous la fallait, moi on me dit ça alors moi je fais hein !
Je ne peux me résoudre à voir un autre prof se faire virer par Zora. Non, désormais je me pose en défenderesse des profs, après tout j'vais bientôt entrer dans le club :
- Y'a pas de soucis, venez on va l'installer...
La prof et moi, on se met à plat ventre sous le bureau pour débrancher le bazar, on se prend la poussière dans les cheveux, on se demande comment fonctionne le réseau, 'tain quel bordel.
- Euh, vous en avez pour longtemps là ? Parce que moi j'ai besoin de l'imprimante en fait...
Qund je vous disais que Zora était chiante. Mais la prof est bien sympa :
- Bah avec ce matos-là, ça peut prendre dix minutes comme deux heures donc euh...
- Parce que moi j'ai un truc important à imprimer.
- Ecoutez Zora, y'a pas de souci, c'est loin d'être urgent cette installation d'imprimante donc si vous voulez je reviens plus tard.
- Ah bah je veux bien parce que bon ce que je dois faire est important hein.
Vraiment sympa cette prof, qui s'en va en sautillant. Décidemment, l'absence d'élèves est bénéfique au prof.
Moi, je soupire, je grogne, je rebranche tout, la tête derrière le bureau. Je ressors rouge, décoiffée, haletante.
- Tiens Zora, j'ai tout remis en place, tu peux imprimer.
- Mais j'ai rien à imprimer.
- C'est une blague ? Tu viens de dire que...
- J'ai dit ça pour qu'elle s'en aille, j'avais envie qu'on soit tranquille pour discuter, là ça nous aurait fait du boulot, on laisse ça aux autres. Alors tu disais, t'as acheté une bague en forme de coeur ?
- What the fuck !!!
25 mai 2008
Les fourberies de Mme CDI, 2e round
Hier, vous faisiez la connaissance de Mme CDi dans Les fourberies de Mme CDI. Vous découvriez sa connasserie et sa façon peu élégante de passer ses nerfs sur moi. Aujourd'hui, la suite tant attendue des aventures de Mme CDI versus Eluise.
Hier donc, Mme CDI a eu sa minute hystérique dans le couloir et je me suis crue transportée pendant un instant aux temps de l'esclavagisme. Mais diverses révolutions sont passées par là depuis, et ainsi j'ai pu lui opposer un silence narquois, suivi de la vue de mon dos et enfin de celle de mon cul Lulu qui s'éloignait.
Passé le débriefing intra-pions, la récré est arrivée. Les élèves présents lors de l'altercation se sont rués sur moi :
- Eluiiiiiise comment elle t'a parlé Mme CDI !
- J'sais pas comment t'as fait pour pas t'énerver !
- Moi à ta place je l'aurais tapée !
- Il paraît que t'as tout raconté au CPE, t'as bien raison !
- Nous, on te soutient hein !
Ah le soutien populaire, voilà qui m'a bien réchauffé le coeur.
Passée la récré, retour en perm', dernière heure de la journée, ma préférée : peu d'élèves, beaucoup de café.
Evidemment, Mme CDI est venue pourrir ce moment de félicité.
Lorsqu'elle a paru sur le pas de la porte, le silence s'est fait dans la salle de perm'. Et ça, c'est rare, croyez-moi.
- Euh, je voudrais m'expliquer avec vous à propos de ce qui s'est passé tout à l'heure...
Elle faisait pas la fière. Un haussement de sourcil m'a semblé une réponse appropriée.
- Oui, je voulais vous dire, en fait c'était pas contre vous...
- Ah bon ? Ca en avait l'air quand même.
- Non non... Tout ça c'est la faute des élèves, c'est quand même inadmissible qu'ils montent en faisant un tel bazar, vous comprenez que je ne peux accepter ces énergumènes et puis...
Un petit soupir impatient de ma part, histoire de marquer le peu d'intérêt accordé à ses plaintes.
- Enfin bref, c'était vraiment pas contre vous...
- Vous m'avez quand même accusée d'être à l'origine du bazar de votre CDI puisque selon vous c'est moi qui sous-entends aux gamins qu'en allant au CDI ils vont pouvoir faire le bordel. Vous pensez vraiment que j'agis ainsi ?
- Euh, mais bon...
- Parce que je vais vous dire la vérité Mme CDI. Sachez que lorsque les élèves savent que c'est vous qui tenez le CDI et non M. CDI, ils préfèrent rester en perm', ils ont la trouille. Sachez que votre CDI est certainement plus calme que ma perm', parce qu'ici, c'est souvent le bordel, ben oui. Mais ça, vous ne pouvez pas le savoir puisque vous ne descendez jamais de votre perchoir. Sachez enfin qu'aucun de nous, surveillants, ne prend plus l'initiative d'envoyer les élèves au CDI, car moins on vous voit, mieux on se porte. Alors lorsque certains élèves débarquent chez vous, c'est parce qu'ils ont une réelle envie d'aller au CDI, ils savent qu'ils devront mieux s'y tenir qu'en perm', eh oui, mais visiblement, vous ne les en croyez pas capables, et ça c'est bien dommage.
Mme CDI est devenue bien pâle, bien silencieuse, sa bouche pendait dangereusement vers le bas. L'espace d'un instant j'ai cru qu'elle allait pleurer. Je me suis sentie conne, de quel droit je lui parle ainsi ? Mais Mme CDI s'est reprise, elle a pincé les lèvres et a répondu :
- Bien. Toujours est-il que je continuerai à refuser les élèves qui ne savent pas se tenir dans le couloir ainsi que tous ceux qui sont irrespectueux et bavards. Et je ne cèderai jamais.
Elle a tourné les talons, le menton en l'air et elle est partie.
Un fou rire nous a gagnés, tous, mais quand même, j'ai de la peine pour cette pauvre Mme CDI.
Pour les lecteurs qui se posaient la question, sachez que Mme CDI n'est pas une prof dépressive qui doit se coltiner le CDI, c'est une vraie documentaliste, mais qui est fort déçue de la profession.
24 mai 2008
Les fourberies de Mme CDI
Au collège comme au lycée, un adage dit : "Les documentalistes sont toutes des connasses". C'est une règle d'or qu'on m'a enseignée dès mon arrivée.
J'ai toujours été en désaccord avec cet adage ancestral pour plusieurs raisons. D'abord parce que je garde un tendre souvenir de la documentaliste de mon collège de quand j'avais 12 ans et que j'étais à fond les ballons dans le club lecture du jeudi midi. Ensuite parce que j'en croise sur la blogosphère, des documentalistes, et qu'elles ont l'air tout à fait normales. Enfin normalement connasses, des filles quoi.
Donc j'ai toujours défendu la cause documentalistienne.
Certes Mme CDI du collège est pas mal gratinée niveau connasserie, mais en la caressant bien dans le sens de ses poils et en lui passant une bonne couche de crème sur lesdits poils, ça glisse bien, elle m'emmerde pas. Par contre, mes collègues, peu doués avec les subtilités de la crème et tout et tout, ils ne veulent pas en entendre parler.
Faut dire que Mme CDI est spéciale. Elle déteste tout le monde dans le collège. Bon, ça, ça arrive. Mais elle le clame haut et fort :
- Je déteste tout le monde ici !
Ensuite, Mme CDI n'aime pas beaucoup les élèves :
- Ils m'emmerdent tous !
Enfin, elle apprécie peu son job :
- C'est nul ici avec les élèves dans ce CDI pourri !
Voilà. Maintenant vous comprenez la nécessité de la crème, voire de la vaseline parfois.
En pratique, il faut téléphoner au CDI pour avertir Mme CDI qu'on va lui envoyer des élèves, histoire qu'elle se prépare psychologiquement. C'est souvent l'occasion pour elle de trouver une excuse bidon :
- Ah je ne peux accueillir personne ! Je dois... euh... je dois... arroser les plantes / faire des piles de livres par couleur / boire le café.
Car Mme CDI n'aime jamais autant son CDI que lorsqu'elle y règne, seule.
Mais Mme CDI est fourbe et justifie ses fourberies : elle déclare que les élèves lui pourrissent son CDI, qu'ils font un sacré bazar, et ça, c'est inadmissible non mais oh, c'est presque une bibliothèque après tout. Du coup, elle se transforme régulièrement en videur, et elle sélectionne qui elle veut dans son CDI :
- M'envoyer des élèves ? Mhh faut voir... C'est qui ? Julien ? Jojo ? Mhhh... En fait là j'avais oublié mais j'ai un truc trèèèès important à faire...
Et paf, pas de CDI pour la journée.
Mais quand on est une pionne de folie comme moi, on a tendance à être un peu conne :
- Mme CDI a beaucoup de travail... Et puis il paraît que vous faites rien d'autre que de l'embêter de toutes façons...
Tant de naïveté, ça vous sidère hein. Ne vous inquiètez pas, c'est maintenant que je deviens une connasse. Car l'autre jour, tout a basculé.
Une grosse perm', des gamins demandent à aller au CDI. Tous les autres surveillants esquivent, non non non moi je les emmène pas, qu'ils disent, rah les trouillards.
Ho je monte avec les affreux, en multipliant les chuuut, les taisez-vous, les y'a des gens qui bossent. Mais c'est dans la nature intrinsèque de l'affreux d'être bruyant. Alors quelques crétins n'ont pas pu s'empêcher de faire le traditionnel bazar qui est de mise lorsqu'on traverse un couloir. Mais croyez-moi, c'était modéré. Une claque derrière le crâne et c'est réglé, ils se rangent même gentillement devant le CDI.
Mme CDI sort de sa grotte, les mains sur les hanches, un sourire vers le bas sur son visage crépi. La terreur la gagne lorsque son regard embrasse le groupe d'élèves. Treize élèves. Je sens son cerveau se mettre en mode urgence. Vite trouver une parade, qu'elle se dit.
- Qu'est-ce que c'est que ce bazar ?
Silence, les gamins regardent leurs pieds. Moi je regarde son pendentif chat. Il est joli.
- C'est inadmissible que vous ne soyez pas capables de monter en silence, blablabla...
Elle fait plus de bruit qu'eux - je vous rappelle qu'on est encore dans le couloir - son ton monte de plus en plus, ce serait bien qu'elle fasse entrer les élèves, et puis moi j'ai du boulot qui m'attend en perm', alors je hoche la tête d'un air entendu pour qu'elle abrège.
- Vous deux, vous avez fait du bruit dans le couloir, je ne vous veux pas !
Son doigt accusateur pointe deux élèves, des gentils. Quel mauvais choix.
- Madame, c'est pas eux ! Madame c'est nous ! Excusez-nous madame !
Ils sont mignons hein ? Solidaires en plus. Je les aime mes affreux.
- Bon alors vous deux c'est bon, mais vous qui avez fait du bruit non !
Que de cruauté.
- Et puis vous non plus, ni vous, ni vous.
Mme CDI éjecte tous les garçons. Elle ne se garde que quatre filles, des gentilles. Mon moi intérieur est scandalisé, je vois les garçons partir furieux, vexés, et je les comprends. Mais Mme CDI n'en a pas fini avec moi, même si on commence sérieusement à prendre racine dans ce couloir.
- Quant à vous... Vous ! C'est vous qui sous-entendez aux élèves qu'en venant au CDI ils vont pouvoir échapper au silence imposé en perm' et qu'ils vont pouvoir bavarder ! Tout ça c'est de votre faute !
Mme CDI perd quelque peu son sang-froid. Les filles sont médusées. Et puis elles attendent toujours de pouvoir entrer au CDI.
- Oui, je connais votre petit manège à vous les surveillants !
Ca me chauffe bien. Ma main me brûle de lui en retourner une. Mais bon j'ai des témoins. Ma langue me brûle de l'envoyer chier, cette vieille dinde.
Au lieu de ça, je tourne les talons et je m'en vais.
Mme CDI continue à m'insulter dans le couloir, à crier comme une crétine.
Mes pas me mènent chez CPE Formidable à qui je déverse ma bile. Il va régler ça, il est gentil lui. Puis je débriefe avec les collègues.
- Tu vois, les documentalistes c'est vraiment toutes des connasses.
Demain,vous saurez comment Mme CDI est venue s'excuser et comment je lui ai fait ravaler sa face de connasse.
08 mai 2008
Sam saoûle
Le printemps c'est bien mais ça a ses inconvénients aussi. Quand il fait beau, il fait chaud. Et quand il fait chaud, y'en a qui puent. Ceux qui suivent savent à qui je fais allusion. Eh oui, l'inénarrable Sam sera à nouveau la cible de cet article.
Le problème avec Sam, c'est qu'il est très ponctuel au boulot. Du coup il est toujours là dix minutes avant tout le monde. Et il en profite pour parfumer le bureau. Et lorsqu'on arrive, une délicieuse odeur nous accueille, une pincée de sueur, un chouilla de crasse, voilà le secret de Sam. Ca fait rêver je sais. Après faut être courageux, faire trois pas et s'approcher tout près pour lui taper la bise. Là j'avoue, j'me mets en apnée sinon c'est juste pas possible.
Alors aujourd'hui, jour de grand soleil, de douce chaleur, Sam il dégageait sévère. Et bizarrement, ça me coupe toute envie d'être sympa avec lui. Etre une garce, c'est ma spécialité, mais j'fais pas exprès.
Mais faut dire aussi qu'il est particulièrement pénible.
Sam il a un ami imaginaire. Ou pas. En tous cas il cause tout seul. C'est le genre de type qui commente tout ce qu'il fait, vous savez, ces gens qu'on bafferait bien.
- Alors, je vais effacer l'absence de la prof d'espagnol, et puis je vais afficher le menu de la cantine... Oh j'ai mal cliqué... Oh la la. Ah, ça y est. Alors... Je vais ajouter l'info pour l'UNSS..
Un bruit continu, il ne s'arrête jamais. Avouez qu'il cherche la vilaine en moi.
- Sam tu m'as parlé ?
- Ben non.
- Beh si tu m'as dit un truc à propos de prof d'espagnol...
- Mais non !
- Ah si, j'ai entendu hein !
- Mais je parlais pas à toi !
- Ah bon ? Tu parles tout seul alors ? Hihihi.
- Mais... Mais...
- Eeeeh Sam il parle tout seul ! Ouuuh ! Sam il parle tout seul-euh !
Les collègues rigolaient bien, je leur faisais des clins d'oeil à m'en détacher la paupière, parce qu'eux aussi ils en ont marre du bruit de fond Samesque.
Mais Sam, ça l'a pas fait rigoler du tout. Et même qu'il s'est énervé.
- Mais je parle pas tout seul ! Tu fais la maline Eluise mais ça t'arrive jamais à toi de commenter ce que tu fais ?
- Commenter ce que je fais ? Parler toute seule quoi ? Ben non.
Evidemment je mentais. On le fait tous. Même vous. Je suis sûre qu'en lisant cet article vous avez bien lâché un "Ah la connasse" ou un "Quelle coquine", voire un "Dégueu, sa mère".
Mais Sam ne lâchait pas l'affaire. Il devenait bien agressif, les collègues rigolaient plus du tout, un silence gêné s'est installé dans le bureau.
- Oui ben moi ça m'arrive, c'est comme ça, t'as rien à dire, je gêne personne, et puis zut alors, laisse-moi tranquille, blablabla...
J'écoutais plus ça devenait ennuyeux. Je préfère quand il dit des trucs rigolos du genre "Patrick Bruel a été champion du monde de poker ! C'est incroyable ! Vraiment ! C'est pas casser la voix, c'est casser les cartes !". Et puis il rit tout seul à sa blague, c'est là le meilleur moment.
Mais quand même, j'ai un peu de peine pour Sam. Tout le monde se moque de lui. Tout le monde l'évite. Au fond, c'est un bon gars. Enfin j'espère.
Toujours est-il qu'on appréhende la venue de l'été.
03 avril 2008
Folies de pions
Au programme aujourd'hui : Eluise critique ses collègues. Parce qu'il faut se renouveler un peu.
Je vous avais annoncé l'embauche de deux grands garçons sportifs mais je m'étais arrêtée là, et ça c'est une injustice pour vous et pour eux. Vous savez que tout nouveau venu a droit à son heure de gloire sur ce blog. Il est temps.
Parlons donc un peu de Claude. Claude, la première déception. Claude, la déception incarnée. Claude, que je vais bientôt baffer.
Certes Claude en impose aux gamins : grand, un brillant énorme dans l'oreille, un grand manteau fashion, une expérience dans un club de foot professionnel qui lui a "donné" son bac, une confiance en soi inébranlable. Mais ça s'arrête là. Malheureusement.
Ainsi, lorsque nous autres pauvres vieux pions nous acharnons à tenir la perm', aller chercher les billets d'absence, traiter ces billets, traiter les heures de colle, re-tenir la perm', vérifier les justificatifs d'absence, remplir les fiches de suivi, crier en perm', et j'en passe, Claude, lui, a une activité bien précise. Claude lit L'Equipe, un café à la main, et surfe sur internet. Et ce, toute la journée. Voilà. Au début, ça nous faisait rigoler. Puis ça nous a agacés parce que L'Equipe prenait toute la place sur le bureau et que nous on pouvait plus travailler, quelle idée aussi de faire des journaux aussi grands, regardez Cosmo, il est tout petit. Alors il a déménagé et s'est installé dans la perm'. Cool, qu'on s'est dit, il va surveiller la perm'. Erreur, il s'est simplement installé dans la perm'. Nuance.
Claude "oublie" également de sortir de sa perm' pendant les récréations. Ainsi, pendant 15 minutes, nous autres nous gelons le cul dehors, gérons les bagarres, subissons les cris, et lui, il lit L'Equipe. Il "oublie" également les interclasses, où nous devons nous précipiter dans les escaliers pour surveiller les déplacements des affreux et nous prendre quelques portes dans le nez. Lui, il préfère lire L'Equipe.
Mais surtout, Claude se plaint.
- Bon moi j'en ai marre, je vais prendre un café.
Et puis, Claude parle mal des affreux. Et ça, j'aime pas. Y'a que moi qui ai le droit. Et Olivier aussi. Suite à l'exclusion définitive d'un pauvre gamin de 6e, âgé de 11 ans, Claude a lâché :
- Lui, il finira entre quatre murs ou entre quatre planches.
- Bah quand même, t'exagères, il a 11 ans, il a un contexte familial difficile et certes il est loin d'être malin, mais quand même...
- Non non non, lui il est fini.
Boooon, ça c'est fait.
Claude m'a même insultée :
- Eh bande de salopes, vous m'avez refilé la sortie à la ferme avec les 5e, je vais être tout crotté !
Heureusement qu'Olivier, un pion de folie lui aussi, nous a sauvé la mise :
- Quoi ? Une sortie à la ferme ? Chic, moi j'veux y aller !
Claude s'est même mis à dos Emilie, une collègue :
- Dis voir Claude, tu pourrais prendre les 4e dans leur salle, leur prof est en retard, c'est l'affaire de dix minutes...
- Nan.
- Comment ça nan ?
- Nan, c'est les pires. T'as qu'à y aller toi.
- Ecoute Claude, tu viens de commencer ta journée, t'es tout frais, nous autres on est tous là depuis tôt ce matin, on est crevés, on avait des perm' de folie avec les profs absents...
- Nan.
Alors moi, je me suis dit qu'en tant que pionne de folie, je devais faire quelque chose. Lui parler. Lui expliquer.
Echec.
Claude m'a ri au nez, m'a mis une tape sur l'épaule, et depuis, il me surnomme Force Ouvrière.
Je vais devenir une pionne en folie.
28 mars 2008
Profs au bord de la crise de nerfs
Régulièrement sur les blogs de profs, ya des profs qui craquent, qui s'énervent, qui en ont marre, non mais oh. Eh ben moi cette semaine j'ai vu une prof craquer pour de vrai.
Ben j'dois dire que ça m'a fait tout bizarre, je faisais vachement moins la maline.
Au lycée, des élèves qui craquent, c'est monnaie courante. Entre la fille plaquée par son mec, celle qui s'est battue avec sa meilleure amie, l'élève qui s'est fait exclure de cours par son prof, celui qu'on a collé, celui qui a vomi, le bureau des surveillants, c'est pleurs et lamentations en tout genre. Un sourire compatissant, un "tu veux en parler", une main sur l'épaule et hop c'est réglé. C'est ça aussi, être une pionne de folie.
Mais j'étais pas au courant qu'on devait aussi s'occuper des profs. Eh ben si.
C'est ainsi que s'est pointée une prof, une de celles que j'aime pas, qui nous fait bien comprendre qu'elle et nous, on n'a rien en commun, d'ailleurs on pue un peu, si on pouvait reculer un peu ce serait pas mal, là, merci c'est bien. Donc elle se pointe au bureau :
- S'il vous plaît, on a un problème dans le couloir !
- Quel genre de problème ?
Sans la regarder, en mâchonnant mon crayon devant mon ordi, pour lui montrer toute ma sympathie à son égard. La pionne de folie, c'est moi.
- On a une prof qui a craqué, elle va vraiment pas bien...
- Et donc ?
- Et ben...
Ah, tu fais moins la maline. Ca t'apprendra à nous traiter comme des larbins non mais (je suis un peu remontée, oui).
- Faut voir ça avec le Proviseur hein, nous on est juste surveillants.
- Elle pleure dans le couloir, elle est effondrée !
- Quoi ?
Quoi ? Ca pleure un prof ? Eh ben, on en apprend tous les jours. J'étais vachement impressionnée. J'appelle les collègues à la rescousse. Gérer les hormones des ados ça va mais les nerfs d'un prof, non non non, ça fait peur.
- Bon alors, la prof est toujours dans le couloir, elle pleure devant tout le monde, faites quelque chose !
Ma collègue Caro prend le relais, et elle, elle est encore plus remontée que moi contre les profs :
- Ben qu'est-ce que vous voulez qu'on y fasse ! Voyez ça avec le Proviseur ou les CPE, emmenez-la en salle des profs, j'en sais rien moi.
- Mais il faudrait qu'elle puisse se remettre, dans un coin, seule, tranquille...
- Allez donc en salle des profs !
Caro, elle est pas commode. Et puis moi je commence à avoir de la peine. Même si une fois ça m'est arrivé aussi de pleurnicher mais on m'a bien claqué la porte au nez en salle des profs, mais non, c'est pas du tout pour ça que je suis remontée, qu'est-ce que vous imaginez. Donc mon grand coeur prend le dessus et là, je sais pas ce qui me prend, je dis :
- Si vous voulez elle peut venir dans le bureau, on a un coin qui ferme avec une porte...
Mes collègues me tuent du regard, j'entends des cris silencieux, non pitié, non, mais ça va pas la tête ou quoi. J'aurais dû me taire sur ce coup. Parce que évidemment la prof court chercher sa collègue qui craque et nous la ramène. Effectivement, elle pleure, elle gémit, c'est pas la grande forme. Hop la prof Superwoman l'installe dans le petit bureau et elle nous fait mille recommandations :
- Bon je ferme la porte, vous la laissez tranquille hein. Mais allez quand même la voir. Moi je vais manger. Je repasserais peut-être plus tard.
Donc on se retrouve comme des cons avec la prof en crise. Et on était bien emmerdés parce que l'ordinateur, il était pile dans cette petite pièce-là, alors pour bosser, ou du moins faire semblant, c'était pas terrible. Et surtout, on n'osait plus rigoler tout fort comme on fait d'habitude. On chuchotait, comme si on veillait un malade.
- Alle Eluise va la voir toi !
- Eh merde, pourquoi moi ?
- Bah c'est toi qui a proposé, t'assumes hein ! Et puis tu vas être prof alors bon !
- Hé mais c'est pas un argument ça ! Et puis moi aussi j'ai faim.
J'ai attrappé mon manteau et j'me suis sauvée. Ben ouais. C'est ça aussi être une pionne de folie.
15 mars 2008
La chef
Ca y est, j'ai enfin vu le second collègue masculin si attendu et porteur malgré lui de tant d'espoirs. Bon ben c'est encore par ça hein. Et pourtant la direction est toute fière d'avoir recruté, je cite "deux grands garçons forts et en STAPS" (Staps c'est fac de sport pour ceux qui suivent pas). Le deuxième type a l'air sympa, tout comme le premier d'ailleurs, mais pour le plaisir des yeux, je repasserai. Tant pis.
Voilà, mes espoirs sont morts.
Mais maintenant, je suis la pionne qui possède le plus d'ancienneté au collège. Avec très exactement un an et deux mois au compteur. J'vous dis pas comme j'me la pète désormais. Je suis la chef, oui oui. Olivier va dire que c'est de la triche, que lui il a juste un mois de moins que moi mais que comme il fait plus d'heures, et ben en fait le chef c'est lui mais nan nan nan, cherche pas, j'étais là avant.
Et moi, j'adore être la chef. Et faire la chef. Oui je suis détestable. Mais je suis la chef.
Alors j'me gêne plus pour laisser des petits mots aux collègues débutants :
"Voilà plusieurs fois que je constate que les billets d'absence sont classés sans être traités. Un peu d'attention est nécessaire. Merci".
"Faut-il vous répéter de cocher la case Etablissement informé lorsqu'un parent nous appelle pour signaler une absence ? Merci".
Ou alors je leur refile tous les trucs chiants :
- Ca te dérangerait d'aller fermer les toilettes ? Merci.
- Faudrait faire les photocopies là. Et là aussi. En 48 exemplaires. Merci.
- Regarde ça les tables sont pas bien alignées... Merci.
Vous noterez que je reste extrêmement polie. Les collègues aussi d'ailleurs. Mais vendredi j'ai subi une attaque de rebelles. Démonstration.
Ma passion, c'est la traque des justificatifs d'absences. J'imprime la liste des absences non-justifiées et je poursuis les élèves partout, à la cantine, dans les couloirs, dans la cour, dans les toilettes, pour récupérer les billets d'excuse. Si Olivier mène cette pieuse croisade à mes côtés, les nouveaux, eux, ça les dépasse. Alors ils se moquent.
- Rah Eluise commence sa traque !
- T'as fini oui de les harceler ces pauvres gosses ?
Je reste stoïque. Je suis la chef, je suis la chef.
Et vendredi donc, je traquais, tout en discutant avec le CPE, un homme for-mi-da-ble. Le nouveau pion se ramène.
- Ah, zavez vu m'sieur CPE, Eluise elle lâche pas les gamins hein ! Elle les harcèle avec ses absences.
Il se croit malin. Mais le CPE est for-mi-da-ble, rappelons-le :
- Ben vous feriez mieux de vous y mettre et de suivre son exemple !
Paf. Alors, c'est qui la chef ?
Merci.
13 mars 2008
La baballe
J'ai décidé de renouer avec cette tradition qui fit la gloire de ce blog à ses débuts, j'ai nommé la moquerie. Aujourd'hui, moquons-nous des collègues. Y'a pas de raison qu'on ne se moque que des élèves, non mais. Et puis si tu me fais rire, tu finis dans le blog, c'est ton problème.
L'autre jour, mon collègue du lycée Sam avait trouvé une balle de tennis dans le bureau des surveillants. Vous me direz, mais qu'est-ce que vous foutez avec des balles de tennis ? Eh bien sachez que les objets perdus/trouvés/pas retrouvés, c'est nous qui nous les coltinons. Parapluies, chaussures (mais comment peut-on perdre sa chaussure ?), écharpes, trousses, lunettes, porte-clés, carnet de santé, bracelets, c'est la caverne aux trésors. Et donc Sam y a trouvé une belle balle. Et comme tout mec qui se respecte, il s'est mis à jouer à la baballe dans le bureau. Et une balle de tennis, ça rebondit sévère. Je flippais grave, un accident ça arrive vite, une balle dans l'oeil, dans la tête et adieu l'agreg (et mon brushing). En l'occurrence, ça a plutôt été une baballe dans l'ordinateur, pif l'écran, une baballe dans le pot à crayons, splash les crayons, une baballe dans les papiers, flop les papiers.
- Il a fini son bordel avec sa baballe çui-là ?
Ma collègue Charlène, elle a eu marre vite fait. Moi j'attendais l'accident. Et puis j'ai un blog à tenir alors bon, il me faut de l'action.
Fini le test baballesque, Sam s'est lancé dans une analyse philo-scientifico-sociologique de la baballe.
- Zavez vu, y'a écrit Roland Garros sur la balle.
Il était vachement content.
- Mouais.
On en avait vachement rien à foutre.
- Vous vous rendez compte, c'est une vraie !
Je sens la connerie arriver, alors je l'encourage :
- Une vraie quoi ?
- Ben y'a écrit Roland Garros !
- J'm'y connais pas en sport Sam mais je crois que c'est une marque, genre comme Quechua chez Décathlon mais en mieux.
- Non non non, moi je crois que c'est une vraie ! Ils ont joué avec cette balle à Roland Garros ! Putain elle est historique cette balle !
- Euh non Sam j'crois pas.
- Mais si ! Mais regarde Eluise, ça ressemble !
- Ca ressemble à quoi ?
- Ben à une balle de Roland Garros !
- Y'a rien qui ressemble plus à une balle de tennis qu'une autre balle de tennis...
Il en a eu rien à foutre de ma super vanne et il est parti tout content avec sa précieuse baballe. Puis il s'est mis à marmonner tout seul, j'me demande s'il lui parlait pas à sa baballe.
Mais ça commençait à devenir énervant de l'entendre parler tout seul, ça nous faisait un genre de bruit de fond pas terrible, je préfère encore les machins qui te font les oiseaux ou la mer. C'est dire si c'était énervant. C'est Charlène qui a craqué la première. Moi, j'me sacrifie pour le blog, rappelons-le.
- Oh mais Sam, qu'est-ce que tu chantes putain ?
Là, elle employait le terme "chanter" dans le sens de "dire", "raconter", vous l'aurez compris. Mais pas Sam.
- Mais je chante pas !
Allez laisse tomber Sam, va jouer à la baballe.
Si vous me trouvez un tantinet méchante, lisez donc mon Mea culpa, vous vous sentirez mieux.
11 mars 2008
La réunion des mots
Le mardi c'est lycée, et le mardi c'est tranquille. 13h30, fin de journée, je suis chez moi presque pile à l'heure pour siester devant le téléfilm de M6, tel est mon programme. Alors je vous laisse imaginer ma stupeur en arrivant ce matin et en lisant sur le panneau d'information des surveillants "Réunion aujourd'hui de 13h30 à 15h". Rah l'arnaque, une réunion. Mon beau programme est fichu. Avec les collègues on se met à soupirer, pff, pff, on aime pas les réunions.
Faut dire que les réunions c'est chiant. On répète toujours les mêmes trucs, on se fait engueuler par les CPE, on dit que "oui oui on sait, on fera gaffe", tout le monde se met à parler et à douze, ça fait du bruit, on brasse de l'air, ça dure, ça dure.
Du coup, avec mon collègue Dani, on soupirait vraiment fort ce matin.
- 'Tain on va se faire chier.
- On est obligé d'y aller ?
Et là j'ai eu une idée de génie.
- Et si on faisait un jeu pendant la réunion ?
- Ouaaaaaaais ! Supeeeeeer ! Quoi comme jeu ?
- Chacun de nous écrit un mot sur un bout de papier, et hop on tire les mots au sort. Le but : placer son mot le plus souvent possible au cours de la réunion. Sans se faire gauler sinon c'est l'élimination immédiate. On sera douze pendant la réunion. Là on est que six, donc on sera nous six à jouer, on le dit pas aux autres.
- Hihihihihi super !
Allez hop découpage de papier. Je tire mon mot. "Bouchon". Dani tire "Biquette". Charlène tire "Sauterelle". Caro tire "Slip kangourou". Zora tire "Abscon". Sam tire "Chocolat". C'qu'on rigole dans le bureau. La grande marrade. Du coup on a vachement hâte qu'elle débute cette réunion.
Enfin, il est l'heure. Dani attaque fort :
- Allez les biquettes on s'installe !
Charlène tient les comptes. Hop un point pour lui. On ricane déjà. Je réplique aussitôt.
- Calme-toi mon bouchon !
Caro enchaîne :
- Ben dites donc tous les deux, c'est la fête du slip kangourou ou quoi ?
On est morts de rire. Les autres, ils rigolent pas, ils nous prennent pour des débiles. La réunion commence. Nous six, on n'écoute rien du tout, on pense qu'à placer nos mots. Un surveillant parle, parle, parle, Zora saisit l'occasion :
- Je trouve ton raisonnement quelque peu abscon.
- Abscon mon bouchon !
Paf deux points pour moi ! Mais Charlène n'a pas dit son dernier mot :
- Oh c'est fini les sauterelles !
- Les biquettes tu veux dire.
Trop fort ce Dani. Faut que j'me méfie. Certains de nous pleurent de rire. Charlène tient consciencieusement les comptes. La réunion se poursuit. Absences, dispenses, retards, putain on va parler de tout ou quoi ?
Dani triche.
- Biquette, Biquette !
Je m'insurge aussitôt :
- Ehhhh il triche ! Il a pas le droit !
Tout le monde me regarde, la réunion est sur pause. Sam se jette dans la course :
- J'ai envie de chocolat.
Mais quelle bande de tricheurs, il a pas le droit, c'est hors-contexte ! Les autres s'impatientent :
- Bon vous avez fini de dire des conneries parce qu'on doit encore parler des retenues, des exclusions...
-... Et puis il faudrait faire quelque chose pour le bruit dans les couloirs...
Je bondis de ma chaise, tel un diable de sa boîte, et je hurle :
- FAUT METTRE DES BOUCHONS ! SUPERBONUUUUS !!
Les initiés éclatent de rire, les autres se regardent, interloqués. Je suis méga fière, ça c'est bien placé, bien envoyé ! Si je gagne pas avec ça, j'vous jure !
Mais heureusement, il est 15h, la réunion est finie. Les autres sont sacrément plus fatigués que nous. Pourtant, qu'est-ce qu'on a bossé, la lutte était rude.
On fait les comptes. C'est ce tricheur de Dani qui remporte la victoire. Je suis mauvaise joueuse alors je râle.
- T'as triché !
- T'inquiètes biquette on rejouera !
Elle est passée vite cette réunion en fait. Vivement la prochaine.
PS : In bocca al lupo ragazze (in culo alla balena, pure).
07 mars 2008
Tromperie sur la marchandise
Comme promis je vous tiens au courant des nouveaux arrivages de collègues masculins. Le "grand en fac de sport", c'était aujourd'hui. Moi qui espérais mater du sportif, j'ai été déçue. Non qu'il soit moche, mais bon c'est pas mon genre voilà, tout comme y'en a qui aiment le thé et d'autres préfèrent le café, chacun ses goûts. Tant pis. Remarquez ça aurait été problématique s'il avait été beau comme un Dieu, ça aurait sacrément compromis mon efficacité au boulot. Temps passé à mater = temps pas passé à bosser. Problématique j'vous dis.
Mais ce nouveau collègue pas beau s'est vite révélé prometteur.
En effet, les gamins le détestent déjà.
- Comme il se la joue le nouveau pion, 'tain il vient d'arriver et déjà il nous engueule, rah 'tain, fait chier.
Formidable. Quelqu'un qui va compléter mon équipe de méchants. Parce que moi je suis une pionne méchante. Pas une vraie méchante hein, mais j'suis pas une marrante, faut pas essayer de m'entourlouper. D'ailleurs le nouveau pion me l'a fait remarquer :
- Dis donc tu rigoles pas toi. Tu seras pas une prof cool hein !
- C'est pas le but non.
Et je suis tellement méchante qu'à cause de moi, pour la toute première fois, un élève va être exclu une journée. Ouh ouh. Ca vous impressionne hein. C'est à cause de cette histoire de pompeuse. Car cette histoire a fait son chemin, hop elle a continué sa route, alors même que j'étais pas là. Elle est remontée dans les hautes sphères et hop, un simple rapport d'incident s'est transformé en exclusion, un peu pour couronner l'ensemble de l'oeuvre du gamin. Puis l'histoire est descendue des hautes sphères vers le bas peuple, elle a enflé, dans la nouvelle histoire je pleurais, le proviseur foufoufou intervenait, claquait la porte, et le gamin en plus me traitait de pute et se faisait exclure à vie du collège. Du coup aujourd'hui les élèves ne m'ont parlé que de ça, j'me sentais trop une star.
- T'as bien fait Eluise de le dire !
- De toutes façons c'est un connard, il traite toujours les filles de putes alors ça lui fera les pieds.
- Il est immature ce mec !
- Ouais parce que ça se fait pas hein de parler comme ça à la pionne hein ouais.
- Il nous a demandé d'aller tous dire au CPE que c'était pas vrai mais nous on l'a pas fait !
- Mais bon faut pas le prendre pour toi hein, t'sais nous on parle comme ça hein !
Ca a soulagé ma conscience, parce que bon, avant je pensais qu'on pouvait librement insulter un pion alors je pensais pas que mon rapport prendrait de telles proportions moi. Même si quand même ça m'inquiète de voir que certains gamins ne font pas la différence entre ce qu'on dit à ses copains et ce qu'on dit à un adulte ('tain j'suis une adulte maintenant, ça fout les jetons).
En tous cas, pour son premier jour en ma compagnie, le nouveau pion a dû vraiment se dire que j'étais une sacrée cinglée psychorigide toquée.
Bientôt, le deuxième pion ! De l'espoir pour le week-end !
