Une pionne assiste l'éducation en permanence

Une assistante d'éducation (ou une surveillante, une pionne quoi, c'est devenu un sacré foutoir) livre les clés du collège et les secrets des pions.

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07 juin 2008

Dédée & Cie versus Eluise & Cie

Aujourd'hui avec ma copine Dédée on s'est posé une grande question scolaro-existentielle à tendance sociologique.

Déjà faut que vous sachiez que Dédée elle est pionne au collège qui est situé presque juste en face du mien, et les gamins de son collège, comme les miens, mangent au lycée à midi, et c'est comme ça qu'on est devenues copines elle et moi. Oui je sais, c'est un chouilla compliqué. Donc avec Dédée on mangeait à la cantine et on causait fringues et chaussures, pour changer. Puis on sait pas comment, on s'est mises à parler pédagogie et claques. C'est là que Sam-qui-pue-mais-moins-que-d'habitude-surtout-depuis-qu'il-met-du-déo a dit :

- Mais quand même Dédée, tes gamins, ce sont des cas.

Dédée, elle est comme moi. Une pionne de folie. Et elle aime pas qu'on insulte ses protégés.

- Comment ça des "cas" ?

- Ben des cas sociaux quoi.

Dédée, elle a vu rouge. Déjà qu'elle l'aime pas, Sam.

- Des cas sociaux ? Mais qu'est-ce que t'en sais ?

- Ben j'vois bien ! Les gamins d'Eluise, ils sont mieux habillés, ils sont moins bruyants...

- Attends tu rigoles, t'as vu Julien des 6e Déchaînés ? Les élèves d'Eluise sont pas mieux.

Moi j'avais quand même rien demandé alors je leur ai fait remarquer :

- Eh moi j'ai rien demandé. Et puis bon c'est difficile de comparer les deux collèges...

En effet.

ringLe collège de Dédée recrute ses élèves sur un secteur dit "sensible". Le mien comporte une zone de recrutement dite "privilégiée".

Le collège de Dédée a une classe pour les primo-arrivants. Mon collège enseigne une langue "rare" qui permet aux parents malins de demander une dérogation pour y inscrire leurs enfants.

Le collège de Dédée accueille des enfants exclus d'autres collèges. Le mien exclut des élèves.

Les élèves du collège de Dédée sont mal fagotés, bruyants, agités, ils ont souvent un passé du genre foyer/parents en prison. Mes élèves partent en vacances à chaque période de vacances et ont tous le kit lecteur mp3/Playstation/téléphone portable.

Mise en situation dans mon collège. Une élève porte des ballerines sans chaussettes, ça meule sévère dehors :

- Eh dis donc miss, fait froid, tu portes des godasses d'été là !

- Mais c'est pas ma faute c'est la femme de ménage, j'sais pas où elle a rangé mes bottes.

Mise en situation dans le collège de Dédée. Une élève porte des ballerines sans chaussettes, ça meule sévère dehors :

- Eh dis donc miss, fait froid, tu portes des godasses d'été là !

- Ben j'ai que ça.

Voilà. Sam a donc confirmé :

- C'est bien ce que je disais, tes gamins, Dédée, ce sont des cas !

- Je préfère travailler avec mes cas qui me respectent qu'avec les p'tits cons d'Eluise qui en ont rien à foutre de ce qu'on leur dit.

- Eho tu laisses mes p'tits cons d'abord.

Merde alors, je demandais rien moi.

Alors avec Dédée on a lancé un défi afin de répondre à cette fameuse grande question : est-il préférable de travailler avec des gamins dits difficiles ou avec des gamins dits privilégiés ?

Mise en application :

A la cantine, les gamins de Dédée font le bazar. J'interviens :

- Oh les jeunes, vous calmez vot' joie oui ?

- Oui oui m'dame pardon !

Certes, ils continuent leur bazar. Mais leurs yeux brillent, ils s'amusent. Pour peu je rirais avec eux.

A la cantine toujours, mes gamins font le bazar. Dédée intervient :

- Oh les jeunes, vous calmez vot' joie oui ?

- C'est qui celle-là ?

Ils dévisagent Dédée, soupir méprisant, froncement de sourcils. Le bazar continue.

Les faits scientifiques ont parlé.

Alors je réféléchis. Je repense aux fois où des élèves se sont mis à bouder, à me tourner le dos et à refuser de me parler parce qu'ils étaient vexés que je leur remonte les bretelles. Je repense au "T'es qu'une pionne" que j'ai entendu plus d'une fois. Je repense à toutes les emmerdes avec les parents, et pourquoi mon fils il est collé et pas son copain.

C'est vrai que ce sont de sacrés crétins quand ils s'y mettent, mes privilégiés. Mais je les aime bien quand même.

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02 juin 2008

Dream Team cauchemardesque

Les 6e Déchaînés, ils sont vraiment graves. Depuis la rentrée, les profs ne cessent de répéter Duracell:

- J'ai jamais vu de tels 6e !

- J'en ai vu des gamins difficiles, mais à côté des 6e Déchaînés, c'était du gâteau.

- Mais ils sont fous !

- Je craque.

- Aidez-moi.

Et effectivement, je crois qu'il leur manque une case à ces 6e.

Pour nous aussi, c'est de l'inédit. D'habitude, le 6e est quelque peu craintif et timide. Avec le temps, il prendra de l'assurance, jusqu'à se la péter en 3e, mais en attendant, il est tout petit et ne fait pas le malin.

Mais pas les 6e Déchaînés. Régulièrement, ils sont exclus de cours, mais pas un par un, non non, le prof exclut toute la Dream Team.

Et aujourd'hui, on a récupéré ladite Team : Chiki, Momo, Francky et Nico.

- Oh putaaaaaain, faites chier les djeuns.

Tel est notre mot de bienvenue lorsqu'ils débarquent en perm'. Faut dire qu'il se font toujours exclure de cours de 16h à 17h, vous savez, cette dernière heure de la journée, celle où en théorie aucun gamin ne vient gâcher le silence de la perm'. En théorie.

- Bon qu'est-ce qui s'est passé avec M. EPS So Sexy ?

Evidemment la Dream Team se lance dans une explication collective, à grand renfort de cris et d'interjections, chacun essayant de parler plus fort que son voisin.

- Eh mais j'suis pas sourde ! Allez-y un par un !

- Ben on était en sport et puis Chiki il a mis mon sac dans la poubelle...

- Et elle était mouillée la poubelle, alors son sac il était tout dégueu...

- Alors pour se venger Momo il l'a coursé dans les vestiaires...

- Et c'est là qu'y'a eu le coup du tapis...

- Tu sais, madame, les gros tapis de sport, ceux que tu peux mourir étouffé dessous...

- Ben le tapis il est tombé sur Francky...

- Alors moi en dessous du tapis je criais au secours à l'aide...

- Mais M. EPS So Sexy il entendait pas vu qu'il cherchait Momo et Chiki dans les vestiaires...

- Alors moi j'ai voulu aider Francky...

- Mais j'étais bien coincé sous le tapis et j'me suis pété le bras...

- Donc moi pour l'aider j'ai tiré les tapis et pis ils sont un peu tombés...

- Alors Francky il a crié et M. EPS So Sexy il a rappliqué et il a dit qu'il allait devenir fou...

- Et pis il nous a virés.

A ce niveau-là de l'histoire, j'étais simplement écroulée sur le bureau, pleurant de rire avec Emilie. Ils sont quand même géniaux ces 6e Déchaînés nan ? Mais eux ça les a pas fait rire du tout :

- Eh mais madame tu te moques de nous ?

- Wah j'y crois pas la pionne elle se fout de notre gueule !

- J'ai quand même failli mourir sous ce tapis j'vous signale !

Avec Emilie, on a sorti les mouchoirs parce que notre mascara se faisait la malle tellement on se marrait.

Passée la marrade, on a installé nos 6e et on leur a dit de se taire et de s'occuper en attendant la fin de l'heure. Mais la Dream Team ne l'entendait pas de cette oreille.

- Madame, j'peux me lever pour aller chercher une feuille ?

J'aurais dû me douter que c'était louche qu'il me demande la permission pour se lever.

En une seconde, tout a basculé. Au passage, Chiki a piqué l'iPod de Nico et ils se sont mis à se courser dans la perm' et à se filer des coups de pieds, encouragés par la Team. Emilie s'est mise à leur hurler de se taire, mais ils en avaient rien à cirer.

On a eu beau les séparer, les menacer, les punir, leur crier dessus, rien n'y a fait. En 20 minutes, ils nous ont plus lessivées à quatre que cinquante élèves ensemble.

Donc je les ai exclus de la perm', hop direction l'antichambre du bureau de Proviseur Foufou, qui leur a passé un sacré savon.

La bonne nouvelle c'est qu'on a quand même pu profiter un peu de la dernière heure de la journée. On l'a savouré le café. La deuxième bonne nouvelle, c'est que je vais devoir m'entretenir avec M. EPS So Sexy à propos du rapport d'exclusion.

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17 mai 2008

Episode 15782

amour_gloire_beauteComme promis, je vous tiens au courant de l'affaire Jojo-Seb-Valentine. J'ai chopé Jojo en perm' hier pour qu'elle me raconte, rien que pour vous, parce que la suite de l'histoire m'avait été réclamée et que je ne peux décemment vous laisser dans une telle ignorance.

- Alors ma Jojo, ça en est où ton histoire avec Seb ?

(Vous noterez mon côté maternel qui transparaît).

- C'est un con.

(Vous observerez l'universalité de cette remarque).

- Il sort toujours avec Charlène ?

(Si tu piges rien, tu te plains pas mais tu vas relire Les origines de la goujaterie, merci).

- Nan. Il ressort avec Valentine.

- Ouh putain ! Arrête ! Comment ça se fait ?

(Vous remarquerez mes réactions mûres et réfléchies).

- Ben il a largué Charlène et pis Valentine elle a profité que j'étais en voyage scolaire pour se le refaire.

(Nous concluerons donc que Charlène n'a rien baisé du tout).

- Rah la la mais quelle connasse cette Valentine hein.

(Notez mon objectivité dans cette affaire).

- De toutes façons il l'aime pas, il sort avec elle que pour baiser.

- Et elle tu crois que...

- Que nenni, elle a que de la gueule Valentine !

- Vous êtes toujours plus copines alors ?

- Ah ben nan attends, avec cette salope, cette...

- C'est bon c'est bon j'ai compris.

(Je suis payée pour l'empêcher de dire des gros mots, en théorie).

- Tu sais quoi Jojo, j'ai pensé à un truc. Tu devrais sortir avec le meilleur ami de Seb, sérieusement.

(Remercions Titeblonde2 qui suggérait cette idée).

- Quoi ? Ca va pas la tête ? Plutôt mourir !

- Mourir ? Ah ouais quand même. Mais bon, Seb il serait bien dégoûté en attendant...

- Ranafout' ! Plutôt mourir !

(C'est beau une fille pleine d'honneur et d'orgueil).

- Bon. Et sinon toi ça va ? T'es pas trop triste ?

- Ah ben si, carrément, j'suis deg.

(Je pose des questions à la con parfois, je sais).

Donc voilà. La situation a peu évolué finalement. Je suis assez déçue.

Et vous aussi je suppose.

Mais pour lundi je vous promets du lourd. Une sortie scolaire, avec Jojo et le meilleur ami de Seb, entre autres, mais aussi Mme Histoire-Géo et un déjeuner qui s'annonce savoureux, le tout sur fond de conférences à la con et donc d'élèves surexcités.

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14 mai 2008

L'amour est dans le lycée

amourDepuis l'arrivée du printemps, les blogs surfent sur l'amooooour, le soleil et tout ça. Même moi j'y suis passée.
Aujourd'hui, nous allons donc parler d'amour, encore, parce qu'il fait soleil et que j'ai envie.

Mais d'un amour particulier.

Lorsqu'on est pion ou même prof, peut-on surfer sur la vague d'amour avec un élève ?
Ah hum me direz-vous.

Oui c'est un sujet épineux, je sais.

Nous les pions, on a souvent une toute petite différence d'âge avec les élèves, surtout lorsqu'on exerce en lycée, surtout lorsque ledit lycée a des classes prépas ou des BTS. Dans ces cas-là, certains jeunes sont carrément plus âgés que nous.
Vous me direz, certains profs sont jeunes alors c'est pareil. C'est vrai, je viens d'y penser.

Que se manifeste la pionne qui n'a jamais reluqué un lycéen. Ou la jeune prof.

Moi j'avoue, y'en a un au lycée que j'aime bien. Il a des poils et tout et tout, si je le croisais dans la rue, je ne devinerais jamais qu'il n'a que 17 ans. Quand il vient au bureau, je rougis un peu, je bafouille comme une ado, je soupire quand il sort. En ce moment il a une amoureuse, et j'avoue, quand elle vient au bureau cette connasse, je la maudis du coin de l'oeil.

Le plaisir des yeux, y'a que ça de vrai. (soupir).

J'ai sondé mes collègues féminines, elles aussi, elles ont toutes leur amoureux pubère. Y'en a une qui aime bien le mien, mais je lui ai dit que c'était le mien et qu'elle avait qu'à s'en trouver un autre. Tous nos amoureux sont beaux et grands, et aucun ne fait de tecktonik, je vous rassure.
J'ai sondé mes collègues masculins, mais les garçons ils sont cons, ils ont ricané, mais naaaan hé qu'est-ce que tu racontes. Avant de m'avouer qu'effectivement, certaines lycéennes étaient carrément bonnes jolies et que s'ils les croisaient en dehors du lycée, ils les dragueraient bien.
J'aimerais sonder les profs mais eux, je pense qu'ils rigoleraient moins, ils auraient peur que je les balance à Proviseur Foufou.

Eh oui, reluquer du lycéen, c'est mal.
Pourtant certains élèves sont majeurs.
Et les mineurs, on a du mal à les reconnaître, certains semblent plus âgés que nous.

Eh oui, le lycéen est taquin, il se camoufle, il se fait passer pour un grand. Certaines élèves sont carrément aguicheuses avec les pions, de la fesse ici, du sein par là, du maquillage en veux-tu en voilà, du talon tu auras, un sourire charmeur le voilà. Alors parfois j'ai des collègues qui ne peuvent s'empêcher de faire des clins d'oeil, des sourires blancheurs, et les lycéennes poussent des petits cris de joie.

Pour nous les filles c'est plus difficile, encore que... Y'en a qui...

C'est également notre statut de pion qui veut ça. Le tutoiement, le racontage de vie, les rigolades, les blagues, on crée une vraie relation avec certains élèves, à laquelle s'ajoute la faible différence d'âge, et le tout donne des relation bizarres parfois.

Bizarre oui, parce que c'est le mot. Même si l'élève est majeur, même s'il a l'air d'avoir 25 ans, ben ça reste bizarre.
Mais bon, chacun fait ce qu'il veut.

D'ailleurs mon petit chéri de Première, si tu me lis...

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28 avril 2008

Les origines de la goujaterie

Enfin la rentrée, avec sa pluie et ses flaques, les affreux, leurs crêtes, leurs Converse et leur pantalon slim. Ca m'aurait presque manqué tout ça. Parce que deux semaines c'est long. Et pleins de choses se sont passées en deux semaines. Du coup j'étais plus du tout au courant de rien, c'est-à-dire des couples, de qui sort avec qui, de qui déteste qui, paumée j'étais. Je parle des élèves évidemment (on sait bien que les profs n'ont pas de vie privée, ni de vie tout court d'ailleurs*). Mais heureusement, mes affreuses ont eu pitié de moi et de mon ignorance et elles se sont chargées de tout me raconter.

feux_de_l_amourJe voulais me tenir au courant de l'histoire entre Johanna et Seb. Faut savoir qu'ils sortent ensemble depuis la rentrée de septembre, mais ce sont des amants terribles : régulièrement Seb plaque Jojo qui pleure pendant des jours puis ils se remettent ensemble. C'est ça l'amour il paraît. Mais avant les vacances de printemps, le drame. Seb avait largué Jojo et sortait avec Valentine, la meilleure amie de Jojo. Du coup, tout était chamboulé, Valentine, c'était plus du tout la BF (Best Friend) de Jojo, ah ça non, ça va pas la tête ou quoi. Et pis Jojo elle était sacrément énervée, j'vais la péter cette connasse et tout et tout, t'as raison, mais hors du collège hein. Le clan des filles de la 4e1 était divisé : les pro-Jojo et les pro-Valentine. Un peu comme à l'époque où Brad Pitt s'est barré avec Angelina Jolie alors qu'il était fort marié à Jennifer Aniston. Sauf que Valentine, c'est pas vraiment Angelina Jolie. Et puis elle mesure deux têtes de plus que Seb. Moi, j'y comprenais rien. Qu'est-ce qu'il fout avec elle, que je demandais à tout le monde (vous noterez au passage mon impartialité dans cette affaire). Alors les 4e, ils m'ont expliqué comment Valentine elle avait attiré Seb dans ses filets :

- Elle l'a chauffé sur Msn en lui disant qu'elle allait le baiser !

Diable. Ca "baise" en 4e ? J'ai dû mal comprendre.

- Vous entendez quoi par "baiser" ?

- Bah niquer quoi !

Ah ben oui j'avais bien compris.

- Eh ben, elle est précoce hein Valentine.

- Bah nan, elle l'a pas baisé, c'est pour ça qu'il l'a larguée !

Putain. Ca commence si tôt que ça la goujaterie alors ?

Et puis y'a eu les vacances. Jojo et Valentine sont-elles redevenues BF ? Seb a-t-il réussi à "baiser" quelqu'un ? Qui serait sa nouvelle conquête ?

Suspense !

Voilà pourquoi ce matin j'étais si fébrile. Comme après un épisode du Destin de Lisa. La suite ! La suite !

Ce matin donc, Jojo m'annonce que non, elle ne cause toujours plus cette pétasse de Valentine, après ce qu'elle m'a fait non mais oh, mais qu'à présent Seb sort avec Charlène, qui dans le genre anti-Angelina Jolie, surpasse Valentine. C'est dire. Mais qu'est-ce qui lui arrive à Seb de sortir avec Charlène ? Bah c'est simple, "elle baise".

Alors moi je m'interroge. Les hormones de Seb sont-ils tellement foufoufous au point de sortir avec n'importe qui ? Les filles en 4e sont-elles déjà de sacrées pétasses numéros ? Mais c'est quoi ce bordel putain?

Et sinon... Seb va-t-il "baiser" Charlène ? Jojo va-t-elle pardonner à Valentine ?

La suite ! La suite !

* Allez j'rigoooole.

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18 mars 2008

Un 6e, c'est dangereux

starJulien a encore fait des siennes. Mais si, Julien, j'vous en ai déjà parlé, un 6e terriblement pénible. Je me dis qu'on devait sacrément s'ennuyer avant qu'il ne débarque. Remarquez on avait déjà son frère, Paul qui nous emmerdait occupait, mais Julien, c'est de la haute-voltige. Déjà c'est un 6e, donc il est encore plutôt marrant, alors que bon Paul maintenant il est en 4e, il est devenu un peu moins rigolo. Julien, c'est le roi du pétrole, enfin de la cour de récré plutôt, il fait rigoler tout le monde, il a toujours sa cour de filles (et de garçons...) qui rit à la moindre de ses blagues. Un tel succès, ça me dépasse parfois. Plus c'est nul, et plus ça rigole. Je devrais expérimenter mon humour sur les 6e, ça marcherait peut-être.

Depuis la rentrée, il a même des baskets avec des roulettes intégrées. J'ai pas compris comment ça marche, heelys_atomicparce que parfois il marche, parfois il roule et surtout on les voit pas les roulettes. Ca nous a fait un drôle d'effet, aux collègues et à moi, de le voir glisser dans la cour, on s'y attendait pas au coup des roulettes. D'abord on a cru qu'il était super doué, genre comme Mickaël Jackson qui faisait un peu pareil, mais là sur le béton ça nous a semblé un peu irréaliste. Et puis on a compris. Il fait son malin Julien avec ses roulettes. Ca le rend encore plus populaire, wah Julien le baskets qu'il a, wah, j'le kiffe. Sauf que les roulettes, ben c'est dangereux.

A la cantine, j'ai toujours les 6e à l'oeil. Ce sont les rois de la connerie. Dès que le pion a le dos tourné, hop ils en profitent, lancer de boulettes de pain, yaourt dans la cruche, vol de dessert, croche-pied, cris, cramage du micro-ondes. Mais moi, je vous le rappelle, je suis une pionne de folie, alors les 6e, je les lâche pas d'une semelle. Mais l'autre jour, j'me suis fait feinter. Et oui, je ne suis pas parfaite, même si parfois on dirait, je sais.

En effet, le 6e maîtrise mal le porter le plateau. Car souvent le plateau est plus grand que le 6e, qui se retrouve par conséquent pris en sandwich entre son plateau énorme et son cartable encore plus énorme. Et donc l'autre jour, paf tout le plateau qui se casse la gueule, le 6e qui chiale, des petits pois partout, faites gaffe au verre, marche pas dans la sauce putain. J'évacue la zone sinistrée parce que tous les 6e étaient venus voir c'qui se passait, on sait jamais, des fois qu'il y ait des blessés, et en un quart de seconde, je cours chercher de quoi ramasser. Sauf que le temps que je parte, les 6e avaient quand même marché dans la sauce et y'en avait partout dans le réfectoire. J'ai poussé ma gueulante parce qu'en plus ils avaient écrasé des petits pois partout, alors avec la sauce, ça faisait une pâte dégueu. Un gamin avait ramassé un bout de verre et évidemment il s'était coupé et saignait, donc il chialait à moitié, ce qui faisait deux chialeurs avec l'autre qui se remettait pas d'avoir fait tombé son plateau. Face à une telle situation, seule une pionne de folie pouvait s'en sortir.

- Bon, toi le blessé, tu vas à l'infirmerie même si t'as rien du tout et surtout t'arrêtes de pleurer parce que tu m'énerves. Toi, tu retournes au self et tu reprends un plateau et t'arrêtes aussi de pleurer, c'est pas la mort hein. Les autres, vous faites gaffe, ici ça glisse sa mère.

Je balaie rapidement, je ramasse les morceaux, j'essaie de récupérer tous les bouts de verre. Et puis je reprends mon travail de surveillance. Tout va bien. C'était sans compter Julien, mon champion. Julien avait grand soif. Armé de sa cruche, il se dirige vers la fontaine à eau. La soif devenant plus forte, Julien dégaine les roulettes et accélère le mouvement.

- Noooooon, Julien ça gliiiiiiiisse !

Trop tard. Julien fait le vol plané de sa vie, et paf il atterrit dans un reste de sauce. Putain, j'ai même pas envie de rigoler tellement j'ai la trouille qu'il soit mort, ou pire, qu'il soit blessé. Evidemment, tous les gamins se mettent à rire comme des baleines, j'me dis que ça y est, Julien a trouvé ses limites, son heure de gloire est finie, c'est la honte de sa vie. Mais Julien se relève, et c'est lui qui rit le plus fort. Il lève les bras en signe de victoire, mort de rire.

- Eh vous zavez vu ça ! Ah ah ah !

Tous les élèves applaudissent, l'acclament. Julien est décidément une star. Putain.

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10 mars 2008

Le Père Cent

pere_centAujourd'hui les lycéens fêtent le Père Cent. Kézako ? Apparemment on serait à 100 jours du Bac, et ça, ça se fête. Comment ça se fête ? On se déguise pardi !

Et pour se déguiser, les ados ils sont super doués. Et moi j'avais vachement de la chance parce que je bossais à la cantine et du coup je les voyais tous passer. Et, vous me connaissez, j'en ai profité pour faire une petite analyse socio-psychologique de haut niveau.

J'ai en effet noté que le déguisement est l'occasion d'une certaine libération du "Moi" profond enfoui dans chaque lycéen, ou plutôt de son "Ca" (je voulais dire "ça" mais je sais pas faire la majuscule du C cédille). Là je fais des allusions à Freud pour ceux qui auraient pas pigé. Démonstration.

Beaucoup d'adolescentes étaient déguisées en chat (en chatte ?), en étudiante façon Britney Spears à ses débuts, enCostume_Etudiante chanteuse trashy, en Marylin, en "stars", en infirmière, en pompom girl. Je vous laisse une seconde pour visualiser. Des mini-jupes, du blush à gogo, du rouge à lèvres, des vêtements courts et moulants, des talons, voilà oui c'est ça. Vous l'avouerez, ces déguisements sont quelque peu tendancieux. Evocateurs tout du moins. Comme à Carnaval, libération des tabous, des préjugés. Mais moi, humble pionne, je reste stupéfaite quand même quand je vois des gentilles filles et que je les reconnais pas parce qu'elles sont déguisées en prostiputes et que j'me dis que j'aurais jamais cru que...

Si cet exemple ne vous suffit pas, en voici un autre, bien plus parlant. Les garçons étaient presque tous déguisés en fille. Bizarre non ? Rêve secret, fantasme ? Parce qu'ils font ça bien hein, jambes épilées, jupette, soutif, perruque, maquillage, vernis, sac à main, voix féminine. Bon là, c'est carrément rigolo faut le dire, ce sont les meilleurs déguisements, on les a pris en photo avec les collègues, on rigolait bien.

Citons aussi tous les bons élèves déguisés en gothiques, punk, rockers, à grand renfort de noir sur les yeux, de cheveux rouges et verts, de fringues trouées, de boots, de mitaines. Tout comme pour les gentilles filles, pour les bons élèves le Père Cent est l'occasion de se montrer sous un jour différent, d'être celui qu'on rêve secrètement d'être.

Mais bon, faudrait un peu penser aux pauvres pions qui ont presque des attaques face à ces changements radicaux. Y'en a, j'les ai même pas reconnus, c'est dire.

- Ouaaaaaah t'es marrante toi en rockeuse. Tes fringues plairaient vachement à mes collégiennes, surtout à Cécile, j'sais pas si tu vois qui c'est...

- Eluise, tu fumes ou quoi. Cécile c'est ma soeur, ce sont ses fringues.

- Sandrine ? C'est toi ? Oh putain j't'avais pas reconnue ! Oh ! OH ! Putain !

Faut pas me faire des chocs pareils.

Mais là où mon analyse socio-psychologique ou psycho-sociologique, comme vous voulez, elle tient plus, c'est quand débarquent les Tom Sawyer, les abeilles, les Minnie, les gens en pyjama, les Rambo, les plombiers, les fans de foot, les cartes à jouer (oui oui). Mais qu'est-ce qu'on a rigolé. 

Ptêt qu'au fond y'a rien à expliquer. Mais ça m'a fait un article quand même.

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05 mars 2008

Rentrée prometteuse

postit_rentreeUne personne normale est fatiguée à la rentrée. Elle a passé deux semaines à se lever tard, se coucher tard, glander devant la télé, bloguer, manger, boire des coups, faire du shopping, téléphoner, balader sa twingo. Enfin j'parle pour moi surtout. Parce que pfiou qu'est-ce que c'était crevant le retour au collège. Mais bizarrement, les collégiens ils sont pas fatigués, eux. Pourtant ils sont tout petits, leurs batteries devraient se décharger plus vite non ? Ben non. En plus y'en a plein qui ont été skier, alors ils sont bronzés à mort, je suis trop jalouse. Mais quand même, j'avoue que j'étais contente de retourner bosser, parce que j'avais carrément plus rien à raconter ici, j'en étais arrivée à étaler ma vie, j'vous dis pas le travail. Enfin quand je dis contente, c'est relatif hein.

Bref dur retour au collège donc. Et personne, non personne, ne m'a épargnée. Pas même les profs.

- Hé Eluise ! Alors c'est bientôt l'agreg' ! Prête ? Bossé pendant les vacances ?

- Hé. Oui. Non. Non.

Ni les collègues.

- Et si on faisait du classement ?

- C'est ça oui.

Encore moins les élèves. Bilan personnel du premier jour de rentrée : quatre heures de retenues distribuées et un rapport d'incident rédigé qui a donné suite à un avertissement. Parce que bon, qu'on me demande si je suis gothique parce que je porte mon vernis à ongles Moonless Night, passe encore. Mais qu'on me traite de "pompeuse" (tape "pompeuse" dans Google tu vas voir ce qui sort...) ça passe moins. Et oui, j'ai été attaquée par un "Ouah la pompeuse". Nan mais vous vous rendez compte ? Le CPE, lui, il s'est pas rendu compte.

- Mais c'est quoi une "pompeuse" ?

- Bah c'est... C'est... Une fille qui... Une suc... Une... Enfin vous voyez... Une fille qui fait des...

- Ah... AH ! Argh ! AAAAH !

Le CPE, il est formidable, mais il a du mal avec le langage djeun.

A tout ça vous ajoutez que j'ai dit un truc horrible à un élève, pour lequel je me donne 100 coups de fouets tous les soirs.

- Mais t'as été élevé avec les cochons ou quoi ? (j'vous jure qu'il faisait que m'embêter).

Sauf que : 1. Je voulais lui dire qu'on n'a pas élevé les cochons ensemble mais en même temps je me demandais où il avait été élevé çui-là, et hop, j'ai fait un mix. 2. Le gamin est musulman alors il m'a fait tout un foin avec les cochons, et comment elle me parle celle-là.

Une journée qui aurait pu être toute pourrie.

Sauf.

Sauf que ma collègue enceinte va être remplacée. Par deux personnes. Deux. Des garçons. Deux garçons. Oui. Oui. Voilà comment illuminer ma journée !

- Eh sinon m'sieur CPE ils font quoi les nouveaux... Ils sont beaux étudiants ?

- Euh, je sais plus trop... Le grand, il m'a parlé de fac de sport....

Un grand en fac de sport ? Ca me va !

Ne nous emballons pas. J'vous tiens au courant.

Vous croyez que j'explose mes stats avec la récurrence du mot "pompeuse" ? (hop encore un coup pour voir).

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25 janvier 2008

Le chouchou d'la pionne

J'avoue, j'ai des chouchous. Pas beaucoup parce que je suis pas une fille sympa, mais voilà, Gomi, c'est mon chouchou. Gomi est en 5e, il arrive de Tchétchénie et de temps en temps il me raconte un peu sa vie d'avant et de maintenant, et souvent ça m'fait tout drôle parce qu'il me parle de bombes qui l'ont rendu sourd d'une oreille ou de comment il est arrivé en France y'a pas si longtemps. Moi mes problèmes sont plutôt liés à la relation de ma carte bleue avec les magasins ou à la situation de mes cheveux après la pluie, alors j'me sens un peu bizarre quand j'entends tout ça. Et du coup je chouchoute Gomi parce que je voudrais presque qu'il fasse du bruit et qu'il m'emmerde un peu en perm', ça me ferait moins bizarre. Parce que Gomi il est souvent tout seul. Il aimerait bien avoir des copains avec qui se battre et échanger des jeux vidéos, mais va savoir pourquoi, ça marche pas des masses. Mais Gomi au fond il s'en fout. Il zone dans la cour, les mains dans les poches, il sourit, il a l'air content. Il mange tout seul à la cantine. Ca va toujours bien. Parfois il fait des conneries, alors je suis obligée de l'engueuler. Une fois il a pleuré. Ca aussi ça m'a fait tout bizarre. Alors je le protège mais pas trop, parce que si ça se savait qu'il est mon chouchou, j'vous dis pas le bordel, il serait grillé dans tout le collège.

zorroEt puis récemment j'ai compris que lui aussi il me protégeait, et ça m'a encore fait tout bizarre. J'engueulais tranquillou Julien qui filait des coups de pieds à tout le monde, et évidemment il écoutait rien, alors moi je montais le volume, je commençais à me péter la voix et le cerveau et il écoutait toujours rien et c'est Gomi qui m'a sauvée :

- Mais Julien arrête putain !

Et Gomi il m'a regardée comme moi je le regarde. Les yeux par-dessus ses petites lunettes, l'air sérieux, la casquette un peu de travers, les poings serrés. Julien a arrêté son bordel, il est resté un peu con sur ce coup-là, et il est parti. Gomi m'a fait un ptit sourire, le même que celui que je lui fais moi quand je le vois tout seul devant ses pâtes au beurre, et il est reparti zoner, les mains dans le dos.

Je crois que je suis sa chouchoute. 

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22 janvier 2008

Incohérence

fr_resPaul et Julien sont frères, le premier est en 4e, le deuxième en 6e. Les parents sont médecins, l'un est même prof à la fac. Ils habitent les quartiers chics. Ils portent toujours les vêtements qu'il faut, à la mode, avec des marques partout. Ils sont propres, leurs ongles sont bien coupés, leurs cheveux aussi. Ils ont chacun un téléphone portable dernier cri, un bidule avec un stylet. Leurs baskets, elles courent vite. Ils ont de bonnes notes. Le carnet de liaison est toujours bien signé. Les parents viennent aux réunions parents-profs. Les absences sont bien justifiées. Du bon boulot quoi.

Et pourtant je n'ai jamais vu des gamins aussi insupportables. Ils ne savent pas parler sans HURLER. Ils ne cessent de frapper, étrangler, emmerder leurs copains. Ils répondent insolemment aux profs. Ils trichent. Ils se moquent du monde. Ils sont mal élevés. Ils mangent comme des cochons. Ils balancent des bouts de pain sur les filles. Ils insultent tout le monde. Ils se prennent pour les rois du collège. Ils n'arrêtent pas une seconde leurs conneries. Ils sont dans tous les mauvais coups. De vrais chieurs. Tous les deux.

Moi y'a vraiment des choses que j'pige pas.

Posté par Eluise à 20:37 - Elèves - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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