28 juin 2008
L'emmerdeuse qui s'emmerde
Au lycée, on fait plus rien. Ben oui, ya plus d'élèves, bac oblige.
Et un pion sans élèves, ça sert à quoi ? A rien. Certes, certains pions sont affectés au "service bac" et ont du boulot, mais nous autres, affectés à rien du tout, qu'est-ce qu'on s'ennuie. Parce qu'on nous fait venir, pour la forme, mais on n'a rien à faire.
En général, on se retrouve coincé dans le bureau, tout seul ou avec un compagnon d'infortune. Quand j'ai de la chance, je suis toute seule, je peux passer la journée à lire des blogs et à jouer à Questions Pour un Champion sur Internet. Quand j'ai pas de chance, je suis obligée de faire la conversation au collègue. Parce que, comme de par hasard, je me retrouve toujours avec les collègues pas rigolos, je me farcis que les chiants, quoique, je me plains mais pour l'instant j'ai échappé au tête-à-tête avec Sam. Croisons les doigts pour que ça dure.
La dernière fois, j'arrive au bureau et fébrilement, je regarde le tableau des services, tiens je vais passer l'aprem avec Zora, elle est un peu chiante mais bon, c'est toujours mieux que Sam-qui-pue.
Zora débarque quelques minutes plus tard, je ferme toutes mes fenêtres de blogs et on se met à causer soldes, décès de ma carte bleue, mariage, à critiquer les collègues, à bidouiller des trucs sur l'ordi, tout cela de façon rémunérée rappelons-le.
Au bout d'une heure, un prof débarque avec une imprimante dans les bras :
- Bonjour les filles, je viens vous installer une nouvelle imprimante, plus rapide et...
- On vous remercie mais la nôtre fonctionne très bien !
Je regarde Zora en lui faisant les gros yeux. Elle a l'air top cette nouvelle imprimante, surtout comparée à celle qu'on a actuellement qui imprime une page à l'heure. Mais Zora vire le prof, nan nan, merci vraiment, c'est pas la peine.
Le prof s'en va, le pauvre, il était plein de bonne volonté et puis cette si belle imprimante...
On reprend nos activités. On cause vacances, salaires, maquillage, bijoux.
Une autre prof entre dans le bureau, avec à nouveau cette imprimante entre les mains :
- Bonjour les filles, je viens vous installer une nouvelle imprimante, plus rapide et...
- Ecoutez, on vient de nous envoyer quelqu'un mais on n'en veut pas nous de cette imprimante !
- Ben c'est le CPE qui m'a dit qu'il vous la fallait, moi on me dit ça alors moi je fais hein !
Je ne peux me résoudre à voir un autre prof se faire virer par Zora. Non, désormais je me pose en défenderesse des profs, après tout j'vais bientôt entrer dans le club :
- Y'a pas de soucis, venez on va l'installer...
La prof et moi, on se met à plat ventre sous le bureau pour débrancher le bazar, on se prend la poussière dans les cheveux, on se demande comment fonctionne le réseau, 'tain quel bordel.
- Euh, vous en avez pour longtemps là ? Parce que moi j'ai besoin de l'imprimante en fait...
Qund je vous disais que Zora était chiante. Mais la prof est bien sympa :
- Bah avec ce matos-là, ça peut prendre dix minutes comme deux heures donc euh...
- Parce que moi j'ai un truc important à imprimer.
- Ecoutez Zora, y'a pas de souci, c'est loin d'être urgent cette installation d'imprimante donc si vous voulez je reviens plus tard.
- Ah bah je veux bien parce que bon ce que je dois faire est important hein.
Vraiment sympa cette prof, qui s'en va en sautillant. Décidemment, l'absence d'élèves est bénéfique au prof.
Moi, je soupire, je grogne, je rebranche tout, la tête derrière le bureau. Je ressors rouge, décoiffée, haletante.
- Tiens Zora, j'ai tout remis en place, tu peux imprimer.
- Mais j'ai rien à imprimer.
- C'est une blague ? Tu viens de dire que...
- J'ai dit ça pour qu'elle s'en aille, j'avais envie qu'on soit tranquille pour discuter, là ça nous aurait fait du boulot, on laisse ça aux autres. Alors tu disais, t'as acheté une bague en forme de coeur ?
- What the fuck !!!
25 juin 2008
Quand le destin s'en mêle...
Aujourd'hui c'était le premier jour des soldes, et comme toute fille ou presque, c'est-à-dire possédant le gène du shopping et étant un brin maso, je suis allée faire les magasins.
La bonne idée.
Il doit faire 50° degrés dehors.
Et à l'intérieur aussi.
Avec les copines, on a été bien déçues. Innocentes que nous sommes, on s'imaginait que les soldes, c'était quand les commerçants faisaient des prix raisonnables, et qu'on pouvait même faire des affaires.
On est connes hein.
Et puis ces hordes de filles déchaînées, ça fait flipper. Elles te poussent, te bousculent, te doublent à la cabine d'essayage, non mais oh, ça va ce bordel oui.
Et puis ce qui fait peur c'est surtout que ces filles portent du 34. Pour de vrai.
- Oh zuuuut, ils ont que du 36 !
Ajoute à cela la pollution olfactive due à l'excès de parfum et une envie de meurtre naît soudainement.
Mais bon, quand on est mordue de shopping, on supporte. La chaleur, les odeurs, les bousculades, l'énervement. On supporte. Parce qu'on espère dénicher des affaires en or, parce que claquer notre paie en fringues et chaussures, nous, on aime ça.
On supporte même les bandes de collégiennes qui te font des coucous et regardent les fringues que tu as dans les mains. T'as beau cacher le slip Hello Kitty, trop tard, ta réputation est faite. Tu portes des slips Hello Kitty.
Et en fin de journée, ô bonheur.
The pantalon, celui qui est beau, qui te fait belle comme une déesse, qui coûte rien du tout, celui que tu attendais, un peu le prince charmant du pantalon. Pour la peine, j'en prends deux. Et je fais même un sourire à la caissière. Je lui tends ma carte bancaire en trépignant, vite vite, je veux mes pantalons.
- Désolée Mademoiselle, ça marque "Carte muette".
- Tss tss, pas d'excuse. Réessayez.
- Suspense... Non toujours muette...
- Mais qu'est-ce qui lui prend à cette conne ? D'habitude elle sait la ramener cette foutue carte ! Essayez encore !
- Suspense... Non.
- Donnez-moi ça, je vais la frotter, là sur ma jupe, là sous ma godasse, un peu sur le beau pantalon aussi... Allez-y on retente.
- Mhhhh... Non !
- Putaaaaain. Bon, vous ne bougez pas, je vais retirer des espèces.
Je sors presque en courant du magasin, je me précipite sur un distributeur.
En raison d'un incident technique, nous ne pouvons bla bla bla.
Le destin j'vous dis. Le destin qui, assez peu subtilement, m'annonce que j'ai claqué suffisament d'argent pour aujourd'hui.
- Et sinon, les pantalons, vous me les mettez de côté ?
Image : http://blog4.lemondeinformatique.fr/le_blog_des_cybriens/2006/01/premier_jours_d.html
23 juin 2008
Combat de poulettes
Aujourd'hui j'ai fait un voyage dans le temps, direction période du collège, adolescence revival en gros. C'est pas là que se situent mes meilleurs souvenirs, mais bon, parfois on doit y retourner, c'est comme la visite annuelle chez le dentiste, on n'y échappe pas, mais bon, moi j'ai de la chance, mon dentiste il est plutôt sympa donc ça va.
Quand j'étais au collège, j'avais ma bande de copines, parce que comme on dit, les mecs, les mecs, les mecs ils sont tous nuls. Et avec les copines, c'était à la vie à la mort, on parlait de trucs de ouf genre comment camoufler ses boutons, combien t'as payé tes Doc Martens, tu crois que Nico il est amoureux de moi, les profs c'est tous des connards. Remarquez, ça n'a pas trop changé en fait.
Et les collégiennes d'aujourd'hui, elles sont à peu de choses près identiques. Je parle des collégiennes normales, pas celles qui portent des strings, des slims, des piercings, j'étais pas comme ça, qu'est-ce que vous allez imaginer. Mes copines et moi, on était les intellos du collège d'ailleurs. Ca m'a pas menée bien loin remarquez, enfin, bon, ça m'a menée sur ce blog quoi.
Et donc aujourd'hui j'ai constaté combien :
1. les collégiennes de maintenant ont les mêmes problèmes que celles d'avant.
2. tes problèmes de collégiennes persistent même quand tu as 23 ans.
Avec Emilie, on surveillait la cour en mode été, c'est-à-dire assises sur le banc qui nous est dorénavant attitré. On était entourées de notre cour royale, ces quelques élèves qui nous kiffent à mort et nous suivent partout. On les aime bien mais bon on est limitées niveau débit de conneries quand ils sont là. On se disait donc des trucs pourris, genre qu'il faisait vachement chaud quand même. C'est à ce moment que mon oeil de lynx a été attiré par une certaine agitation dans un coin de la cour.
Dans ce coin, j'ai noté la présence d'une Mini 6e, entourée de trois grandes 4e Rockeuses dont la sollicitude était fort suspecte. Elles lui frottaient le bras, lui parlaient comme à une nunuche, et Mini 6e avait l'air de pleurer. Mais de loin, j'voyais que dalle, même en plissant les yeux à mort.
C'est toute la problématique du pion qui se veut de folie : interviens-je ou pas ? La ramener dans les affaires de tout le monde mais pas trop quand même, telle est la mission du pion de folie.
Mais Mini 6e semblait vraiment tristounette.
- Emilie, t'as vu, y'a du grabuge là-bas.
- Ah ouais.
- Eh eh si vous voulez on va voir, nous !
Ils sont prêts à tout nos fans.
- Naaaan c'est bon, j'y vais, zêtes fous ou quoi.
Effectivement, en arrivant, j'ai constaté que Mini 6e pleurait et que les 4e Rockeuses la consolaient :
- Mais pleure pas !
- C'est qu'une connasse !
- En tous cas j'adore ton jean !
Qu'est-ce qu'elles sont efficaces les 4e Rockeuses. Dire que j'ai failli débarquer et les engueuler, rah la boulette.
- Allez les filles, zêtes gentilles mais j'prends le relais.
Les 4e se sont éloignées mais pas trop, on sait jamais, il pourrait y avoir encore des larmes, de la morve, voire de la bagarre, ce serait con de louper ça.
- Bah alors Mini 6e, qu'est-ce que t'as ?
- C'est Rosie snif, snif... On s'est... On s'est... Disputées...
Je me téléporte à l'autre bout de la cour et je ramène Rosie. Suivie par tout un tas de collégiens qui s'attendaient à assister à une baston. Laissons les filles s'expliquer.
- Mais m'dame c'est la faute à Mini 6e ! Elle a traité ma mère !
- Nan c'est pas vrai !
- Si !
- Nan !
- Si, on me l'a dit !
- Ouin ouin snif.
Je suis une piètre médiatrice. Mais je me refuse à perdre mon titre de pionne de folie.
- Bon les filles, on n'avance pas des masses là. Vous êtes super méga copines alors...
- Nan, c'est plus ma copine, elle a traité ma mère !
- Rosie, t'y mets pas vraiment du tien là...
- Ouiiiiin...
- Mini 6e, non ! Non, pas les larmes !
- Tu vois, Mini 6e elle est chiante, elle fait que pleurer et faire la gueule !
- Rosie, je te trouve bien dure avec ta copine...
- C'est pas ma copine, elle a traité ma mère !
Piètre médiatrice, voyez-vous.
J'ai donc décidé de mettre momentanément fin aux accords de paix en éloignant les belligérantes. Chacune à un bout de la cour et puis voilà, démerdez-vous, si vous êtes plus copines ben vous vous parlez plus et voilà.
Sauf que Mini 6e n'arrêtait plus de renifler et sanglotait sévèrement. Un mouchoir, un verre d'eau, une chaise dans un couloir et c'était parti pour les hoquets.
- Bon Mini 6e, tu restes ici, tu te remets, moi j'ai une cour à surveiller hein... Tu viens me voir si ça va pas...
Je pensais en avoir fini avec les 6e Minipouss mais non. Rosie est revenue à la charge, finalement, ça lui faisait sacrément de peine de voir sa copine pleurer.
- J'voudrais voir Mini 6e...
- Ok Rosie mais tu fais un effort alors ?
- Ouais ouais !
Nous revoilà en position de médiation.
- Alors moi j'en ai marre de toi Mini 6e parce que tu fais tout le temps la gueule et t'es jalouse de mon amoureux !
- Mais Rosie, Mini 6e est comme ça parce qu'elle tient à toi... Quant à toi Mini 6e, il faut que tu lâches un peu Rosie parce qu'elle va vraiment en avoir marre de toi...
Et là, je sais pas ce qui m'a pris, je me suis lancée dans un grand discours sur les similitudes entre les relations amicales et les relations amoureuses, sur l'importance de la meilleure amie à la période adolescente, sur les problèmes engendrés par ladite période adolescente, sur les efforts indispensables dans toute relation humaine et...
Les 6e me regardaient avec des yeux ronds.
- Euuh. Ouais bon en fait vous êtes pas trop concernées pas vrai ? Mouais. J'dis des conneries hein ?
Silence attéré des 6e. Rah le coup de vieux dans ma tronche.
- Bon on reprend... Mini 6e, t'es très attachée à Rosie, c'est ta copine. Mais t'aimes pas qu'elle te laisse tomber pour l'amoureux... Et toi, Rosie, ça te saoûle, parce que tu l'aimes bien quand même, Mini 6e... Ben... Quand vous aurez 23 ans, ce sera toujours la même chose alors commencez à vous y faire, voilà.
Deux heures après, elles jouaient à nouveau au loup glacé dans la cour. Finalement, la prochaine fois, je laisserai les 6e se démerder.
15 juin 2008
Eluisementaire mon cher Watson, le procès
Mon histoire avec Claude a déchaîné des passions, déclenché une impatience inédite. Moi qui pensais n'intéresser que quatre lecteurs avec mes aventures du fond des chiottes, j'ai été submergée par une vague de curieux. C'est ça l'avantage de lire quelqu'un qui est encore vivant : y'a toujours une suite à l'histoire.
On en était donc au moment où Proviseur Foufou révélait que lui aussi fréquentait les toilettes et témoignait fermement de la présence de Claude dans lesdits toilettes au moment du crime. Vous appreniez également que Claude avait avoué le lendemain des événements, mais vous n'en saviez pas plus et moi non plus d'ailleurs. Pourquoi ? Parce que cela m'était rapporté par Olivier, qui tenait lui-même l'information de CPE Formidable. Et les hommes, c'est bien connu, ça sait pas raconter les histoires. Une femme, ça te met du détail, du suspens, de l'action. Un homme, c'est pragmatique, ça va directement à l'information demandée. C'est d'un triste.
Le vendredi, donc, je faisais mon retour gagnant au collège. Mais je me posais pas trop en winneuse, j'avais vaguement peur de me faire casser la gueule par un Claude quelque peu agacé par son récent passage chez Grand Proviseur.
Fort heureusement, Proviseur Foufou m'a placée sous sa haute protection dès mon arrivée :
- Bon, Eluise, vous ne retournez pas travailler avec Claude tant qu'on ne se sera pas expliqués tous ensemble. J'exigerai des excuses de sa part.
- Ben j'fais quoi en attendant ?
- Vous nous attendez dans le couloir.
Génial. J'ai donc passé près d'une heure dans le couloir. Au début c'était rigolo, je regardais les gens travailler, je me faisais les ongles. Puis j'ai commencé à m'ennuyer sérieusement. Finalement, je suis allée supplier la secrétaire de me donner quelque chose à faire.
Lorsque Proviseur Foufou, CPE Formidable et Claude ont enfin débarqué, ils m'ont cherchée partout et m'ont finalement trouvée en train de trier des papiers en rigolant avec Patou la secrétaire. Ca correspondait pas trop à mon rôle de victime mais bon. Je me suis vite reprise. Faut dire que la tête à Claude y était pour beaucoup.
Proviseur Foufou : Bon, Eluise, nous avons déjà discuté avec Claude, il a avoué être l'auteur du billet retrouvé dans les toilettes. Claude, vous vous rendez compte à présent que ces insultes sont graves ?
Claude : Attendez M'sieur Foufou, nous au foot, on s'insulte souvent !
CPE Formidable : Mais Claude, ne comparez pas votre club de foot à vos relations avec vos collègues ! Ca n'a rien à voir !
Claude : Vous savez, avant j'ai travaillé avec des gamins de ZEP, ben j'me faisais insulter tous les jours ! Les insultes, c'est pas grave !
Proviseur Foufou : Mais Claude, vous le faites exprès ou bien ?
A ce moment-là, passée mon envie de rire, j'avais un peu pitié de Claude.
Moi : Bref. Toujours est-il que j'aimerais bien savoir ce que je t'ai fait et pourquoi ces menaces...
Claude : C'était pas des menaces !
Moi : J'aurai ta peau, c'était une déclaration d'amour ?
Claude : Mais naaaaan ! En fait j'écrivais un slam ! C'est ce qu'on faisait faire aux gamins de la ZEP !
Moi : Un slam dans la cuvette des chiottes ???
Claude : Ouais, si t'avais lu l'arrière du papier, ça continuait...
Moi : Euh, l'avant m'a suffit hein !
Proviseur Foufou : Vous auriez pu tirer la chasse Claude !
Il est quand même marrant Proviseur Foufou.
CPE Formidable : Bon, et pourquoi tant de haine, Claude ?
Claude : Bah c'est à cause de la réunion de la dernière fois...
Flashback : réunion de pions avec CPE Formidable qui rappelle que tout le monde doit bosser. Claude y va de sa blague :
- Moi j'ai une petite santé, je laisse faire les femmes !
Face à une telle perche tendue, ma réponse fusa :
- Ouaip, on avait remarqué.
Fin du flashback.
Claude : ... si t'avais quelque chose à me dire, fallait pas attendre d'être devant CPE Formidable, c'est pas honnête, tu m'as cassé devant tout le monde...
Moi : What the fuck ??? C'était une blague qui répondait à ta blague...
Claude : C'est ça ouais.
CPE Formidable : Sérieusement, Claude, j'étais là et effectivement, c'était une blague !
Claude : Chacun pense ce qu'il veut.
Nous autres étions considérablement atterés.
Moi : Mais Claude, si t'avais quelque chose à me dire, tu pouvais quand même venir en parler avec moi...
Proviseur Foufou : Toujours est-il Claude, que je souhaite que vous fassiez vos excuses à Eluise qui a vraiment eu peur.
Claude : Peur ? Mais t'as pas à avoir peur ! Si j'avais voulu m'expliquer avec toi et te faire peur, je t'aurais dit viens à cinq heures à la grille on va discuter...
CPE Formidable : Excusez-moi Claude, mais vous vous exprimez comme un voyou !
Claude : Un voyou ??
Proviseur Foufou : Oui, un voyou, parfaitement ! Et vous allez au devant de graves ennuis dans votre vie si vous continuez à agir ainsi ! Alors maintenant, excusez-vous, qu'on puisse reprendre des relations de travail saines...
Claude : Bah moi j'veux bien m'excuser mais...
CPE Formidable : Mais zut alors, vous travaillez ensemble six heures par semaine et vous n'êtes pas fichus de vous supporter ?
Claude et moi on a souri on s'est regardés, il s'est excusé, je l'ai absolu et c'était fini.
Edit de 20h052 : Putain la honte. Je l'ai absous (c'est ça ?). Absolu c'était plus joli quand même.
13 juin 2008
Artiversaire
Aujourd'hui, nous fêtons le 100e message du blog.
Et j'ai bien cru que tout le collège me faisait la fête !
Steph' avait apporté des madeleines au bureau, j'étais toute contente, c'était un peu ma madeleine d'anniversaire, pour peu j'y aurais foutu une bougie. Mais y'en a toujours qui viennent me gâcher les ptits plaisirs de la vie :
- Madame faut pas manger entre les repas !
- Qu'est-ce chroupf tu dis, cromf ?
- Et ben grignoter entre les repas ça fait grossir !
J'vous disais, le plaisir était gâché.
- Glump...Mais je grignote pas... C'est mon goûter !
- N'empêche... C'est comme ça qu'on chope des grosses fesses sur la plage !
Pour la peine, j'ai remangé une madeleine.
Puis ce fut au tour des élèves de me fêter.
Pendant la récré, Steph' et moi, on faisait une surveillance panoramique. Ca veut dire qu'on se met au milieu de la cour, on papote, et si y'en a un qui fait une connerie, même à l'autre bout de la cour, on crie vachement fort. Déploiement diamétral d'autorité. C'est mathématique.
- Ehhh les garçons vous rentrez pas dans les chiottes des filles siouplé !
Et là, surprise. les garçons ont reculé. D'eux-mêmes. Sans que j'ai à opérer de déplacement transversal, à secouer des bras, à donner des tapes, à supplier, crier, parlementer.
- Putain Steph' t'as vu ça ?
- Dingue.
Et une élève qui nous collait les basques me sort :
- Ben normal, on sait qu'avec toi, on a intérêt à obéir parce que ça rigole pas sinon.
Touchée en plein coeur. Une véritable déclaration d'amour !
Je suis devenue rouge, j'ai bafouillé, j'étais tellement émue.
- Oh... C'est vrai ?
- Ouais.
- Mais... Vous m'aimez bien quand même hein ouais ?
- Ouais, t'inquiète !
C'est vraiment un beau cadeau je trouve.
En ce qui concerne la suite de l'affaire avec Claude, y'a du nouveau. De l'aveu, de la mauvaise foi, de l'insulte et des excuses sont au programme. Je me tâte encore, je fais un article ou pas, ça devient long cette affaire, et puis le plus drôle est passé ou presque...
Alors j'vous propose un truc. Si vraiment ça vous passionne, vous vous inscrivez à la newsletter et je vous raconte tout ça ce week-end, direct dans vos boîtes mail (vous avez la possibilité de vous inscrire en anonyme, on sait jamais, au cas où l'idée me prendrait de vous harceler...). Bon si vous êtes 800000, je publie sur le blog, pas d'inquiétude.
Si vous arrivez après la guerre, pas de souci, laissez un commentaire et je vous renvoie le message.
Ca roule ?
Edit de 21h10 : bon visiblement les aveux de Claude déchaînent les passions. Allez je publie ce week-end, sur le blog !
11 juin 2008
Eluisementaire mon cher Watson, la suite
Hier, vous appreniez que j'étais l'innocente victime d'un odieux message anonyme visant à me faire comprendre que telle Roger Rabbit, j'étais la cible d'une personne mal intentionnée.
Les hypothèses sont allées bon train dans les commentaires et à ma grande surprise, personne n'a trouvé le coupable. Vous êtes nuls au Cluedo nan ?
Aujourd'hui, la suite de cette enquête passionnante.
Après avoir analysé la situation, sillonné le terrain, interrogé les témoins, je n'avais rien. Mais une idée commençait à germer dans mon esprit.
Qui savait que j'allais me rendre aux toilettes à cet instant précis ? Qui me déteste et aurait donc un mobile ? Qui ai-je croisé dans le couloir en me rendant aux toilettes ? Tout s'emboîte, s'explique...
Un nom s'impose à mon esprit.
Non. Pas possible. Ce serait de la folie.
Et pourtant.
Non.
Je secoue la tête, je tente de chasser cette idée malsaine.
L'enquête est dans une impasse. Il faut que je m'adresse aux autorités compétentes.
- Bonjour Proviseur Foufou, j'ai un souci.
Je lui narre les faits, ainsi que mes premières conclusions, celles qui me poussent à penser qu'il s'agit d'un adulte. Je tais mes soupçons, présomption d'innocence oblige, j'suis pas comme ça. C'est surtout que je veux pas passer pour une connasse qui dénonce mes collègues. Enfin, pas encore une fois.
- Mais Eluise, je sais de qui il s'agit.
- Vous Proviseur Foufou ? Mais vous êtes formidable ! Comment faites-vous ? Vite, dites-moi !
- C'est Claude.
Claude, mon suspect numéro 1.
Claude, mon collègue.
Je n'aurais jamais cru que Proviseur Foufou et moi puissions être sur la même longueur d'ondes. Ni qu'un collègue veuille me faire la peau.
- Mais Proviseur Foufou, quelles sont vos preuves ?
- J'étais moi-même aux toilettes juste avant vous. Et Claude y était aussi. J'ai d'ailleurs noté qu'il y passait un temps considérable, bien supérieur à la normale, au point de me demander ce que diable il pouvait bien y faire.
Proviseur Foufou et moi sommes presques intimes en ce qui concerne nos aventures aux toilettes, notons-le. Lui aussi, c'est un enquêteur de folie.
- Vous savez, Proviseur Foufou, cette idée m'a effleuré l'esprit mais quand même, Claude ! C'est incroyable !
- Ah ça oui ! Il est fou !
C'est là que j'ai commencé à trembler et à avoir vraiment la trouille. Pour de vrai. Faut quand même être sacrément barré pour foutre des menaces au fond d'une cuvette de chiottes.
Mais heureusement, le reste de mon équipe est formidable. Proviseur Foufou a pris les choses en main et aujourd'hui, on m'a dit que Claude avait avoué, face à la pression de Proviseur Foufou, de CPE Formidable et de Grand Proviseur.
Le mobile ? Toujours inconnu.
Si Claude ne m'a pas cassé la gueule entre temps, j'vous tiens au courant. Enfin, si je retrouve le chemin du collège.
10 juin 2008
Eluisementaire mon cher Watson
Attention : cet article est réservé à un public averti.
Cette semaine au collège, j'ai mené l'enquête.
Faut savoir que je suis vachement forte pour les enquêtes. Demandez à mes ex. Demandez aux élèves. Tous ont pu apprécier mon sens inné du furetage, du bluff, de la fouille et des déductions.
Mon enquête a commencé il y a quelques jours, lorsque j'ai commencé à recevoir des coups de fils anonymes sur mon portable. D'abord j'ai cru que c'était un beau mec qui essayait de me draguer mais mourait de timidité à chaque fois que je faisais allô, tellement ma voix est sensuelle au téléphone. Mais rapidement, j'me suis dit que non, ça devait pas être ça, l'intuition mes amis, l'intuition. Et puis le sens des réalités aussi... (sic).
J'ai donc soupçonné un être malveillant. Mais qui ? Il est difficile d'enquêter sur pareil cas.
J'avais donc lâché l'affaire de l'enquête des coups de téléphone anonymes. Provisoirement.
L'enquête a pourtant redémarré d'elle-même, comme dans les séries quand ça piétine et qu'un témoin vient dire un truc qu'il avait oublié de raconter au tout début, paf ça fait un déclencheur et l'enquête repart.
L'enquête a donc redémarré. Dans les toilettes du collège. Les toilettes des profs.
Mise en situation avant l'arrivée de l'élément perturbateur :
La permanence. Emilie, Claude, moi, quelques élèves.
Eluise, 17h45 :
- 'Tain j'ai envie de pisser.
Eluise 17h47 :
- Bordel ça presse.
Eluise 17h50 :
- Ouh putain, faut vraiment que j'y aille.
Emilie 17h51 :
- Mais va aux chiottes bordel !
Déplacement dans les toilettes. Arrivée sur les lieux du crime.
Le lieu du crime :
Le fond de la cuvette.
- Tiens un papier avec un mot, au fond de la cuvette !
L'objet du délit :
Je me penche pour lire le mot, écrit sur de l'essuie-main, mais tout mouillé puisqu'il trempe dans l'eau des toilettes. Et oui c'est ça d'être curieuse, on se retrouve la tête dans une cuvette de chiottes pour lire des bouts de papier.
Eluise, salope, j'aurai ta peau, vieille pute.
Bordel, c'est pas sympa ça.
Mais l'envie de pisser prime sur l'enquête.
Je pisse sur le mot.
Et en pissant, je commence à mener l'enquête. Je suis gérondive, je sais.
Hypothèse numéro 1 :
Ce doit être un élève qui a écrit ce mot, il l'a balancé au sol, un prof l'a ramassé dans le couloir et l'a mis dans la cuvette.
Element perturbateur de l'hypothèse numéro 1 :
Pourquoi le mot est-il écrit sur un papier qu'on ne trouve que dans les toilettes des profs, auxquels les élèves n'ont pas accès ? Pourquoi le mot était-il bien étendu, bien lisible dans la cuvette, et non pas chiffonné en boule ? Pourquoi n'y a-t-il pas de fautes d'orthographe ? Pourquoi l'écriture est-elle si régulière ?
J'ai fini de pisser. Sur le mot. Je tire la chasse. Tant pis pour les preuves. Et puis ça me fait un peu plaisir de pisser sur ça.
Je sors des toilettes et l'enquête de terrain commence.
Les témoins :
Dans le couloir : la secrétaire.
- Dis, t'aurais pas vu un élève entrer dans les toilettes par hasard ?
- Ah nan !
- Et un prof ?
- Un élève, ça aurait attiré mon attention mais je t'avoue que je fais pas gaffe aux profs qui vont aux toilettes...
Hum.
Dans la salle des profs : rapide coup d'oeil. Personne.
Hum.
Mais qui ?
Eluise mène l'enquête, la suite au prochain épisode... ou pas.
07 juin 2008
Dédée & Cie versus Eluise & Cie
Aujourd'hui avec ma copine Dédée on s'est posé une grande question scolaro-existentielle à tendance sociologique.
Déjà faut que vous sachiez que Dédée elle est pionne au collège qui est situé presque juste en face du mien, et les gamins de son collège, comme les miens, mangent au lycée à midi, et c'est comme ça qu'on est devenues copines elle et moi. Oui je sais, c'est un chouilla compliqué. Donc avec Dédée on mangeait à la cantine et on causait fringues et chaussures, pour changer. Puis on sait pas comment, on s'est mises à parler pédagogie et claques. C'est là que Sam-qui-pue-mais-moins-que-d'habitude-surtout-depuis-qu'il-met-du-déo a dit :
- Mais quand même Dédée, tes gamins, ce sont des cas.
Dédée, elle est comme moi. Une pionne de folie. Et elle aime pas qu'on insulte ses protégés.
- Comment ça des "cas" ?
- Ben des cas sociaux quoi.
Dédée, elle a vu rouge. Déjà qu'elle l'aime pas, Sam.
- Des cas sociaux ? Mais qu'est-ce que t'en sais ?
- Ben j'vois bien ! Les gamins d'Eluise, ils sont mieux habillés, ils sont moins bruyants...
- Attends tu rigoles, t'as vu Julien des 6e Déchaînés ? Les élèves d'Eluise sont pas mieux.
Moi j'avais quand même rien demandé alors je leur ai fait remarquer :
- Eh moi j'ai rien demandé. Et puis bon c'est difficile de comparer les deux collèges...
En effet.
Le collège de Dédée recrute ses élèves sur un secteur dit "sensible". Le mien comporte une zone de recrutement dite "privilégiée".
Le collège de Dédée a une classe pour les primo-arrivants. Mon collège enseigne une langue "rare" qui permet aux parents malins de demander une dérogation pour y inscrire leurs enfants.
Le collège de Dédée accueille des enfants exclus d'autres collèges. Le mien exclut des élèves.
Les élèves du collège de Dédée sont mal fagotés, bruyants, agités, ils ont souvent un passé du genre foyer/parents en prison. Mes élèves partent en vacances à chaque période de vacances et ont tous le kit lecteur mp3/Playstation/téléphone portable.
Mise en situation dans mon collège. Une élève porte des ballerines sans chaussettes, ça meule sévère dehors :
- Eh dis donc miss, fait froid, tu portes des godasses d'été là !
- Mais c'est pas ma faute c'est la femme de ménage, j'sais pas où elle a rangé mes bottes.
Mise en situation dans le collège de Dédée. Une élève porte des ballerines sans chaussettes, ça meule sévère dehors :
- Eh dis donc miss, fait froid, tu portes des godasses d'été là !
- Ben j'ai que ça.
Voilà. Sam a donc confirmé :
- C'est bien ce que je disais, tes gamins, Dédée, ce sont des cas !
- Je préfère travailler avec mes cas qui me respectent qu'avec les p'tits cons d'Eluise qui en ont rien à foutre de ce qu'on leur dit.
- Eho tu laisses mes p'tits cons d'abord.
Merde alors, je demandais rien moi.
Alors avec Dédée on a lancé un défi afin de répondre à cette fameuse grande question : est-il préférable de travailler avec des gamins dits difficiles ou avec des gamins dits privilégiés ?
Mise en application :
A la cantine, les gamins de Dédée font le bazar. J'interviens :
- Oh les jeunes, vous calmez vot' joie oui ?
- Oui oui m'dame pardon !
Certes, ils continuent leur bazar. Mais leurs yeux brillent, ils s'amusent. Pour peu je rirais avec eux.
A la cantine toujours, mes gamins font le bazar. Dédée intervient :
- Oh les jeunes, vous calmez vot' joie oui ?
- C'est qui celle-là ?
Ils dévisagent Dédée, soupir méprisant, froncement de sourcils. Le bazar continue.
Les faits scientifiques ont parlé.
Alors je réféléchis. Je repense aux fois où des élèves se sont mis à bouder, à me tourner le dos et à refuser de me parler parce qu'ils étaient vexés que je leur remonte les bretelles. Je repense au "T'es qu'une pionne" que j'ai entendu plus d'une fois. Je repense à toutes les emmerdes avec les parents, et pourquoi mon fils il est collé et pas son copain.
C'est vrai que ce sont de sacrés crétins quand ils s'y mettent, mes privilégiés. Mais je les aime bien quand même.
04 juin 2008
Du travail en permanence
Mes presque-vacances anticipées me permettent de pratiquer une de mes activités favorites : voguer sur la blogosphère. Mine de rien, lire des blogs, ça prend un temps fou. D'ailleurs si cette année j'avais passé autant de temps à bosser mon agreg' qu'à lire des blogs, je serais la reine du monde. Au moins.
Après un réveil matinal vers midi, je commence ma balade bloguesque, pendant qu'un morceau de mon cerveau se met à la recherche d'une idée d'article pour mon propre blog. Je vais de lien en lien, je lis un article, j'en commente un autre. Mes clics m'amènent chez Proald, je lis son article Brevet Blanc et paf une idée d'article me tombe dessus : je ne vous ai encore jamais raconté les détails d'une heure de perm' classique. Lisez son article à lui, vous comprendrez le rapport et puis ça lui fera plaisir.
Dans mon collège, l'heure de perm' classique ressemble beaucoup à ce que décrit Proald. En effet, nous avons l'immense malchance, nous, pauvres pions, de ne pas avoir de bureau rien qu'à nous. Donc nous sommes coincés toute la journée dans la perm' avec les élèves, pas d'échappatoire possible, y'a intérêt à avoir les nerfs solides ou alors de bonnes boules Quiès.
Ca sonne. Nous sommes tous dans les couloirs entre deux heures de cours, l'oeil alerte, le bras leste, l'oreille aiguisée. Le but : éviter les claquages de portes dans le nez des copains, les bagarres dans les couloirs, les jets de sacs dans les escaliers, les hurlements intempestifs.
Deuxième sonnerie. On redescend vite en perm'. Les élèves attendent devant la porte ou dans un périmètre d'environ... cinquante mètres. Les pions un poil rigoristes tentent de ranger les élèves devant la salle puis ils les font rentrer mais les placent : séparer les copains, éclater les groupes au maximum, élaborer des stratégies en faisant en sorte que de sa place Momo ne puisse pas communiquer avec Francky. Ca, c'est moi. Les autres pions, les plus crevés, les plus cools, les moins organisés, les plus rigolos, font entrer les élèves en vrac, qui vont aussitôt se masser loin de nous.
Puis on passe cinq minutes à crier plus fort qu'eux :
- On s'assoit, on sort des affaires et on s'occupe !
Cette phrase, je la répète environ mille fois. Puis j'attaque nominativement :
- Francky, tu poses tes fesses, tu te tais, et tu sors des affaires !
- Momo, c'est une salle de travail, on ne reste pas à rien faire et surtout on se tait !
Ca peut durer un quart d'heure. Alors après je passe aux menaces :
- Y'aura pas de récré pour ceux qui font le bazar !
(Je dis ça mais je le fais jamais, ça va pas la tête non, je les vois assez).
- Tout le monde met son carnet de liaison sur la table !
(Efficace trois minutes).
- Je vais vous coller !
(Mes collègues font ça mieux que moi).
- Y'en a qui vont finir au cachot !
(La petite chaise pile devant le bureau de Proviseur Foufou... Ca, c'est efficace, je recommande).
Ensuite il faut vite faire l'appel. Ca peut prendre dix minutes parce que faire l'appel en criant, c'est fatigant. Et puis y'a toujours une merde, un gamin qui répond pas, une combinaison impossible du genre appeler les élèves demi-pensionnaires qui font latin et sont dans le groupe 2 de techno sauf s'il y a vie de classe avant.
Driiiing, le téléphone. Ben oui, pas de bureau donc le téléphone dans la perm'.
- Allo ? Allo ? Je ne vous entends pas ! Ohé les djeunes j'entends rien du tout taisez-vous donc ! Excusez-moi, ah ça y est je vous entends !
Une fois la communication téléphonique finie, il faut tenter de rétablir le silence rompu dans la perm'. Et finir l'appel aussi. J'en étais où ? Je sais plus.
C'est là que débarquent les retardataires ;
- Madame on a raté le bus ! Mais c'est pas de notre faute hein !
Leur carnet de liaison est toujours bien coincé au fond du sac, genre ils mettent une plombe à le sortir de là et paf c'est à nouveau le bordel dans la perm'.
- Eh ! Oh ! Eho ! C'est pas parce que je suis occupée qu'il faut en profiter pour faire le cirque !
- Madame, j'peux aller à l'infirmerie ?
- Nan !
- Mais madame, je vais vomir je crois !
- Quoi ? Une gastro ? Merde ! Sors d'ici ! Et vous, les retardataires, vous montez en cours !
- Madame vous avez pas signé le carnet...
- Ah oui, merde, donne..
C'est là que revient le collègue qui était parti chercher les billets d'absence. Il faut les traiter et c'est pas si facile que ça, faut pas faire de connerie. Mais se concentrer sur les absences et gérer la perm' en même temps, ça relève du défi.
- Alors, celui-là était en cours de 8h à 9h mais plus de 9h à 10h mais on n'a pas le billet de 10h à 11h, je vais appeler CPE Formidable pour voir s'il sait quelque chose... Ah mais si je l'ai le billet... Mais il n'est pas noté dessus... Il serait donc revenu ? Pff je comprends rien.
C'est là que débarquent les exclus de cours.
- Putain, faites chier les gars.
- C'est pas de notre faute Madame !
Il faut les envoyer chez le CPE, s'assurer qu'ils y vont puis à leur retour leur donner du boulot, remplir tous les papiers pour signaler leur exclusion, filer un formulaire de rapport au prof, écrire une lettre aux parents, et...
- Ooooooh vous vous taisez ! Je m'entends plus réfléchir !
Reprendre les billets d'absence. Non les exclusions d'abord. Et puis les retards aussi, faut que je les rentre dans l'ordi. Nan les absences, c'est plus important...
C'est là que débarque CPE Formidable / un prof / Proviseur Foufou :
- Tenez, je vous laisse traiter ces heures de colles. Et puis quand vous aurez une minute y'aura les bulletins à mettre sous enveloppe...
- Pas de souci !
Putaaaaain.
Remplir le formulaire, trouver un créneau horaire, remplir le cahier de colle, photocopier, envoyer aux parents, eh merde j'ai pas photocopié les exclusions, meeeerde les absences j'ai pas fini, mais taisez-vous donc par pité, et les retards, je les ai toujours pas...
Ca sonne. Fin de l'heure.
Et on recommence.
02 juin 2008
Dream Team cauchemardesque
Les 6e Déchaînés, ils sont vraiment graves. Depuis la rentrée, les profs ne cessent de répéter
:
- J'ai jamais vu de tels 6e !
- J'en ai vu des gamins difficiles, mais à côté des 6e Déchaînés, c'était du gâteau.
- Mais ils sont fous !
- Je craque.
- Aidez-moi.
Et effectivement, je crois qu'il leur manque une case à ces 6e.
Pour nous aussi, c'est de l'inédit. D'habitude, le 6e est quelque peu craintif et timide. Avec le temps, il prendra de l'assurance, jusqu'à se la péter en 3e, mais en attendant, il est tout petit et ne fait pas le malin.
Mais pas les 6e Déchaînés. Régulièrement, ils sont exclus de cours, mais pas un par un, non non, le prof exclut toute la Dream Team.
Et aujourd'hui, on a récupéré ladite Team : Chiki, Momo, Francky et Nico.
- Oh putaaaaaain, faites chier les djeuns.
Tel est notre mot de bienvenue lorsqu'ils débarquent en perm'. Faut dire qu'il se font toujours exclure de cours de 16h à 17h, vous savez, cette dernière heure de la journée, celle où en théorie aucun gamin ne vient gâcher le silence de la perm'. En théorie.
- Bon qu'est-ce qui s'est passé avec M. EPS So Sexy ?
Evidemment la Dream Team se lance dans une explication collective, à grand renfort de cris et d'interjections, chacun essayant de parler plus fort que son voisin.
- Eh mais j'suis pas sourde ! Allez-y un par un !
- Ben on était en sport et puis Chiki il a mis mon sac dans la poubelle...
- Et elle était mouillée la poubelle, alors son sac il était tout dégueu...
- Alors pour se venger Momo il l'a coursé dans les vestiaires...
- Et c'est là qu'y'a eu le coup du tapis...
- Tu sais, madame, les gros tapis de sport, ceux que tu peux mourir étouffé dessous...
- Ben le tapis il est tombé sur Francky...
- Alors moi en dessous du tapis je criais au secours à l'aide...
- Mais M. EPS So Sexy il entendait pas vu qu'il cherchait Momo et Chiki dans les vestiaires...
- Alors moi j'ai voulu aider Francky...
- Mais j'étais bien coincé sous le tapis et j'me suis pété le bras...
- Donc moi pour l'aider j'ai tiré les tapis et pis ils sont un peu tombés...
- Alors Francky il a crié et M. EPS So Sexy il a rappliqué et il a dit qu'il allait devenir fou...
- Et pis il nous a virés.
A ce niveau-là de l'histoire, j'étais simplement écroulée sur le bureau, pleurant de rire avec Emilie. Ils sont quand même géniaux ces 6e Déchaînés nan ? Mais eux ça les a pas fait rire du tout :
- Eh mais madame tu te moques de nous ?
- Wah j'y crois pas la pionne elle se fout de notre gueule !
- J'ai quand même failli mourir sous ce tapis j'vous signale !
Avec Emilie, on a sorti les mouchoirs parce que notre mascara se faisait la malle tellement on se marrait.
Passée la marrade, on a installé nos 6e et on leur a dit de se taire et de s'occuper en attendant la fin de l'heure. Mais la Dream Team ne l'entendait pas de cette oreille.
- Madame, j'peux me lever pour aller chercher une feuille ?
J'aurais dû me douter que c'était louche qu'il me demande la permission pour se lever.
En une seconde, tout a basculé. Au passage, Chiki a piqué l'iPod de Nico et ils se sont mis à se courser dans la perm' et à se filer des coups de pieds, encouragés par la Team. Emilie s'est mise à leur hurler de se taire, mais ils en avaient rien à cirer.
On a eu beau les séparer, les menacer, les punir, leur crier dessus, rien n'y a fait. En 20 minutes, ils nous ont plus lessivées à quatre que cinquante élèves ensemble.
Donc je les ai exclus de la perm', hop direction l'antichambre du bureau de Proviseur Foufou, qui leur a passé un sacré savon.
La bonne nouvelle c'est qu'on a quand même pu profiter un peu de la dernière heure de la journée. On l'a savouré le café. La deuxième bonne nouvelle, c'est que je vais devoir m'entretenir avec M. EPS So Sexy à propos du rapport d'exclusion.
