05 mai 2008
La belle et le bad boy
Le soleil, le beau temps, voilà qui ragaillardit les esprits et donne du coeur à l'ouvrage. Aaaaah le printemps. La saison des amours. Vous remarquerez la récurrence de ce thème en ce moment. C'est le printemps j'vous dis.
Le temps de midi fut particulièrement agréable. J'avais posé mon royal postérieur sur un banc, celui en plein soleil qui permet d'avoir une vue panoramique sur la cour. Autant dire que toutes les affreuses me regardaient d'un oeil envieux, fait chier la pionne à squatter le meilleur banc de la cour. Et ouais. Je m'étais bien installée, presque j'aurais mis les lunettes de soleil. Mais bon faut pas abuser, c'est pas encore les vacances.
Les affreux étaient pas en mode surexcités, et ça, quand il fait beau et que j'ai décidé de prendre le soleil, c'est appréciable. Si j'avais dû me lever pour aller séparer des combattants, je me serais fait piquer mon banc et c'était juste pas possible. Donc je surveillais tout le monde de loin, c'était bien.
Parfois un bon cri de poumon :
- Julien tu lâches ce bâton et tu laisses ton copaaaaaaaaain !
Parfois une agitation de l'index de gauche à droite, non non non, tut tut tut.
Parfois une convocation :
- EHOOO ! Viens voir ICI régler tes absences.
Ca me faisait comme un petit bureau, super pratique ce banc. Comment rester une pionne de folie sans effort et en bronzant.
J'observais les divers jeux printaniers pré-adolescents. Les habituelles courses de 6e. Le foot des 5e. Les commérages des 4e. Les bisous des 3e.
Eh oui, en mai les couples se font nombreux, le printemps, les hormones, tout ça ça produit de l'amour.
Les bisous.
Le calme.
Et là j'ai fait le lien. C'est pas le bordel en ce moment grâce à l'amoooour. Putaiiiin, voilà la clé du mystère.
En effet, les garçons qui ont une amoureuse sont souvent les beaux gosses du collège, c'est comme ça, qu'est-ce que j'y peux moi. Et les beaux gosses, ce sont souvent les caïds, les terreurs. Ca non plus j'y peux rien. Les gentils intellos, ils ont pas de p'tite copine, c'est la dure loi du collège.
Or ces beaux gosses, souvent, ils ont accumulé les conquêtes pendant l'année. Ils ont collectionné les slims, les fonds de teint, les cheveux lissés, bref, ils ont eu droit à toutes les cerises du gâteau. Ils se sont bien amusés. Mais ils les ont plaquées. Elles ont pleuré. Ils étaient encore plus des caïds après ça.
Et puis ils ont trouvé cette amoureuse-là. Une gentille, sans boucles d'oreille géantes, sans talons, sans piercing à la lèvre. La fille gentille. Au début tout le monde a fait heeeeeeein ils sortent ensemble ? Mais comment c'est possiiiible ? Des filles ont pleuré de rage, comment elle a fait cette pétasse moche, je la déteste.
Mais ça a duré.
Le caïd s'est jeté à fond dans l'histoire.
La fille gentille, elle a toujours un petit air condescendant, oui je sais que c'est un crétin mais au fond, c'est un bon gars et je l'aimeuh, voilà ce que disent ses yeux à chaque fois que tous ses copains intellos la regardent avec des yeux qui disent mais qu'est-ce que tu fous avec ce débile non mais oh.
Du coup, le caïd est tout admiratif devant son amoureuse intelligente, il ne la lâche pas, il lui fait des bisous, il la colle comme un Malabar, il a une expression vraiment stupide sur le visage, tout le temps. Mais c'est tellement mignon.
Et ça dure.
Et puis un jour, on se dit, tiens ça fait longtemps que j'ai pas collé Caïd. Tiens ça fait longtemps qu'il n'a pas été exclu de cours. Tiens, mais je le vois même plus en fait.
Eh oui, l'amour calme le caïd. Il a d'autres choses à foutre que t'emmerder, il a de l'amour à gérer.
Et moi du coup, je peux passer deux heures sur mon banc, tranquille.
L'amour, y'a que ça de vrai j'vous dis.
