23 juin 2008
Combat de poulettes
Aujourd'hui j'ai fait un voyage dans le temps, direction période du collège, adolescence revival en gros. C'est pas là que se situent mes meilleurs souvenirs, mais bon, parfois on doit y retourner, c'est comme la visite annuelle chez le dentiste, on n'y échappe pas, mais bon, moi j'ai de la chance, mon dentiste il est plutôt sympa donc ça va.
Quand j'étais au collège, j'avais ma bande de copines, parce que comme on dit, les mecs, les mecs, les mecs ils sont tous nuls. Et avec les copines, c'était à la vie à la mort, on parlait de trucs de ouf genre comment camoufler ses boutons, combien t'as payé tes Doc Martens, tu crois que Nico il est amoureux de moi, les profs c'est tous des connards. Remarquez, ça n'a pas trop changé en fait.
Et les collégiennes d'aujourd'hui, elles sont à peu de choses près identiques. Je parle des collégiennes normales, pas celles qui portent des strings, des slims, des piercings, j'étais pas comme ça, qu'est-ce que vous allez imaginer. Mes copines et moi, on était les intellos du collège d'ailleurs. Ca m'a pas menée bien loin remarquez, enfin, bon, ça m'a menée sur ce blog quoi.
Et donc aujourd'hui j'ai constaté combien :
1. les collégiennes de maintenant ont les mêmes problèmes que celles d'avant.
2. tes problèmes de collégiennes persistent même quand tu as 23 ans.
Avec Emilie, on surveillait la cour en mode été, c'est-à-dire assises sur le banc qui nous est dorénavant attitré. On était entourées de notre cour royale, ces quelques élèves qui nous kiffent à mort et nous suivent partout. On les aime bien mais bon on est limitées niveau débit de conneries quand ils sont là. On se disait donc des trucs pourris, genre qu'il faisait vachement chaud quand même. C'est à ce moment que mon oeil de lynx a été attiré par une certaine agitation dans un coin de la cour.
Dans ce coin, j'ai noté la présence d'une Mini 6e, entourée de trois grandes 4e Rockeuses dont la sollicitude était fort suspecte. Elles lui frottaient le bras, lui parlaient comme à une nunuche, et Mini 6e avait l'air de pleurer. Mais de loin, j'voyais que dalle, même en plissant les yeux à mort.
C'est toute la problématique du pion qui se veut de folie : interviens-je ou pas ? La ramener dans les affaires de tout le monde mais pas trop quand même, telle est la mission du pion de folie.
Mais Mini 6e semblait vraiment tristounette.
- Emilie, t'as vu, y'a du grabuge là-bas.
- Ah ouais.
- Eh eh si vous voulez on va voir, nous !
Ils sont prêts à tout nos fans.
- Naaaan c'est bon, j'y vais, zêtes fous ou quoi.
Effectivement, en arrivant, j'ai constaté que Mini 6e pleurait et que les 4e Rockeuses la consolaient :
- Mais pleure pas !
- C'est qu'une connasse !
- En tous cas j'adore ton jean !
Qu'est-ce qu'elles sont efficaces les 4e Rockeuses. Dire que j'ai failli débarquer et les engueuler, rah la boulette.
- Allez les filles, zêtes gentilles mais j'prends le relais.
Les 4e se sont éloignées mais pas trop, on sait jamais, il pourrait y avoir encore des larmes, de la morve, voire de la bagarre, ce serait con de louper ça.
- Bah alors Mini 6e, qu'est-ce que t'as ?
- C'est Rosie snif, snif... On s'est... On s'est... Disputées...
Je me téléporte à l'autre bout de la cour et je ramène Rosie. Suivie par tout un tas de collégiens qui s'attendaient à assister à une baston. Laissons les filles s'expliquer.
- Mais m'dame c'est la faute à Mini 6e ! Elle a traité ma mère !
- Nan c'est pas vrai !
- Si !
- Nan !
- Si, on me l'a dit !
- Ouin ouin snif.
Je suis une piètre médiatrice. Mais je me refuse à perdre mon titre de pionne de folie.
- Bon les filles, on n'avance pas des masses là. Vous êtes super méga copines alors...
- Nan, c'est plus ma copine, elle a traité ma mère !
- Rosie, t'y mets pas vraiment du tien là...
- Ouiiiiin...
- Mini 6e, non ! Non, pas les larmes !
- Tu vois, Mini 6e elle est chiante, elle fait que pleurer et faire la gueule !
- Rosie, je te trouve bien dure avec ta copine...
- C'est pas ma copine, elle a traité ma mère !
Piètre médiatrice, voyez-vous.
J'ai donc décidé de mettre momentanément fin aux accords de paix en éloignant les belligérantes. Chacune à un bout de la cour et puis voilà, démerdez-vous, si vous êtes plus copines ben vous vous parlez plus et voilà.
Sauf que Mini 6e n'arrêtait plus de renifler et sanglotait sévèrement. Un mouchoir, un verre d'eau, une chaise dans un couloir et c'était parti pour les hoquets.
- Bon Mini 6e, tu restes ici, tu te remets, moi j'ai une cour à surveiller hein... Tu viens me voir si ça va pas...
Je pensais en avoir fini avec les 6e Minipouss mais non. Rosie est revenue à la charge, finalement, ça lui faisait sacrément de peine de voir sa copine pleurer.
- J'voudrais voir Mini 6e...
- Ok Rosie mais tu fais un effort alors ?
- Ouais ouais !
Nous revoilà en position de médiation.
- Alors moi j'en ai marre de toi Mini 6e parce que tu fais tout le temps la gueule et t'es jalouse de mon amoureux !
- Mais Rosie, Mini 6e est comme ça parce qu'elle tient à toi... Quant à toi Mini 6e, il faut que tu lâches un peu Rosie parce qu'elle va vraiment en avoir marre de toi...
Et là, je sais pas ce qui m'a pris, je me suis lancée dans un grand discours sur les similitudes entre les relations amicales et les relations amoureuses, sur l'importance de la meilleure amie à la période adolescente, sur les problèmes engendrés par ladite période adolescente, sur les efforts indispensables dans toute relation humaine et...
Les 6e me regardaient avec des yeux ronds.
- Euuh. Ouais bon en fait vous êtes pas trop concernées pas vrai ? Mouais. J'dis des conneries hein ?
Silence attéré des 6e. Rah le coup de vieux dans ma tronche.
- Bon on reprend... Mini 6e, t'es très attachée à Rosie, c'est ta copine. Mais t'aimes pas qu'elle te laisse tomber pour l'amoureux... Et toi, Rosie, ça te saoûle, parce que tu l'aimes bien quand même, Mini 6e... Ben... Quand vous aurez 23 ans, ce sera toujours la même chose alors commencez à vous y faire, voilà.
Deux heures après, elles jouaient à nouveau au loup glacé dans la cour. Finalement, la prochaine fois, je laisserai les 6e se démerder.
05 mai 2008
La belle et le bad boy
Le soleil, le beau temps, voilà qui ragaillardit les esprits et donne du coeur à l'ouvrage. Aaaaah le printemps. La saison des amours. Vous remarquerez la récurrence de ce thème en ce moment. C'est le printemps j'vous dis.
Le temps de midi fut particulièrement agréable. J'avais posé mon royal postérieur sur un banc, celui en plein soleil qui permet d'avoir une vue panoramique sur la cour. Autant dire que toutes les affreuses me regardaient d'un oeil envieux, fait chier la pionne à squatter le meilleur banc de la cour. Et ouais. Je m'étais bien installée, presque j'aurais mis les lunettes de soleil. Mais bon faut pas abuser, c'est pas encore les vacances.
Les affreux étaient pas en mode surexcités, et ça, quand il fait beau et que j'ai décidé de prendre le soleil, c'est appréciable. Si j'avais dû me lever pour aller séparer des combattants, je me serais fait piquer mon banc et c'était juste pas possible. Donc je surveillais tout le monde de loin, c'était bien.
Parfois un bon cri de poumon :
- Julien tu lâches ce bâton et tu laisses ton copaaaaaaaaain !
Parfois une agitation de l'index de gauche à droite, non non non, tut tut tut.
Parfois une convocation :
- EHOOO ! Viens voir ICI régler tes absences.
Ca me faisait comme un petit bureau, super pratique ce banc. Comment rester une pionne de folie sans effort et en bronzant.
J'observais les divers jeux printaniers pré-adolescents. Les habituelles courses de 6e. Le foot des 5e. Les commérages des 4e. Les bisous des 3e.
Eh oui, en mai les couples se font nombreux, le printemps, les hormones, tout ça ça produit de l'amour.
Les bisous.
Le calme.
Et là j'ai fait le lien. C'est pas le bordel en ce moment grâce à l'amoooour. Putaiiiin, voilà la clé du mystère.
En effet, les garçons qui ont une amoureuse sont souvent les beaux gosses du collège, c'est comme ça, qu'est-ce que j'y peux moi. Et les beaux gosses, ce sont souvent les caïds, les terreurs. Ca non plus j'y peux rien. Les gentils intellos, ils ont pas de p'tite copine, c'est la dure loi du collège.
Or ces beaux gosses, souvent, ils ont accumulé les conquêtes pendant l'année. Ils ont collectionné les slims, les fonds de teint, les cheveux lissés, bref, ils ont eu droit à toutes les cerises du gâteau. Ils se sont bien amusés. Mais ils les ont plaquées. Elles ont pleuré. Ils étaient encore plus des caïds après ça.
Et puis ils ont trouvé cette amoureuse-là. Une gentille, sans boucles d'oreille géantes, sans talons, sans piercing à la lèvre. La fille gentille. Au début tout le monde a fait heeeeeeein ils sortent ensemble ? Mais comment c'est possiiiible ? Des filles ont pleuré de rage, comment elle a fait cette pétasse moche, je la déteste.
Mais ça a duré.
Le caïd s'est jeté à fond dans l'histoire.
La fille gentille, elle a toujours un petit air condescendant, oui je sais que c'est un crétin mais au fond, c'est un bon gars et je l'aimeuh, voilà ce que disent ses yeux à chaque fois que tous ses copains intellos la regardent avec des yeux qui disent mais qu'est-ce que tu fous avec ce débile non mais oh.
Du coup, le caïd est tout admiratif devant son amoureuse intelligente, il ne la lâche pas, il lui fait des bisous, il la colle comme un Malabar, il a une expression vraiment stupide sur le visage, tout le temps. Mais c'est tellement mignon.
Et ça dure.
Et puis un jour, on se dit, tiens ça fait longtemps que j'ai pas collé Caïd. Tiens ça fait longtemps qu'il n'a pas été exclu de cours. Tiens, mais je le vois même plus en fait.
Eh oui, l'amour calme le caïd. Il a d'autres choses à foutre que t'emmerder, il a de l'amour à gérer.
Et moi du coup, je peux passer deux heures sur mon banc, tranquille.
L'amour, y'a que ça de vrai j'vous dis.
06 avril 2008
Les bagarres
J'aime bien quand les lecteurs m'inspirent. Remercions donc Petit Sushi, qui dans son dernier commentaire, demande : "Dis Madame, tu fais comment pour gérer les bagarres ? lol".
Eclair électrique, inspiration divine, flash magique, aussitôt je me dis tiens je vais faire un article sur les bagarres. Pourtant j'ai déjà parlé des bagarres, regarde Petit Sushi : L'esprit de Noël et Leçon de psychologie adolescente. Mais la violence, le sang, tout ça, ça fait vendre, ça attire le lectorat, et moi, je suis comme les journalistes de TF1, je cède aux tendances, que voulez-vous. Et puis des histoires de bagarre, j'en ai plein en réserve, parce que le collégien aime la bagarre, ça fait partie de son patrimoine génétique. Donc en ce dimanche pluvieux où je devrais réviser puisque mine de rien le concours c'est juste après-demain, nous allons parler bagarre.
Les bagarres, c'est peu fréquent au lycée, mais quotidien au collège. Petit Sushi, sache que gérer une bagarre, c'est pas fastoche. Tout d'abord, tout dépend des combattants. Si tu as affaire à des 6e, c'est pas la même histoire que si tu as affaire à des 3e. Le 6e, tu le chopes par le cartable en criant plus fort que lui, tu le soulèves par ledit cartable, tu le transfères vers une zone sécurisée, et tu le grondes en faisant les gros yeux, en agitant les mains très vite et en le menaçant de mort. En général, il prend peur, il commence à avoir le nez qui coule, il baisse la tête, il dit excusez-moi madame et voilà.
Le 3e, lui, il est coriace. Déjà t'essaies de rentrer dans la zone de combat et là c'est pas facile, parce qu'en général t'as plein de grands 3e qui te bloquent le passage, qui font un mur avec leurs épaules, un peu comme les rugbymen. Si t'es pas folle, t'y vas pas toute seule hein, tu t'équipes d'un collègue masculin, c'est mieux. Bon, ça y est, t'es sur le ring. Là, ben faut prendre son courage à deux mains et se mettre au milieu. Oui, au milieu. Parce que normalement quand t'es au milieu, ils arrêtent de taper parce que bon, on sait jamais, si on tape la pionne on risque d'avoir des emmerdes. Là, ton équipier qui normalement est fort et musclé, mais ça, ça dépend, il en profite pour choper un des combattants par les bras, par-derrière, et hop il l'emmène en zone sécurisée. Toi, hop tu chopes l'autre et tu le gardes à distance. Ca, c'est dans le meilleur des cas. Souvent, tu te prends un coup de coude dans les dents, un coup de pied dans le tibia, une claque derrière la tête. Mais bon. Ce sont les risques du métier.
Après, faut savoir que tu gères pas une bagarre de la même façon selon le sexe des combattants. Les garçons, ils font des bagarres éclair. Efficace, rapide. Paf un coup de poing, paf paf, pif. Hop c'est réglé. Les filles, elles sont carrément hargneuses, elles se roulent parterre, elles se griffent, elles hurlent et elles en ont rien à foutre que tu sois au milieu, d'ailleurs c'est simple, si tu t'approches, elles te tapent. Là, faut avoir encore plus de courage, et le mieux, c'est encore d'envoyer un garçon, parce que bon si lui il est défiguré c'est moins grave que si c'est toi, parce que toi t'es une fille et que tu te dois d'être belle.
Mais attention, toute rixe n'est pas bagarre. Souvent, tu te jettes dans un combat et là les affreux te sortent : "Mais madame, on jouuuuuuuuue !". Il est en effet difficile de discerner le jeu de la vraie bagarre, même pour une pionne de folie comme moi. D'ailleurs, l'autre jour, je voyais deux 6e chahuter tels de jeunes chiots, rouler au sol, se tirer le manteau. Jeu ou pas jeu ? Avec mon collègue Olivier (fort et musclé, très utile en cas de bagarre), on conclut en ces termes : laisse, ils jouent. Faut dire aussi qu'il était cinq heures moins une et que nous à cinq heures on dégage. Et puis tout d'un coup on voit un des 6e mettre sa chaussure dans la figure de l'autre 6e couché parterre, et lui écraser le nez. Là, on se dit : pas jeu. Effectivement, ils se battaient pour de vrai depuis dix minutes pour une affaire de il-a-traité-ma-mère-de-pute. Le pion de folie n'est donc pas infaillible.
Comme vous pouvez le constater, question bagarre je m'y connais. Et ce grâce à ma grande expérience personnelle de la bagarre. Mes copains me surnomment Rocky en raison de la récurrence de mes coups de poing-pieds-ciseaux à l'encontre des pouffiasses-connasses-ex et je vous promets que c'est pas des blagues. Alors faites gaffe à ce que vous dites.
15 février 2008
Les sucettes
Le pion rend régulièrement la justice. C'est un peu le Zorro des prépubères. Quand les affreux ils se disputent à propos d'un truc méga important genre mais nan mon pantalon il est pas noir, il est bleu marine, c'est souvent le pion qui doit trancher :
- Hein ouais Eluise que mon pantalon il est bleu marine ? Hein hein ? Dis-lui toi.
Faut pas dire de connerie.
- Nan il est noir.
- Tiiiiiens tu vois, dans tes dents.
Là genre j'me suis fait un ennemi pour la vie. Alors que si je dis :
- Bah il a l'air noir mais au soleil il a des reflets bleu marine.
Tout le monde est content. Trop intelligente la pionne.
Mais c'est dur de pas prendre parti. Parce que putain, ce pantalon il était clairement bleu marine, sont aveugles ou quoi.
Parfois ça se complique. Comme l'autre jour.
- Madame madame, les filles elles sont sorties du collège pour aller acheter des sucettes !
Rah la la quelle bande de balances ces mecs.
- Z'êtes jaloux parce que vous en avez pas, vous, des sucettes.
- Nan mais Madame attendez c'est grave, hein ouais qu'elles ont pas le droit de sortir pendant la récré hein hein hein, faut aller les voir et les coller.
- Quel souci de la justice, qu'est-ce qui vous arrive les djeuns ?
- Ben elles veulent pas nous en filer des sucettes !
Aaaah ben oui.
Moi impartiale, je n'écoute pas ces ragots de garçons, d'ailleurs "ragots de garçons", ça va pas ensemble.
Sauf que les garçons, ils m'ont suivie pendant toute la récré, ils faisaient une masse autour de moi.
- Là, elles sont là, regardez elles mangent des sucettes ! Eeeeh on les a ratées ! Madame, allez les voir !
Evidemment, je rends pas la justice populaire en plein milieu de la cour avec une meute de testostéronniens affamés autour de moi, j'suis pas complètement folle quand même. J'me dis que je règlerai ça plus tard quand les garçons m'auront lâché la grappe.
- Bon eh toi tu lâches mon manteau, toi tu laisses mon bras, pousse-toi t'es dans mon chemin toi.
C'est qu'ils insistent. Quelle bande de boulets.
- Mais madaaaam c'est pas juste !
- Bon bon je vais voir.
- Ouaaaaais !
Les garçons sont contents, ils sautillent de joie, ils frétillent, y'en a qui partent en éclaireurs "Ouah Eluise elle arrive elle va vous défoncer !" Je vois les filles se retourner, me regarder venir vers elles, merde la pionne, merde qu'est-ce qu'on dit. Elles ont toutes leur sucette dans la bouche. De belles sucettes, rouges, en forme de coeur. Ouaaah.
- Salut les filles. Dites voir, paraît que vous êtes sorties pour acheter ces merveilles ?
Les garçons jubilent, ils piaillent, poussent des petits cris de victoire. Les filles elles font pas les malines. Les sucettes sont brillantes, rouges rouges rouges. Je suis comme hypnotisée.
- Mais nan Madame... En fait euh... Les sucettes... Ben... On les avait déjà dans nos sacs...
- Ok ok. On s'en tape en fait. Vous me donnez une sucette ?
Les filles se regardent, c'est quoi l'entourloupe qu'elles se disent. Elle me tendent le sachet. J'y jette ma main, aaaah une
belle sucette en forme de coeur, toute jolie ! Les garçons commencent à moins s'agiter. Putain la chance, ouah la pionne, j'hallucine.
- Merci les filles. Bonne journée.
La justice y'a que ça de vrai. Et moi je kiffe ces sucettes.
31 janvier 2008
Le lion
Quand le CPE juste après m'avoir dit bonjour, me sort "Faites gaffe, le proviseur a mangé du lion", je rigole un coup puis quand je vois que lui il rigole pas, je commence à me méfier. Ca sent toujours mauvais ce genre d'annonce. Et effectivement le proviseur était quelque peu foufou ce aujourd'hui.
Ca a commencé par un accès de parano pendant la récré. Comme à chaque fois qu'il mange du lion, il décide de surveiller la récré avec nous, comme ça il peut nous surveiller nous aussi. Il est malin. Et il passe son temps à nous engueuler. Moins malin.
- Eluise regardez ça, ce gamin a ses lacets défaits ! Vite ! Allez lui dire de les lacer !
Essayez de dire à un ado de faire ses lacets et vous comprendrez.
- Empêchez-les de courir !
Le 6e de base - un CM2 dégrossi en fait - a besoin de courir, il ne sait pas encore se déplacer autrement. Malheureusement.
- Mais pourquoi ils se tapent dessus ? Faites quelques chose !
Mais Monsieur, ils jouuuuuuent ! Il a rien compris lui.
- Collez-les ! Collez-les !
- Fous-moi la paix et arrête de dire des conneries.
Bon ça c'est la routine, quand il est en petite forme, qu'il mangé un lionceau. Mais aujourd'hui il a fait fort :
- Eluise ! Le portail ! Regardez ça, des élèves s'en vont !
- Euhhh, ben oui ils quittent...
- Vous êtes sûre ?
- Beeen... Non. Mais bon j'm'en doute. Parce que je suis futée.
- Vous êtes jeune, courez leur derrière et attrapez-les !
- Quoi ? Ca va pas la tête ?
- Vite vite ! Ils sont presque au portail ! Courez ! Vite !
Alors moi comme une conne je commence à courir, tout le monde me regarde parce que je sais pas courir vu que je cours jamais, mes bottes à talon elles apprécient moyen, mes cheveux volent dans tous les sens, je vois plus rien, je commence à perdre un poumon dans la bataille, putain il est encore loin ce portail, enfin j'arrive, je suis en sueur, je respire plus.
- Stop ! Stoooop arrêtez-vous ! Pitié !
Je vous laisse imaginer la tête des 3e, traqué par la pionne en furie, alors qu'ils rentrent tranquillou chez eux, obligés de sortir leur carnet de liaison et de me montrer leur emploi du temps. Ah oui, ils ont plus cours, ils quittent. Désolée. Mais bon j'fais mon boulot hein. Je retourne au proviseur foufou. Sans courir parce que faut pas pousser quand même.
- Alors ?
- Ben ils quittaient.
- Je suis sûr que non ! Vous êtes certaine ?
Il le fait exprès ou quoi ?
Quand il en a eu fini avec moi, il est allé se défouler sur des gamins qui ont eu des emmerdes avec un surveillante de la cantine, qui les aurait collés contre le mur et aurait menacé de les taper. Rah la la. Faudra que je lui demande pourquoi elle s'est pas lâchée. Bref les gamins se plaignaient, c'est inadmissible, depuis quand les surveillants ils nous tapent, elle est folle, faites quelque chose, on n'a rien fait, j'vais le dire à mon père... Alors le proviseur foufou, il est devenu foufoufou, il s'est mis à hurler, les yeux exhorbités, tout rouge, les cheveux dans tous les sens, en postillonnant :
- Ton père ? Ton père ? Mais est-ce qu'il te torche le cul ton père ? Hein ? Et ta mère ? Et ton cul ? Il est propre ton cul ? C'est toi qui le lave ? Ou ton père ? Hein ? Hein ? Il en est où ton cul ?!
Bon, euuuuh. Les gosses ils sont restés cois. Forcément, ils savaient plus quoi répondre. Ils ont eu peur pour de vrai. Et ça c'est inquiétant. Et moi j'étais pas contente.
Depuis quand quelqu'un d'autre que moi se permet de les martyriser nan mais oh ?
07 janvier 2008
Grégarité et intégration
J'aime bien la rentrée de janvier. Profs, élèves, pions, tout le monde est crevé. Les profs traînent leur cartable de la salle des profs - à la cour - à leur salle, en bâillant, accrochés à leur tasse de café tels des moules à leur rocher. Le proviseur offre des chocolats, s'agite en tentant de réveiller ses troupes. Les élèves comparent leurs cadeaux de Noël, cette année le père Noël a fait dans le hi-tech, et les sacs à dos débordent de PSP, ipod, téléphones portables, DS... Les pions se racontent leurs folles vacances, en cuvant encore leur champagne de Nouvel An, et s'amusent avec le dernier ipod nano rose de Marine, 4°1.
C'est reposant quoi.
Et j'étais même contente de retrouver ces adorables bambins (je mens dans une partie de cette phrase, évidemment, devinez laquelle). Ils étaient tout contents de revenir, j'ai l'impression. "Bonanééé Madaaame !". "Meeeilleeeeurs voeeeeux !". "Zavez passé de bonnes vacaaaaaaaaances ?!". C'est trop mimi. Je m'en veux presque de les avoir autant détestés, durant ma période de dépression pré-vacances-de-Noël.
Mais ce que j'adore, c'est observer les changements que les hormones et l'instinct grégaire imposent à ces adorables bambins (là encore je mens dans une partie de la phrase). Minnie est arrivée en 6e en cours d'année, elle arrive d'Azerbaïdjan, ou d'Ouzbekistan, je sais plus, ça se ressemble. Elle ne parlait pas bien français, ne l'écrivait quasiment pas et comprenait à peine ce qu'on lui disait. Mais bon, hop dans un collège public "normal", elle se débrouillera. Au début, elle a bien galéré la pauvre. Non seulement elle captait rien, personne n'arrivait à dire ou écrire son nom, elle est plus âgée donc plus grande et surtout mal lookée-coifée donc les autres filles se moquaient d'elle, et elle était tout le temps perdue (le principe des IDD, des semaines paires et impaires, de la salle qui a changé d'une semaine à l'autre, ça la dépasse, bizarrement). Donc pour l'aider, on l'a changée de classe. Ben oui, si on dégage tout ce et ceux qu'elle connaît pour tout remplacer par du neuf, elle comprendra mieux. Et on l'a mise avec un autre gamin qui parle pas français. Donc elle a tout recommencé à zéro. Et moi je l'adore. En quelques mois, depuis qu'elle est là, elle a fait des progrès en français, elle s'est fait des copines, elle s'est pris des heures de colle... L'intégration quoi.
Et ce matin, elle a fini son intégration. Non seulement elle a enfin reçu sa carte de cantine mais surtout, elle s'est fait des mèches blondes et s'est fait couper une frange (si vous fréquentez les 11-20 ans, vous connaissez toutes les valeurs que véhicule la frange). Je suis sûre qu'à Noël prochain, elle aussi elle aura un ipod rose. Je vous tiens au courant.
18 décembre 2007
L'esprit de Noël
Lorsque approchent les vacances, de Noël de surcroît, la vie d'un pion devient dure. Et à une semaine des vacances, autant dire que je suis sur le pied de guerre, à peine arrivée au collège je détecte la merdicité ou pas de la journée.
En ce moment ça se bagarre pas mal, on dirait qu'ils veulent tous régler leurs comptes avant les vacances, ben oui, comme ça à la rentrée tout est propre et neuf, on repart à zéro. Pour bien commencer l'année quoi. Mais bon faut se castagner avant. Et comme on est en décembre, autant dire qu'il y a 12 mois d'arriérés et que ça fait du boulot tout ça.
Sauf que nous les pions, on guette l'échauffourrée. On est à l'affût du moindre signe. Eh eh.
- J'ai vu Benjamin et Julien parler ensemble aujourd'hui. Vachement longtemps et sans Jean. Ils ont même pas joué au foot dans la cour. C'est bizarre nan ?
- Pierre porte une écharpe. D'habitude il a même pas de manteau. Tu crois pas qu'il veut essayer d'étrangler quelqu'un ?
- On m'a raconté que Mélanie a piqué le mec de Julie. Et Julie elle l'a traitée de salope. Alors Mélanie elle a dit qu'elle allait amener sa soeur et qu'elle allait lui casser la gueule à la sortie. Du coup Julie veut lui casser la gueule en premier à la récré.
Y'a différents indices donc. Mais tous mènent à la même attitude de la part du pion futé. Hop je m'embusque dans les couloirs pour écouter si ça parle baston. Hop je soudoie mes informateurs ("si tu me dis c'qui s'passe je te laisse t'asseoir avec ton pote"). Hop je scotche les individus dangereux partout où ils vont. Hop j'enlève mes moufles, on sait jamais, je pourrais avoir besoin de mes mains. Malin hein.
Mais parfois on se fait feinter. Le ton commence à monter dans un coin, ça sent la castagne, alors on accourt tous, on sépare les combattants et on est vachement content, on se dit qu'on est intervenu avant qu'il y ait des blessés. Et puis on se dit que c'est bizarre que le "public" soit parti si vite, d'habitude ils veulent pas bouger, va savoir pourquoi, ils se disent peut-être que c'est nous qui allons nous battre. Alors on regarde où ils sont tous partis et c'est là qu'on se rend compte que c'est des malins. Y'en a, ils profitent des bagarres mineures pour lancer une bagarre majeure à l'autre bout de la cour. Tranquillou. Alors on court, on sépare, souvent on se prend un ptit coup de coude par là, un ptit coup de pied par ici et on n'est pas content. Y'a des blessés, faut aller à l'infirmerie et l'infirmière elle est pas souvent là, alors après on se farcit les éclopés qui reniflent en perm'. Et en plus, entre-temps c'est ceux de la bagarre mineure qui ont recommencé. Sont pas cons. Enfin si. Et rebelotte, on court, on sépare, infirmerie.
Et nous tout ça, ça nous emmerde parce que pour une récré de 12 minutes avec deux bagarres engageant au total 4 combattants, ça nous fait rédiger 2 rapports, 4 sanctions, faire 16 photocopies, et dépenser 50 centimes pour un café.
Tout ça pour dire que vivement les vacances.
