Une pionne assiste l'éducation en permanence

Une assistante d'éducation (ou une surveillante, une pionne quoi, c'est devenu un sacré foutoir) livre les clés du collège et les secrets des pions.

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04 juin 2008

Du travail en permanence

Mes presque-vacances anticipées me permettent de pratiquer une de mes activités favorites : voguer sur la blogosphère. Mine de rien, lire des blogs, ça prend un temps fou. D'ailleurs si cette année j'avais passé autant de temps à bosser mon agreg' qu'à lire des blogs, je serais la reine du monde. Au moins.

Après un réveil matinal vers midi, je commence ma balade bloguesque, pendant qu'un morceau de mon cerveau se met à la recherche d'une idée d'article pour mon propre blog. Je vais de lien en lien, je lis un article, j'en commente un autre. Mes clics m'amènent chez Proald, je lis son article Brevet Blanc et paf une idée d'article me tombe dessus : je ne vous ai encore jamais raconté les détails d'une heure de perm' classique. Lisez son article à lui, vous comprendrez le rapport et puis ça lui fera plaisir.

Dans mon collège, l'heure de perm' classique ressemble beaucoup à ce que décrit Proald. En effet, nous avons l'immense malchance, nous, pauvres pions, de ne pas avoir de bureau rien qu'à nous. Donc nous sommes coincés toute la journée dans la perm' avec les élèves, pas d'échappatoire possible, y'a intérêt à avoir les nerfs solides ou alors de bonnes boules Quiès.

surbook_Ca sonne. Nous sommes tous dans les couloirs entre deux heures de cours, l'oeil alerte, le bras leste, l'oreille aiguisée. Le but : éviter les claquages de portes dans le nez des copains, les bagarres dans les couloirs, les jets de sacs dans les escaliers, les hurlements intempestifs.

Deuxième sonnerie. On redescend vite en perm'. Les élèves attendent devant la porte ou dans un périmètre d'environ... cinquante mètres. Les pions un poil rigoristes tentent de ranger les élèves devant la salle puis ils les font rentrer mais les placent : séparer les copains, éclater les groupes au maximum, élaborer des stratégies en faisant en sorte que de sa place Momo ne puisse pas communiquer avec Francky. Ca, c'est moi. Les autres pions, les plus crevés, les plus cools, les moins organisés, les plus rigolos, font entrer les élèves en vrac, qui vont aussitôt se masser loin de nous.

Puis on passe cinq minutes à crier plus fort qu'eux :

- On s'assoit, on sort des affaires et on s'occupe !

Cette phrase, je la répète environ mille fois. Puis j'attaque nominativement :

- Francky, tu poses tes fesses, tu te tais, et tu sors des affaires !

- Momo, c'est une salle de travail, on ne reste pas à rien faire et surtout on se tait !

Ca peut durer un quart d'heure. Alors après je passe aux menaces :

- Y'aura pas de récré pour ceux qui font le bazar !

(Je dis ça mais je le fais jamais, ça va pas la tête non, je les vois assez).

- Tout le monde met son carnet de liaison sur la table !

(Efficace trois minutes).

- Je vais vous coller !

(Mes collègues font ça mieux que moi).

- Y'en a qui vont finir au cachot !

(La petite chaise pile devant le bureau de Proviseur Foufou... Ca, c'est efficace, je recommande).

Ensuite il faut vite faire l'appel. Ca peut prendre dix minutes parce que faire l'appel en criant, c'est fatigant. Et puis y'a toujours une merde, un gamin qui répond pas, une combinaison impossible du genre appeler les élèves demi-pensionnaires qui font latin et sont dans le groupe 2 de techno sauf s'il y a vie de classe avant.

Driiiing, le téléphone. Ben oui, pas de bureau donc le téléphone dans la perm'.

- Allo ? Allo ? Je ne vous entends pas ! Ohé les djeunes j'entends rien du tout taisez-vous donc ! Excusez-moi, ah ça y est je vous entends !

Une fois la communication téléphonique finie, il faut tenter de rétablir le silence rompu dans la perm'. Et finir l'appel aussi. J'en étais où ? Je sais plus.

C'est là que débarquent les retardataires ;

- Madame on a raté le bus ! Mais c'est pas de notre faute hein !

Leur carnet de liaison est toujours bien coincé au fond du sac, genre ils mettent une plombe à le sortir de là et paf c'est à nouveau le bordel dans la perm'.

- Eh ! Oh ! Eho ! C'est pas parce que je suis occupée qu'il faut en profiter pour faire le cirque !

- Madame, j'peux aller à l'infirmerie ?

- Nan !

- Mais madame, je vais vomir je crois !

- Quoi ? Une gastro ? Merde ! Sors d'ici ! Et vous, les retardataires, vous montez en cours !

- Madame vous avez pas signé le carnet...

- Ah oui, merde, donne..

C'est là que revient le collègue qui était parti chercher les billets d'absence. Il faut les traiter et c'est pas si facile que ça, faut pas faire de connerie. Mais se concentrer sur les absences et gérer la perm' en même temps, ça relève du défi.

- Alors, celui-là était en cours de 8h à 9h mais plus de 9h à 10h mais on n'a pas le billet de 10h à 11h, je vais appeler CPE Formidable pour voir s'il sait quelque chose... Ah mais si je l'ai le billet... Mais il n'est pas noté dessus... Il serait donc revenu ? Pff je comprends rien.

C'est là que débarquent les exclus de cours.

- Putain, faites chier les gars.

- C'est pas de notre faute Madame !

Il faut les envoyer chez le CPE, s'assurer qu'ils y vont puis à leur retour leur donner du boulot, remplir tous les papiers pour signaler leur exclusion, filer un formulaire de rapport au prof, écrire une lettre aux parents, et...

- Ooooooh vous vous taisez ! Je m'entends plus réfléchir !

Reprendre les billets d'absence. Non les exclusions d'abord. Et puis les retards aussi, faut que je les rentre dans l'ordi. Nan les absences, c'est plus important...

C'est là que débarque CPE Formidable / un prof / Proviseur Foufou :

- Tenez, je vous laisse traiter ces heures de colles. Et puis quand vous aurez une minute y'aura les bulletins à mettre sous enveloppe...

- Pas de souci !

Putaaaaain.

Remplir le formulaire, trouver un créneau horaire, remplir le cahier de colle, photocopier, envoyer aux parents, eh merde j'ai pas photocopié les exclusions, meeeerde les absences j'ai pas fini, mais taisez-vous donc par pité, et les retards, je les ai toujours pas...

Ca sonne. Fin de l'heure.

Et on recommence.

Posté par Eluise à 14:11 - En permanence - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 mai 2008

L'art de faire ses devoirs

Quand vous les profs, vous devez vous absenter, souvent, vous pensez avoir une idée lumineuse : filer un devoir surveillé à vos élèves et hop, ni vu ni connu j't'embrouille. Sauf que celui qui est le plus embrouillé, c'est le pion qui est chargé de surveiller le devoir.

Ainsi, l'autre jour, j'ai eu l'immense joie de surveiller des 6e qui devaient plancher sur un devoir d'histoire. Pour eux, c'était tout un événement, presque une récré, chic chic, la prof est pas là, on va bien rigoler.

Devant la porte déjà, la récré a commencé. Les Choupettes m'ont entourée, tripotée, cajolée :

- Il est beau ton collier Eluise !

- Ils sont beaux tes cheveux !

- C'est chouette que ce soit toi qui nous surveille !

Dès la 6e, la corruption est de mise, notez-le.

- Tsss, pas d'entourloupe, je suis une pionne de folie incorruptible.

Je les ai fait asseoir, mais c'était dur de les séparer parce qu'ils étaient trop nombreux pour le nombre de tables alors j'étais bien embêtée parce que je voulais pas qu'ils copient et que Mme Histoire se fâche. Du coup, j'ai quintuplé mes capacités de vigilance, et c'est peu dire. Evidemment, ils voulaient pas se taire ces 6e, la récré j'vous dis, mais j'ai crié que tant qu'ils se tairaient pas, y'aurait pas de devoir. Là, des 3e auraient bondi de joie. Mais les 6e, non, ils sont encore trop innocents.

Le devoir a enfin commencé. J'ai hésité à lire les questions à haute voix mais je me suis dit qu'après ils se sentiraient le droit de me poser des questions et j'avais vraiment pas envie d'y répondre. Et puis surtout, j'me suis dit qu'une question con, ça arrive vite, et toi, t'as l'air toute crétine à pas savoir répondre.

Dès le début, y'en a qui ont commencé à zieuter grave sur le voisin, après moult soupirs et autres ah madaaaaame c'est dur.

Là, j'ai été prise d'un doute. Vaut-il mieux rester au tableau, debout, afin d'avoir une vue panoramique sur les affreux ou bien se balader dans les rangs et risquer le copiage dès qu'on a le dos tourné ? Durant toute l'heure, ce doute m'a tourmentée. Le problème n'est toujours pas résolu. J'ai toutefois opté pour la station mobile au tableau et le regard balayant. Même si j'avais sacrément mal aux jambes et que je m'ennuyais ferme.

De temps en temps, je rappelais à l'ordre ceux qui se croyaient discrets en chuchotant les réponses aux voisins ou en tournant leur feuille à 90°. D'autres avaient l'air coupables, alors je leur faisais les gros yeux, pour rigoler. Même si eux ils rigolaient pas du tout.

Ca bossait sévère là-dedans.

Et puis sont arrivées les inévitables questions.

- Madame c'est quoi un tribun ?

Putain, je le sais, je le sais. Merde, je sais plus.

- Euuuuh, c'est... C'est... Un genre de représentant de quartier.

Personne ne m'a contredite. Ouf.

- Madame j'ai une question...

- Non c'est fini les questions !

Ne pas trop se mouiller, voilà ma devise.

Au bout d'une demi-heure, ils avaient presque tous fini le devoir. J'ai intérieurement maudit Mme Histoire de prendre ses élèves pour des gogoles enleur filant des devoirs de tafiole.

- Chuuut ! Quand on a fini on se tait ! Y'en a qui travaillent, ou du moins qui font bien semblant. On s'occupe !

Sauf que le 6e ne sait pas s'occuper. Certains ont sorti leurs maths ou leur anglais mais la plupart a commencé à jeter des boulettes et à ricaner. J'avais strictement rien à leur donner pour les occuper. Ca a commencé à se barrer en couille pour de bon, volume sonore à toc, agitation maximale. Ce qui n'aurait pas été inhabituel ni dérangeant si certains élèves n'étaient pas en train de finir leur devoir.

Tant d'injustice, moi ça me révolte.

J'ai poussé une paire de gueulantes.

Opéré des déplacements d'élèves.

Menacé.

Agi :

- Tout le monde sort une feuille et copie jusqu'à la fin de l'heure Je respecte mes camarades qui travaillent.

- Même ceux qui font le devoir madame ?

- La réponse est dans la question.

Ben les 6e, ils ont plus moufté.

Et maintenant j'ai une belle collection de punitions dans mon sac.

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Posté par Eluise à 17:49 - En permanence - Commentaires [19] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 mai 2008

Exercice d'incendie

securite_extincteurJ'ai enfin eu droit à mon premier exercice d'incendie. J'étais bien contente, je le loupais toujours, à chaque fois qu'il avait lieu, c'était des jours où je travaillais pas. En plus on n'était pas prévenus alors c'était encore plus rigolo.

C'est tombé pile poil à l'heure d'une des très grosses perm' de la semaine, une bonne cinquantaine de gamins, dont les 6e Déchaînés. Au début de l'heure, j'ai fait l'appel à l'arrache, comme d'habitude, j'ai noté le strict minimum sur le cahier de perm' en pensant que putain, si un jour on avait droit à une évacuation et que je devais savoir combien de gamins j'avais, je serais bien emmerdée. C'est dingue l'intuition féminine quand même hein. Dingue mais peu efficace parce que c'est pas pour autant que j'ai complété le cahier.

Environ 45 minutes plus tard, ma collègue Steph' débarque dans la perm' et me chuchote :

- J'crois bien qu'il va y avoir un exercice d'incendie...

- Comment tu le sais ?

- Ben y'a Grand Proviseur qui est là, Proviseur Foufou est sur les dents, je les ai entendus dire qu'ils étaient prêts...

- Ouh putain !

Grand Proviseur, c'est le chef de la cité scolaire, et c'est bien rare qu'il apparaisse dans le collège alors quand il vient, c'est qu'en général il se passe un truc important.

Alors vite on a ouvert la porte de secours qui normalement devrait toujours être ouverte mais que nous on oublie toujours d'ouvrir, vite j'ai commencé à compléter le cahier d'appel, le tout avec discrétion bien sûr, parce que si les affreux se rendent compte qu'il va se passer un truc, ça leur laisse le temps de préparer une connerie, et ça, c'est peu recommandable.

Trop tard.

La sonnerie a retenti et en une seconde les cinquante affreux étaient tous dehors.

- Merde ! Ils sont allés où ? Steph, qu'est-ce qu'on fait ?

- J'sais pas ! Bah on va bien les retrouver quelque part dans la cour !

Tant d'organisation, ça vous en bouche un coin hein. Toujours est-il que les gamins brûleront jamais vifs en perm' visiblement.

Il faisait beau, alors c'était bien agréable cette petite sortie forcée. Surtout pour les élèves qui étaient partis aux quatre coins de la cour rejoindre les copains. J'ai bien tenté de faire un appel, mais c'était peine perdue, personne ne m'écoutait, ils étaient tous éparpillés, tout le monde s'en foutait. J'ai regardé les profs. Eux aussi ils galèraient. J'en ai vus certains soupirer et fermer leur cahier en secouant la tête. Alors j'ai dit :

- Oh pis merde.

Et j'ai fermé le cahier.   

Heureusement qu'il n'y avait pas le feu pour de vrai.

(Dommage quand même... Une petite intervention de beaux pompiers, je suis jamais contre...)

Posté par Eluise à 07:15 - En permanence - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 mai 2008

Un bras de fer dans une perm' de velours

col_reParfois, je m'énerve. Hé oui, je ne peux pas être une pionne de folie sereine tout le temps. Et quand je m'énerve, ça rigole pas. Mais alors pas du tout.

L'autre jour, j'ai piqué ma colère en perm', j'ai sacrément fait flipper les 6e Déchaînés.

Une prof était absente et donc on se coltinait ses 6e en perm' pendant une heure. Etant donné qu'il s'agissait d'une heure de perm' déjà habituellement chargée et que 60 gamins dans une salle c'est trop dangereux pour notre équilibre psy, je me suis dévouée pour emmener les 6e dans une salle de cours, afin de décharger la perm' et d'avoir les Déchaînés bien à l'oeil.

J'installe les 6e un par table, nan un par table j'ai dit, tu te mets pas à côté de ton copain, c'est pas la peine de décaler ta chaise de vingt centimètres vers la gauche, un par table j'ai dit. Le 6e est naturellement récalcitrant, vous noterez. Surtout Chiki, qui refusait obstinément de changer de place et avait tellement décalé sa chaise qu'elle ne touchait même plus la table, au milieu de la rangée qu'il s'était mis Chiki.

- Mais madaaaaame...

- Tu remets cette fichue chaise à sa place et tu changes de place.

- Maaaais...

- C'est pas une suggestion, c'est un ordre.

- Maaaaais...

La moutarde m'est quelque peu montée au nez. Pas question de laisser Chiki à proximité de qui que ce soit, il va me pourrir ma toute belle perm', je le sais. Et puis j'étais un peu de mauvaise humeur, voilà.

Alors j'ai fait comme dans les films, je me suis levée d'un coup, j'ai ôté ma veste comme une furie, comme quand on s'apprête à sa battre et en trois enjambées, j'étais au niveau de Chiki.

Il a failli mourir de peur. Le temps que j'arrive à lui, il avait rangé la chaise et changé de place. Un peu de sueur perlait à son front. Le silence régnait dans la salle.

- Bien. Je vous préviens, vous vous occupez et je ne veux rien entendre. Sinon...

Je leur ai pas fait le coup de la mouche qu'on doit pas entendre voler parce que vous savez ce que ça donne, aussitôt, une trentaine de gamins-mouches se met à faire bzzz et niveau autorité c'est pas très crédible.

Je me rassois en lançant des regards menaçants aux 6e.

- Bon, ben vous allez pas me regarder pendant une heure. Vous sortez vos affaires et vous faites vos devoirs.

- Madaaaaame, on n'a pas de sac !

- Comment ça vous n'avez pas de sac ? Oukilé ton sac ?

- On a laissé nos sacs dans les casiers !

- QUOI ?

- Ben on s'est dit qu'on avait perm' alors on a mis les sacs dans les casiers...

- C'est une blague ?

- Mais madame si vous voulez on peut descendre les chercher hein...

- A 30 dans les escaliers ? Mais VOUS ETES MALADES ?

J'étais carrément hors de moi. Comment ça ils osent se présenter dans ma perm' sans sac ? La perm' serait donc devenue une garderie ? En un instant, mon côté schizo a pris le dessus sur toute forme de raison.

- Mais je rêve ! Mais vous comptiez faire quoi pendant une heure ? Vous comptiez sur moi pour faire de l'animation c'est ça ? Hein ? Hein ? HEIIIIN ? Vous êtes des bébés ! Vous êtes... Raaaaah vous m'énervez !

Rien que d'y repenser, je m'énerve. Calmons-nous.

Alors que faire ? Dans la perm', j'ai tout un tas de trucs pour occuper les affreux, des livres, des journaux, des mots-croisés, même des coloriages. Mais dans une salle de cours anonyme, rien de rien. Heureusement, seuls cinq gamins étaient venus sans sac, les autres, ils étaient venus avec sac et cerveau. Si j'avais été une pionne de folie, j'aurais inventé un truc, je me serais démerdée pour leur trouver une occupation à ces cinq-là, on se débrouille toujours quand on veut vraiment. Mais là, rappelons-le, j'étais passablement de mauvaise humeur. Alors j'ai agi comme un tyran.

- Puisque vous n'êtes qu'une bande d'infâmes, vous allez passer l'heure à regarder devant vous, à vous ennuyer comme des rats morts. Le temps va vous sembler long, très loooong, vous allez voir, ça va être horrible. Et la prochaine fois, je suis sûre que vous aurez vos sacs.

Les 6e ont avalé leur salive, ça a fait glups. Certains ont mis leur tête sur la table et ont entamé une petite sieste. D'autres ont tenté une communication avec un voisin lointain, connection que j'ai aussitôt interceptée et faite avorter. D'autres encore ont réussi à taxer un bout de papier et un crayon pour faire un dessin. D'autres ont regardé les mouches voler.

Mais Chiki n'avait pas dit son dernier mot. Celui qui s'était procuré une feuille et un stylo, c'était lui. Il s'est mis à gribouiller sa feuille en faisant plein plein de bruit, vous savez, ce bruit agaçant que fait le stylo qui caresse la table, grrr grrr brrr. De temps en temps, il me regardait avec un petit sourire en accélérant son gribouillage. Oui, vous l'avez compris, Chiki me cherchait. Je ne sais pas comment j'ai fait, mais j'ai tenu bon, je l'ai royalement ignoré. Même lorsque le gribouillage s'est intensifié, que le stylo a traversé la feuille, que les autres 6e ont commencé à râler.

De guerre lasse, Chiki a fini par cesser son bordel.

Heureusement, parce que si ça avait duré une minute de plus, je l'aurais jeté par la fenêtre.

Chiki était déçu. Il lui fallait absolument se faire remarquer. Il n'existe que lorsqu'on l'engueule, Chiki. Mais heureusement il est rigolo.

- Madame c'est quoi ça ?

Il me montrait la feuille de présence que j'avais fait circuler au début de l'heure.

- Une feuille de présence. (soupir) Tu fais comme tout le monde, tu notes ton nom, ton prénom, ta classe...

- Et mon adresse aussi ?

- Oui et pis ton numéro de téléphone hein.

Et bien il l'a fait.

Qui pour une blague téléphonique ?

Posté par Eluise à 20:27 - En permanence - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 mai 2008

Le collège foufoufou

fouLorsque CPE Formidable est absent, c'est le branle-bas de combat au collège. Nous les pions, souvent on s'en rend même pas compte en fait, qu'il est pas là. Mais Proviseur Foufou, si. Il est mort de trouille dès que CPE Formidable fait un pas hors du collège et du coup, il ôte son costume de Proviseur pour se transformer en CPE Infernal.

Ainsi, lorsque j'arrive le matin, que je me dirige vers le bureau du CPE pour le saluer et que sur la porte je vois le petit panneau M. CPE Formidable sera absent aujourd'hui, le désespoir m'envahit, je tombe à genoux, je lève les bras au ciel, et j'émets une longue et sonore plainte "Nooooooooon ! Pourquooooooooi ! "

Une journée de merde qui commence, que je me dis, en fait.

Et effectivement, c'est souvent une journée de merde.

Ces jours-là, Proviseur Foufou entre régulièrement dans la perm', pour s'assurer que l'absence du CPE n'inspire ni les élèves à faire des conneries, ni les pions à glander plus que d'habitude. C'est un malin : il entre sans faire de bruit, j'vous dis pas les frayeurs qu'il me fait, tout d'un coup je lève la tête et boum mes yeux tombent sur lui, l'attaque que je risque moi. J'ai vachement la conscience tranquille me direz-vous. Bah oui, je dois vite planquer mon portable, mon café, fermer toutes les fenêtres des blogs que je lis, et en plus, faire semblant de bosser. Souvent, j'en profite pour engueuler un élève, pour bien montrer qu'avec moi ça rigole pas. Je suis pas certaine que Proviseur Foufou gobe tout ça, mais j'ai le mérite d'essayer. Et puis je suis bonne comédienne alors je suis sûre qu'au fond il doit bien en gober un bout de ce manège.

Outre les petites visites surprises en perm', Proviseur Foufou profite de l'absence de CPE Formidable pour avoir tout un tas d'idées à la con. Du genre on va coller tous les élèves pas bien rangés après la récré. Ou bien on va réorganiser la salle de perm'. Ou bien on va supprimer la perm' du temps de midi et laisser les élèves sous la pluie. Ou bien un pion va se taper toute la récré à arpenter les couloirs. Ou bien non. Oh et puis si. Ou bien on va nettoyer les tables de la perm'. Que des idées à la con j'vous dis, des trucs qui font bien rigoler CPE Formidable lorsqu'il revient et qu'on lui raconte. Parce que ce pauvre CPE Formidable, il se fait vachement engueuler par Proviseur Foufou lorsqu'il revient, il paraît qu'on est tout un tas de glandus, que rien ne va quand il n'est pas là, qu'on en profite sacrément et qu'il est grand temps qu'il reprenne la situation en main. Alors nous on essaie d'être gentils avec Proviseur Foufou, parce qu'on l'aime bien CPE Formidable et qu'on n'a pas envie qu'il se fasse enguirlander.

Et quand je dis qu'on fait des efforts, j'exagère pas. Ainsi, l'autre jour, Proviseur Foufou m'a investie d'une mission inédite : il m'a fait une liste de parents longue comme le bras, et ma mission était de les appeler un par un.

- Mais je leur dis quoi ?

- Vous leur expliquez que l'absentéisme nuit à la scolarité, vous leur expliquez quelles sont leurs responsabilités, vous leur dites que si leur gamin veut aller en seconde générale, bah c'est mal barré parce que blablablabla...

Je me sentais sacrément conne avec ma liste de parents, j'aurais préféré aller boire un café. Mais les ordres sont les ordres. Je voudrais pas que Proviseur Foufou aille engueuler CPE Formidable parce qu'il ne sait pas réprimer les élans anarchistes de son équipe de pions.

Je consulte ma liste. Je décroche le téléphone et c'est parti. Evidemment, je ne présente pas, ou du moins pas complètement, parce que si je dis que je suis la pionne de service, ça va les faire marrer les parents, alors je dis juste Eluise, Vie Scolaire, je pense que c'est assez impressionnant nan, enfin bon, moi j'trouve ça classe. Les parents en tous cas ça les impressionne. Je fais ma grosse voix, mais diable, qu'est-ce que je me sens ridicule. Les parents font pas trop les malins, ils me disent oui madame vous avez raison mais vous savez j'ai tellement de mal avec mon fils, il n'écoute rien, me dit qu'il va en cours et pis en vrai nan, il sèche et va chez les copains ah la la, mais madame, qu'est-ce que je peux faire moi. Mais qu'est-ce que j'en sais, je suis que pionne hein. Ca je le dis pas, j'invente des bidules, des trucs, les parents sont méga reconnaissants, merci madame, merci. Moi je suis certaine que rien ne va changer. Mais les ordres de Proviseur Foufou sont ainsi, il dit d'appeler, moi j'appelle.

En tous cas, apparemment j'ai assuré avec ma mission parce que Proviseur Foufou était vachement content. Surtout quand je lui ai raconté qu'un gamin s'était fait passer pour sa mère et que je l'avais sacrément grillé, et puis que j'étais tombée sur un répondeur qui m'avait dit que je pouvais lui confier tous mes secrets. Il rigolait bien Proviseur Foufou. 

Et CPE Formidable, à son retour, il nous a dit que cette fois, il s'était même pas fait engueuler. Et ben moi, mon CPE Formidable, je l'aime. 

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11 avril 2008

Permanence meetic

Aujourd'hui au boulot c'était veille de vacances, donc ricanage entre pions toute la journée.

A cause des écrits de l'agreg', j'avais pas bossé au collège de la semaine, et mine de rien ça m'avait manqué. En plus j'ai loupé pleins de trucs, j'étais plus du tout au courant de qui sortait avec qui chez les 4e, ni de l'écriture infâme sous le préau : Olivier et Proviseur Foufoufou sont plus là l'année prochaine ! Cool ! Ca a dû lui faire plaisir à Olivier tiens. C'est encore pire que quand ils avaient écrit Eluise = merde dans la perm'. Insulte que j'avais consciencieusement gommée. Olivier par contre il doit être emmerdé parce que sous le préau c'est écrit au marqueur. Lui aussi est par conséquent à présent officiellement un pion de folie.

roiMais celui que les gamines considèrent comme le pion de folie du collège, c'est Claude. Moi j'y comprends vraiment rien.

- Claude il est trop beauuuuuuu !

Elles sont vraiment graves hein.

Du coup, on s'est farci Eléonore et Sibel en perm' tout l'aprem, elles ont passé trois heures à baver devant Claude qui en pouvait plus, il bombait le torse et leur faisait des sourires charmants, c'était pitoyable mais vachement rigolo. Ca a été encore plus rigolo quand il a eu fini sa journée à 15h et qu'il est parti. Il nous fait la bise, à ma collègue et à moi et les affreuses aussitôt :

- Nous aussi ! Nous aussi un bisouuuuuu Clauuuude !

Il a fait son modeste, non désolé les filles, elles étaient déçues. Et elles étaient encore plus déçues quand il est parti et qu'elles se sont retrouvées coincées en perm' avec nous.

- T'as vu Eluise comme il est beau Claude ?

- Euh, ben, les goûts et les couleurs tu sais...

- En tous cas on a bien rigolé, parce que quand il te parlait il faisait que mater tes seins !

- Quoi ?

- Ouais on a vachement rigolé, on voulait le prendre en photo pour te montrer ! Ah ah ah trop marrant !

- Euh nan, pas super marrant.

- En tous cas moi j'suis jalouse, parce que moi aussi j'en ai des seins hein ! Et puis je les montre hein !

- Oui ben on a remarqué.

Y'avait aussi des garçons dans la perm', ils devaient être un peu jaloux parce que y'en a un qui a sorti :

- De toutes façons les filles, Claude il sort avec Emilie !

Emilie, c'est mon autre collègue, qui apprécie Claude autant que moi si ce n'est plus, alors si elle sortait avec lui, ça se saurait. Je pressens le coup fourré donc je demande :

- Qui c'est qui t'a dit ça ?

- C'est Olivier !

Ah ben voilà. Olivier est très farceur, vous pouvez le constater. Et moi ses farces, je les gâche jamais :

- Ben oui ils sont même fiancés !

Eléonore et Sibel, elles étaient dégoûtées alors elles se sont lancées dans un grand débat qu'on a écouté attentivement avec ma collègue, parce qu'on a senti que ça allait être du lourd.

- C'est laquelle Emilie ?

- Mais si tu sais c'est la ipopeuz !

Là on a mis du temps à comprendre. Elle voulait dire la "hip hopeuse" parce que Emilie elle a des pantalons larges. 

- N'empêche qu'il est trop beau pour elle !

- Sauf quand il mâche il est trop moche !

- Naaaaan il est beau !

Qu'est-ce qu'on rigolait.

Et qu'est-ce qu'elle va rigoler Emilie à la rentrée quand elle va découvrir qu'elle est fiancée à Claude. Quant à moi, je vais surveiller ma poitrine hein.

Posté par Eluise à 20:50 - En permanence - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 mars 2008

Déménageons

_demenageur_sLe contrat d'assistant d'éducation précise que le pion doit surveiller, assister et tout et tout, et puis aussi qu'il pourra faire "d'autres choses" si on le lui demande. Et ça, vous vous doutez bien que c'est la porte ouverte à toutes les fenêtres. Proviseur Foufoufou le sait bien, il en profite, et du coup, on se retrouve à faire des trucs pas possibles parfois. Genre vendredi, où il s'est dit que déménageuses, ça nous irait bien :

- Dites les filles, il faudrait que ce soir vous enleviez toutes les tables de la perm', les mettiez contre les murs, pour créer un grand espace, et dans ce grand espace, vous installez les chaises, c'est pour les répétitions de la chorale demain. C'est dommage que les garçons soient déjà partis, sinon je leur aurais demandé à eux... Mais bon, vous y arriverez hein !

Je vous rappelle que la salle de perm' est gigantesque, une quarantaine de tables, des milliers de chaises. Et surtout :

- Mais Monsieur, si on vide la perm' de ses tables, on fait quoi des élèves ?

- Ah oui, j'avais omis ce détail... Vous avez des élèves en perm' ?

- Ah ben oui, ça arrive quand même.

- Eh bien vous les mettez dans un coin ! Ou bien vous leur dites de vous aider !

En voilà une idée qu'elle est bonne.

A 16h, le grand déménagement a donc débuté. Avec ma collègue, on installe les quatre élèves présentes dans un coin et on commence à ôter les chaises et à empiler les tables. Mais tout ce mouvement, ça les as mises en joie les gamines :

- Madame, madame ! On peut vous aider !

- Nan nan nan, surtout vous ne touchez à rien !

- Allez madame, regardez comme je soulève bien la table !

- Nan nan nan, lâche cette table !

- Bon alors je m'occupe des chaises ! Alleeeeeeeez madame !

- Ok ok, mais que les chaises hein !

Bon voilà, les assistantes d'éducation ont même droit à des assistantes, si c'est pas la classe ça. Sauf que les assistantes, elles ont effectivement déplacé les chaises, mais elles les ont placées en vrac contre les murs, pile là où Proviseur Foufoufou avait dit de mettre les tables.

- Mais les filles, si vous mettez les chaises contre le mur, je mets où les tables moi ?

Instant de silence.

- C'est pas grave madame, on va les bouger hein !

Et pour bouger ce millier de chaises, elles ont opté pour la solution la plus... originale : pousser une chaise, qui pousse une autre chaise, le tout faisant tomber toutes les chaises voisines, toutes ces chaises grinçant en frottant le sol.

- Stop ! Stop ! On soulève les chaises !

- Mais madame, y'en a trop !

- Si vous voulez plus nous aider tant pis, on se débrouillera toutes seules, c'est lourd et on en a pour longtemps mais bon...

- Mais nan madaaaaame, on va vous aider !

Le chantage affectif, y'a que ça de vrai.

C'était donc reparti. Les murs libérés, on a continué à empiler les tables. Non sans joie, nous plaçions nos mains sous le plateau de la table afin de soulever cette dernière, et nos mains rencontraient des chewing-gums fluos, secs et tout durs, un délice. Certains étaient même encore un peu mous. Non sans surprise, certains plateaux de table se détachaient du socle sans crier gare et nous explosaient sur les pieds ou sur les doigts. Du bonheur, j'vous dis.

Après avoir laborieusement empilé toutes ces foutues tables, on suait vachement avec ma collègue. Mais il restait les chaises à installer. C'est évidemment le moment qu'a choisi un 6e pour se faire exclure de cours et il était bien content de se retrouver dans cette perm' si rigolote.

- Ouaaah mais qu'est-ce que vous faites ici ?

Le problème, c'est qu'on avait plus de table pour lui. Et surtout qu'il voulait pas du tout s'asseoir et travailler.

- Mais madame, c'est pas juste, vous êtes que des filles pour tout déménager, moi j'suis un garçon, j'peux vous aider !

Malgré cet argument ô combien juste et excellent, je n'ai point cédé. Courageusement, je lui ai libéré une table. Il a bien boudé mais c'est la vie mon pauvre ami. J'ai un rôle de chef à tenir moi.

- Bon les filles, j'vous explique pour les chaises : on les met pas l'une derrière l'autre sinon celui qui est derrière ne voit rien, on les place en quinconce.

Merci maman pour tes sages conseils, les gamines ont fait "ah ouais, c'est maliiiin", elles étaient méga éblouies devant tant de stratégie. Hop hop on a placé toutes les chaises, c'était super beau. Et juste à ce moment, la cloche a sonné. Les filles se sont sauvées, l'exclu m'a jeté un regard noir et est sorti en traînant des pieds.

Evidemment, la prof de musique est venue immédiatement inspecter "sa" salle.

- Hum j'aurais préféré qu'on mette les chaises dans l'autre sens... Et puis les tables, il faudrait les mettre contre l'autre mur. Et là, il faudrait...

- Mais bon, on y a déjà passé une heure et puis là il est l'heure qu'on s'en aille alors euh...

- Allez aidez-moi, on va déplacer tout ça.

Croyez-le ou pas, elle nous a tout fait refaire, je sentais monter des accès de violence en moi.

- On pourrait aussi déplacer votre bureau et votre ordinateur, là, aidez-moi...

- Nan nan nan, Madame, notre bureau on n'y touche pas !

- Bon au pire je le bougerais demain...

- NAN !

Vingt minutes plus tard, elle était presque contente d'elle, mis à part ce fichu bureau, j'vous jure que si elle y a touché...

- Bon ben Madame on va y aller nous hein...

- Ah, ok. Euh vous voulez qu'on remette les tables en place après les répétitions ?

Elle a dit ça en espérant que je lui réponde que non c'est bon, on fera tout ça lundi matin à 8h, avec pleins d'élèves, on n'a que ça à faire. C'est pas qu'on veut, c'est qu'elle a plutôt intérêt.

- Ah ben oui, je veux bien !

- Hum, bon on verra ce qu'on peut faire parce que bon...

Elle était bien con là.

J'vous jure que si elle a laissé le foutoir...

Et moi j'ai de sacrées courbatures maintenant.

Posté par Eluise à 14:04 - En permanence - Commentaires [22] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 mars 2008

Trop jeune pour toi

xfilesY'a des jours comme ça où le monde entier complote pour vous faire chier.
Genre aujourd'hui.
Passons sur le quart d'heure que j'ai passé à gratter la neige sur la Twingo ce matin, passons également sur l'ordinateur du bureau des surveillants qui a beugué, passons sur Sam qui puait plus que de coutume, passons, ce n'était encore rien. Positivons. Les écrits de l'agreg' ont lieu dans deux semaines, je suis une warrior, rien ne m'atteint.
Tiens en parlant de concours, ça m'a fait penser que je devais passer au secrétariat demander un formulaire d'autorisation d'absence, pour y aller à ces écrits justement :

- Bonjour ! Je voudrais un formulaire de demande d'absence s'il vous plaît !

Remarquez le ton chantant malgré mon humeur massacrante, ainsi que l'extrême politesse à l'encontre de la secrétaire du lycée.

- Quoi ? Qu'est-ce que tu veux ?

Notez la réciprocité. La secrétaire m'a littéralement explosée du regard, j'ai encore mal d'ailleurs.

- Je vais m'absenter, j'aurais besoin de...

- Faut voir ça avec les surveillants !

-Mais madame, la surveillante, c'est moi !

La secrétaire a littéralement explosé de honte, j'suis sûre qu'elle a encore mal.

- Ah... Excusez-moi, mais vous faites jeune hein, je vous avais prise pour une élève.

Vas-y rajoute-en une couche.

Fort vexée, je retourne au bureau. Là, je débute un record d'apnée. Travailler avec Sam, c'est vraiment pas facile. Je décide donc d'aller surveiller la perm' du lycée, et ce pour deux motifs (en plus du motif principal : sauver mon odorat) :
    - les élèves n'y vont jamais. Pourquoi subir une pionne bougonne quand on a un beau foyer à disposition ?
    - aucun pion ne veut se dévouer pour surveiller cette fichue perm' parce qu'on s'y ennuie drôlement. Mais moi, je passe l'agreg dans deux semaines, rappelons-le, alors un peu de travail, ça peut certes me faire du mal, mais c'est toujours utile.

Je débarque donc dans la perm', je m'installe au beau bureau, je déballe mes affaires, mon agenda couvert d'autocollants Spiderman, ma règle Hello Kitty, mes livres, mon critérium rose, mes surligneurs, ma barrette pour ma frange, mon baume à lèvres, allez au boulot.

C'est facile de surveiller la perm' du lycée. C'est pas comme au collège où c'est carrément la jungle. Au lycée, il suffit de lever la tête de temps en temps en disant :

- Chuuuut, y'en a qui veulent travailler !

(Moi en l'occurence).

Les élèves en retard, les dispensés, les exclus de cours, se présentent, signent le registre et voilà. Mais faut quand même faire gaffe parce que parfois ils oublient de signer et après ça fait un sacré bazar parce que si tu signes pas, je peux pas deviner que t'es là, parce que moi je sais pas que toi t'es toi, je te connais pas, alors je te colle, voilà.

- Eh steuplé ?

Qui ose troubler mon labeur ?

- Ouiiiiii ?

- T'sais pas elle est où la pionne ?

- Laquelle ?

- Ben celle qui surveille la perm'.

- Ben c'est moi.

- Ah ah, nan sans délirer.

- Sans délirer c'est moi.

- Oh mince ! Oh excusez-moi madame mais j'vous avais prise pour une élève !

Mais merde alors !

Posté par Eluise à 18:49 - En permanence - Commentaires [27] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 mars 2008

Un peu de culture

J'ai un truc à vous raconter mais j'ose pas. Ca fait plusieurs jours que j'me tâte, j'raconte, j'raconte pas. Mais ça y est, j'me lance mais le sujet que je vais aborder risque de faire polémique. Alors que bon, vous me connaissez, c'est pas mon genre de traiter les sujets polémiques, j'aime exclusivement le premier degré.

Nous allons donc parler religion. Et même pire, religion et école. Ca y est, y'en a qui s'étouffent. Je vous préviens tout de suite, je suis pas branchée religion ou quoi que ce soit, c'est clair ?

Bon on peut y aller maintenant.

L'autre jour, j'aidais des 6e à faire leurs devoirs, héroïne de la nation que je suis. Leur prof d'hisoire leur avait filé un devoir à faire à la maison et ils galéraient les 6e, ils comprennaient rien. Le devoir traitait de l'influence de la religion/tradition chrétienne sur la culture occidentale. Rien de méchant hein. Premier exercice : un tableau à remplir à l'aide d'un calendrier. Les colonnes : Mois / Nom de la fête : à remplir / Explication de la fête : donnée par la prof / Date : à remplir.  Ca va, vous suivez ? Parce que les 6e, ils comprennaient rien du tout.

- Bon alors on va commencer par un truc d'actualité. Prenez mars, "La résurrection du Christ". Ca vous évoque quoi, c'est quoi la fête associée à ça, en mars, bientôt ?

Silence massif des 6e.

- Euuuuuh. On sait pas madame.

- Y'en a qui ont fait leur première communion y'a pas si longtemps que ça nan ?

- Ben oui hein madame !

- Ben alors, vous devriez savoir ! Allez j'vous aide. C'est tout bientôt.

- On sait pas madame.

- Pfff. Allez un indice... Les chocolats...chocolat02

- PÂQUES ! Pâques madame !

- Ouiiiii ! Donc vous remplissez les cases.

- Quelles cases madames ?

- Mais vous le faites exprès ou quoi ? Les cases "Nom de la fête" et "Date".

Je vous fais grâce des "Mais oùùùùùù madame", des "Madame j'trouve pas", des "Madame je comprends rien".

Allez, un peu d'indulgence, j'me suis dit que Pâques, la résurrection et tout ça, c'était un peu compliqué quand même.

- Bon on va faire plus facile. Prenez décembre. La prof a noté "La naissance de Jésus". Ca correspond à quelle fête ?

- On sait pas madame.

- Quoi ? C'est une blague ? Il se passe quoi en décembre ?

- On sait pas madame.

- Oh mais vous la faites exprès franchement ! Allez un indice : les cadeaux...

- NOËL ! Noël madame !

- Ouais mais bon j'vous ai aidés hein. Allez on remplit.

J'vous parle même pas de l'Ascension, la Toussaint et tout ça, j'vous laisse imaginer. On a tout bien rempli le tableau et on est passés au second exercice. Il fallait, en gros, trouver des expressions qui se référaient à des personnages bibliques.

- Bon alors. La boule que les garçons ont dans la gorge ça s'appelle comment ?

- On sait pas madame.

- Nan nan là vous abusez. Allez.

- La pomme d'Adam madame !

- Merci. Question subsidiaire : vous connaissez Adam quand même ?adam_and_eve

- Naaaaan !

- Quoi ? Adam et Eve, la pomme, le serpent tout ça, personne ne connaît ?

- Naaaaan !

- QUOI ? Rien du tout ? C'est pas possible.

- Si madame, moi je connais, une fois j'ai vu ça dans les Simpsons !

Bon. On part de loin quand même. C'est moi ou si peu de culture ça fait peur ?

En rentrant, j'ai fait faire l'exercice à mon Mini-Frangin, il a tout torché en deux minutes. Trop fort.  

Posté par Eluise à 20:52 - En permanence - Commentaires [31] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 février 2008

Mes muses m'amusent

Y'a des jours comme ça où tout se barre en couille. Avant j'aurais pété mon boulard. Maintenant je souris sereinement. Je me dis que ça me fera un bon article pour mon blog. Vaaaas-y, défoule-toi gamin, sois ma muse.

C'était un de ces jours fantastiques où le CPE a la grippe, où la collègue est malade, où le collègue est en concours et surtout, un de ces jours où Proviseur Foufou et moi, on se retrouve seuls. Donc il focalise l'emmerdement maximal sur img_fonds_decran_tux_seul_sur_la_banquise_hardwiigamer_3941moi, mais là aussi je relativise, j'me dis qu'il va devenir une star blogesque grâce à moi.

- Eluise il faudrait aller surveiller un devoir de 3e au deuxième étage.

- Ma foi oui j'aimerais bien avoir ce merveilleux don qu'est l'ubiquité, mais sachez, Proviseur Foufou, que je suis seule, ô oui, seule. Je ne peux surveiller la perm' avec ses habitués, ses collés et ses exclus, traiter les billets d'absence, envoyer des courriers aux parents, traiter les retenues déposées par les profs et...

- Ah bon, mais pourquoi vous êtes toute seule ?

Parfois il dit des trucs cons comme ça, sans trop réfléchir, c'est rigolo.

- Bon ben je vous envoie les 3e, vous les surveillez ici, dans la perm'.

En voilà une idée qu'elle est bonne.

Je me retrouve donc avec une trentaine de 3e, une demi-douzaine de collés, quelques dispensés, bref, une bonne quarantaine de gamins, si avec ça je m'amuse pas et je trouve pas matière à bloguer, c'est vraiment que je le fais exprès.

Hop un par table, hop je distribue les devoirs, taisez-vous, asseyez-vous, enlève ta veste (mais c'est quoi ce délire de garder son manteau partout ?), tais-toi j'ai dit, sors un stylo tu vas pas écrire avec ton doigt, mais tais-toi euh, et une feuille aussi, ben oui c'est mieux, retourne t'asseoir, eh tu vas où toi, allez silence les 3e travaillent, eh m'dame vous devriez être prof, oh c'est un compliment ça, quoique j'suis pas sûre alors méfie-toi mon brave.

Silence relatif. Y'en a qui essaient de gruger un peu, j'leur explique que je suis pas une belette, j'les connais toutes les combines, comment tu crois que je suis là où je suis maintenant ?

Et là, c'est le drame, comme dirait Jules Edouard Moustic, enfin j'suis pas sûre que ce soit lui l'inventeur, mais bref, là c'est le drame parce que débarque un convoi d'exclus. Exclus par Mme Français, qui pratique peu l'exclusion de cours, pour ne pas dire pas du tout. Elle aime bien garder ses brebis avec elle, même les galeuses, et c'est tout à son honneur. On l'aime bien Mme Français. Du coup j'me suis dit qu'un truc vraiment grave avait dû se passer, et pis cinq d'un coup, ça fait du monde quand même. Evidemment, il s'agissait des 6e Duracell-Déchaînés, tellement déchaînés qu'on a jamais vu ça. Mon collègue Olivier il dit que dans cette classe, sans faire exprès, ils ont réuni tous les gamins qui avaient une toute petite toile d'araignée en sortant du CM2 (en gros, je crois que c'est cette espèce de petit graphique qui montre l'étendue - ou pas - de leurs capacités). Bref, les affreux débarquent, à grand renfort de claques mutuelles derrière la tête, de croche-pattes, de madame-mais-c'est-pas-moi, de sacs volants.

- Chuuuuut ! Mais chuuuuut les 3e ils travaillent ! Chuuuut !7nains

J'osais pas crier alors j'vous dis pas les postillons, morts de rire les 6e.

Ils en ont rien à faire de moi ces 6e, ils continuent leur bordel. Allez les grands moyens. Hop un au coin, un à côté de moi, un dans le couloir, un sur la chaise du vilain, c'est-à-dire la chaise juste en face du bureau du proviseur foufou.

Celui au coin s'est mis à danser la tecktonik pour faire rigoler les copains, celui dans le couloir faisait des allers-retours en sprintant tout seul, celui sur la chaise du vilain s'est sauvé pour aller sprinter avec son pote, celui à côté de moi a fait que me gonfler en rigolant tout seul.

Du coup les 3e ils rigolaient bien aussi, je faisais que courir dans la perm' après mes 6e malicieux, j'osais pas crier pour pas déranger les 3e en devoir, mais eux ils en profitaient pour se filer les réponses du devoir, quelle bande d'ingrats quand même, je passe pour quoi moi après.

J'étais toute essouflée, toute stressée, en plus je pouvais même pas les exclure ces 6e, tiens c'est un concept ça, exclure les exclus, mais j'étais heureuse dans le fond. J'ai pris un ptit bout de papier, celui où je note mes idées d'articles, et pis j'ai écrit "le bordel du devoir". Voilà.

Attention y'a du spoiler.

billet2

Posté par Eluise à 08:30 - En permanence - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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