28 avril 2008
Les origines de la goujaterie
Enfin la rentrée, avec sa pluie et ses flaques, les affreux, leurs crêtes, leurs Converse et leur pantalon slim. Ca m'aurait presque manqué tout ça. Parce que deux semaines c'est long. Et pleins de choses se sont passées en deux semaines. Du coup j'étais plus du tout au courant de rien, c'est-à-dire des couples, de qui sort avec qui, de qui déteste qui, paumée j'étais. Je parle des élèves évidemment (on sait bien que les profs n'ont pas de vie privée, ni de vie tout court d'ailleurs*). Mais heureusement, mes affreuses ont eu pitié de moi et de mon ignorance et elles se sont chargées de tout me raconter.
Je voulais me tenir au courant de l'histoire entre Johanna et Seb. Faut savoir qu'ils sortent ensemble depuis la rentrée de septembre, mais ce sont des amants terribles : régulièrement Seb plaque Jojo qui pleure pendant des jours puis ils se remettent ensemble. C'est ça l'amour il paraît. Mais avant les vacances de printemps, le drame. Seb avait largué Jojo et sortait avec Valentine, la meilleure amie de Jojo. Du coup, tout était chamboulé, Valentine, c'était plus du tout la BF (Best Friend) de Jojo, ah ça non, ça va pas la tête ou quoi. Et pis Jojo elle était sacrément énervée, j'vais la péter cette connasse et tout et tout, t'as raison, mais hors du collège hein. Le clan des filles de la 4e1 était divisé : les pro-Jojo et les pro-Valentine. Un peu comme à l'époque où Brad Pitt s'est barré avec Angelina Jolie alors qu'il était fort marié à Jennifer Aniston. Sauf que Valentine, c'est pas vraiment Angelina Jolie. Et puis elle mesure deux têtes de plus que Seb. Moi, j'y comprenais rien. Qu'est-ce qu'il fout avec elle, que je demandais à tout le monde (vous noterez au passage mon impartialité dans cette affaire). Alors les 4e, ils m'ont expliqué comment Valentine elle avait attiré Seb dans ses filets :
- Elle l'a chauffé sur Msn en lui disant qu'elle allait le baiser !
Diable. Ca "baise" en 4e ? J'ai dû mal comprendre.
- Vous entendez quoi par "baiser" ?
- Bah niquer quoi !
Ah ben oui j'avais bien compris.
- Eh ben, elle est précoce hein Valentine.
- Bah nan, elle l'a pas baisé, c'est pour ça qu'il l'a larguée !
Putain. Ca commence si tôt que ça la goujaterie alors ?
Et puis y'a eu les vacances. Jojo et Valentine sont-elles redevenues BF ? Seb a-t-il réussi à "baiser" quelqu'un ? Qui serait sa nouvelle conquête ?
Suspense !
Voilà pourquoi ce matin j'étais si fébrile. Comme après un épisode du Destin de Lisa. La suite ! La suite !
Ce matin donc, Jojo m'annonce que non, elle ne cause toujours plus cette pétasse de Valentine, après ce qu'elle m'a fait non mais oh, mais qu'à présent Seb sort avec Charlène, qui dans le genre anti-Angelina Jolie, surpasse Valentine. C'est dire. Mais qu'est-ce qui lui arrive à Seb de sortir avec Charlène ? Bah c'est simple, "elle baise".
Alors moi je m'interroge. Les hormones de Seb sont-ils tellement foufoufous au point de sortir avec n'importe qui ? Les filles en 4e sont-elles déjà de sacrées pétasses numéros ? Mais c'est quoi ce bordel putain?
Et sinon... Seb va-t-il "baiser" Charlène ? Jojo va-t-elle pardonner à Valentine ?
La suite ! La suite !
* Allez j'rigoooole.
27 avril 2008
De la bannière à gogo
Comme vous pouvez le constater, une splendide bannière orne désormais ce blog.
Je remercie donc Manon, qui vous fait de jolies bannières qui déchirent, et que vous pouvez voir sur son blog : http://banniereagogo.canalblog.com/
Merci Manon !

21 avril 2008
Debrief de pions
Suite à l'inscription au marqueur qui a ébranlé à jamais le beau préau du collège, nos vacances de vieux pions se voient quelque peu secouées.
Rappelez-vous : Olivier et Proviseur Foufoufou sont plus là l'année prochaine ! Cool !
Avec Olivier, fallait qu'on débriefe le truc par MSN, pendant nos vacances, oui oui. Tout d'abord parce qu'on n'a pas eu le temps de le faire en live et ensuite parce qu'on est des personnes à la pointe de la technologie, nous.
- Slt collègue !
- Slt Eluise!
- Ca roule ?
- Oué et toi ?
- Ouéééé. Tu passes de bonnes vacances ?
- Me fais chier. Et toi ?
- Pareil. Dis voir. T'as vu cki ont écrit sous le préau les gamins ?
- Oué.
- C pas sympa pour ta gueule hein.
- J'te rappelle qu'ils avaient écrit "Eluise = merde" dans la perm'.
- Ca va hein, ils sont joueurs les affreux. Fé pas ton malin. Bref. C koi c't'hisoire, tu t'en vas l'an prochain ?
- Kes ça peut te fout', tu t'en vas aussi.
- C pas faux. Tu t'en vas alors ? Putain.
- Bah ch'ais pas, j'vais pas être pion à vie quoi. On verra.
- Ah ben oué. T'as raison. Et Proviseur Foufou il s'en va ?
- Naaaaan.
- Dis pas n'imp', c'est écrit sur le mur.
- T'es conne.
- Toi aussi. Alors il s'en va ou pas ?
- J't'ai dit nan, il a pas eu sa mut'.
- Bien fait pour sa gueule de connard.
- T'es méchante...... Mais c'est vrai.
- Je sais. Pauv' gosses quand même.
- Pourquoi ?
- Bah ils vont encore se le coltiner l'an prochain.
- Oué. Il est deg' j'crois.
- Rien à fout'. Alors en fait c'est tout du mytho c'qui y écrit sur le mur ?
- Ben oué.
- Putain.
- Oué.
- T'as vu j'ai plus rien à raconter sur le blog.
- Oué, tu t'ennuies des gamins ou koi ?
- 'Tain j'crois. C'est grave hein.
- Et de Claude aussi ?
- T'es con.
- Toi aussi.
- Au fait bien joué pour la rumeur avec Emilie.
- C pas moi.
- Merde. C'est ki alors ?
- Ben ch'ais pas.
- Putain. Faudra que je résolve ça à la rentrée.
- Y'a Steph' qui revient à la rentrée.
- Sa jambe est plus pétée ?
- Ben nan, puisqu'elle revient.
- Ah ben oué. C cool. On va bien rigoler avec elle.
- Oué. Vivement la rentrée alors ?
- Exagère pas non plus.
18 avril 2008
Souvenirs capéssiens
Comme vous l'avez certainement remarqué, je suis en vacances. J'en profite pour bien glander. Par contre je suis sacrément emmerdée parce que loin de mes muses (350 collégiens ingrats en folie), je ne suis plus rien, le blog crie famine. Si un beau brun faisait son apparition dans ma vie, j'aurais de quoi écrire. Si c'était la période des soldes, pareil. Mais nan, rien de rien.
Quoi, vous vous imaginiez que j'étais en train de préparer les oraux de l'agreg à fond la caisse et que c'était pour ça que j'imposais ce silence bloguesque ? Que nenni. Les vacances, c'est fait pour se reposer, sachez-le.
Et puis depuis mon mémorable passage aux oraux du CAPES l'an dernier, je me méfie moi, des oraux. Allez j'vous raconte.
Déjà, j'ai bien failli ne pas y aller parce qu'une personne mal intentionnée de ma promo, elle aussi admissible, a fait échanger nos dates de passage, pour tout un tas de raisons qui resteront obscures à jamais. Ca vous épate hein ? Moi aussi, à l'époque, ça m'a épatée qu'elle ait eu le culot d'appeler la dame du Ministère, et surtout que la dame du Ministère ait accepté l'entourloupe, le tout sans me tenir au courant, il va de soi. Heureusement, mes qualités de pionne de folie - espionner tout et tout le monde en toutes circonstances, arracher des aveux à un muet, veiller même quand je dors - m'ont permis de déjouer le guet-apens qui m'était ignoblement tendu.
Puis vint le grand jour. A peine arrivée, je demande à un type qui traînait là "où qu'c'est les toilettes siouplé m'sieur". Evidemment, ce grand type, c'était juste le président du jury, je me sentais pas du tout conne comme ça.
Ensuite on m'a filé le premier sujet à préparer, tout un tas de documents dont certains qu'on avait déjà étudiés en cours pendant la préparation au concours. La chance me direz-vous. Eh ben nan. Et vous lecteurs-profs, vous savez quel piège c'est pour un élève de tomber sur un sujet qui ressemble à ce qui a été fait en classe, en général, c'est la merde, on essaie de ressortir le cours, mais en moins bien donc on se plante misérablement. Donc j'étais toute paniquée avec mon sujet pourri, et du coup j'ai pas eu le temps de finir et les surveillants ont dû me virer de la salle de préparation, "siouplé m'dame, siouplé encore juste une minute" que je gémissais.
Hop on repasse par le vestiaire pour se débarasser de tout ce qui fait interférence face au jury. J'me débarasse de ma trousse, de mes gâteaux, de mes Candy Up, de mes gri-gris en tous genres et on avance dans le couloir de la mort. Autant dire qu'à ce moment-là, je suis sur le point de défaillir, mes jambes sont en coton, j'ai vaguement envie de vomir, ma voix disparaît, ma bouche tremble, argh au secours, mais qu'est-ce que je fous là putain. Le jury me fait signe d'entrer. Ils ont l'air sympas en fait. Je m'avance en souriant, je suis une winneuse, je suis une winneuse.
Zooooup ma godasse de fille glisse sur ce putain de plancher, ma jambe part en avant, mon bras se raccroche désespérément à la table, je suis presque par-terre mais je sauve l'honneur en me relevant d'un coup de bassin vers l'avant.
Le jury hallucine.
Putaiiiin.
Je m'assois comme si de rien n'était, les cheveux en bataille, les genoux en feu, je souris de toutes mes dents.
Et là je réalise.
Je réalise qu'au vestiaire j'ai laissé mes lunettes.
Je réalise qu'au vestiaire j'ai omis de laisser mon surligneur. Qui est en fait un joujou surligneur, un genre de petite soucoupe volante à trois couleurs vachement rigolo. Et que je l'ai dans la main. Je le pose à l'autre bout de la table, comme si je ne savais pas ce qu'il faisait là. Toujours en souriant bêtement. Evidemment ce grand mouvement de bras attire toute l'attention du jury. Ils sont tous là à mater mon joujou.
Le jury continue à halluciner.
Mais ce n'est pas fini.
Je fais ma présentation, pas finie puisque ces saletés de surveillantes m'ont virée à coups de pieds au cul. La première question du président tombe. Ce n'est pas une question :
- Je n'ai pas compris votre objectif.
Bon. Ca, c'est fait.
Un excellent souvenir, comme vous pouvez le constater. Du coup, les oraux et tout le tralala, j'm'en méfie. Parce que ce jour-là, j'ai eu la meilleure de toutes mes notes au concours.
13 avril 2008
Affectations
Ca y est, je viens d'entrer à mon tour dans le gigantesque bordel des affectations de l'Education Nationale.
Pour les lecteurs qui débarquent, sachez que je suis l'heureuse détentrice d'un CAPES d'italien obtenu l'an dernier, que j'ai gardé au chaud toute cette année, et que dès septembre, je vais pouvoir brandir pour enfin m'exclamer "J'suis prof !".
Et donc le Ministère m'a adressé un gentil courrier qui m'explique qu'avant fin mai je dois formuler des voeux d'affectation et que si je le fais pas, mon CAPES et moi on peut aller se faire foutre et pointer à l'ANPE.
Armée de mon numéro d'identification à dix chiffres que je dois "conserver précieusement" mais que j'ai déjà perdu trois fois, je débarque sur leur site pour faire mes voeux. Déjà j'me galère parce que le Ministère te donne pas l'adresse du site, il te dit juste "va sur le SIAL". Moi j'tape SIAL dans Google, et vlan j'me retrouve sur le site du Salon International Agroalimentaire. Naaan, ça doit pas être ça. Ayé, j'ai trouvé, en fait c'est le Système d'Information et d'Aide aux Lauréats. Bon, je vais enfin pouvoir faire mes voeux. Facile, je vais demander mon académie, et puis toutes celles autour et voilà, emballé c'est pesé.
Eh ben non. Je dois formuler six voeux. Sauf que des académies qui possèdent un IUFM qui forme les stagiaires d'italien, y'en a que neuf en France, et puis bien éparpillés hein. Autant dire que mes "voeux" sont bien limités. En fait je suis obligée de presque tout choisir, et puis de mettre dans le bon ordre. Super. Je vois déjà le délire à la rentrée :
- Comment ça ça te fait chier d'être envoyée à l'autre bout du pays ? C'était ton troisième voeu !
Rah la la. Y'a des zones, j'vous jure, j'les mets dans la liste, mais ça m'emmerde bien.
Heureusement, quand on a été pion dans le public, on a droit à des points bonus pour gruger tout le monde et avoir ce qu'on veut. Sauf que là encore cette saleté de SIAL fait des siennes : il veut pas me donner mes points. Putaaaaain. Je leur avais pourtant envoyé un courrier, aux gens du Ministère, pour leur expliquer ma vie de pionne, presque je leur donnais l'adresse du blog pour qu'ils voient que j'y ai sacrément droit à ces points. Va falloir que je leur téléphone pour régler ça et récupérer mes points.
Je suis pas encore dedans et c'est déjà le bon bordel.
11 avril 2008
Permanence meetic
Aujourd'hui au boulot c'était veille de vacances, donc ricanage entre pions toute la journée.
A cause des écrits de l'agreg', j'avais pas bossé au collège de la semaine, et mine de rien ça m'avait manqué. En plus j'ai loupé pleins de trucs, j'étais plus du tout au courant de qui sortait avec qui chez les 4e, ni de l'écriture infâme sous le préau : Olivier et Proviseur Foufoufou sont plus là l'année prochaine ! Cool ! Ca a dû lui faire plaisir à Olivier tiens. C'est encore pire que quand ils avaient écrit Eluise = merde dans la perm'. Insulte que j'avais consciencieusement gommée. Olivier par contre il doit être emmerdé parce que sous le préau c'est écrit au marqueur. Lui aussi est par conséquent à présent officiellement un pion de folie.
Mais celui que les gamines considèrent comme le pion de folie du collège, c'est Claude. Moi j'y comprends vraiment rien.
- Claude il est trop beauuuuuuu !
Elles sont vraiment graves hein.
Du coup, on s'est farci Eléonore et Sibel en perm' tout l'aprem, elles ont passé trois heures à baver devant Claude qui en pouvait plus, il bombait le torse et leur faisait des sourires charmants, c'était pitoyable mais vachement rigolo. Ca a été encore plus rigolo quand il a eu fini sa journée à 15h et qu'il est parti. Il nous fait la bise, à ma collègue et à moi et les affreuses aussitôt :
- Nous aussi ! Nous aussi un bisouuuuuu Clauuuude !
Il a fait son modeste, non désolé les filles, elles étaient déçues. Et elles étaient encore plus déçues quand il est parti et qu'elles se sont retrouvées coincées en perm' avec nous.
- T'as vu Eluise comme il est beau Claude ?
- Euh, ben, les goûts et les couleurs tu sais...
- En tous cas on a bien rigolé, parce que quand il te parlait il faisait que mater tes seins !
- Quoi ?
- Ouais on a vachement rigolé, on voulait le prendre en photo pour te montrer ! Ah ah ah trop marrant !
- Euh nan, pas super marrant.
- En tous cas moi j'suis jalouse, parce que moi aussi j'en ai des seins hein ! Et puis je les montre hein !
- Oui ben on a remarqué.
Y'avait aussi des garçons dans la perm', ils devaient être un peu jaloux parce que y'en a un qui a sorti :
- De toutes façons les filles, Claude il sort avec Emilie !
Emilie, c'est mon autre collègue, qui apprécie Claude autant que moi si ce n'est plus, alors si elle sortait avec lui, ça se saurait. Je pressens le coup fourré donc je demande :
- Qui c'est qui t'a dit ça ?
- C'est Olivier !
Ah ben voilà. Olivier est très farceur, vous pouvez le constater. Et moi ses farces, je les gâche jamais :
- Ben oui ils sont même fiancés !
Eléonore et Sibel, elles étaient dégoûtées alors elles se sont lancées dans un grand débat qu'on a écouté attentivement avec ma collègue, parce qu'on a senti que ça allait être du lourd.
- C'est laquelle Emilie ?
- Mais si tu sais c'est la ipopeuz !
Là on a mis du temps à comprendre. Elle voulait dire la "hip hopeuse" parce que Emilie elle a des pantalons larges.
- N'empêche qu'il est trop beau pour elle !
- Sauf quand il mâche il est trop moche !
- Naaaaan il est beau !
Qu'est-ce qu'on rigolait.
Et qu'est-ce qu'elle va rigoler Emilie à la rentrée quand elle va découvrir qu'elle est fiancée à Claude. Quant à moi, je vais surveiller ma poitrine hein.
08 avril 2008
Eluise se désagrège
Si tu n'as pas la chance de passer des concours de l'éducation nationale, tu es sur le bon site parce que je vais te raconter comment ça se passe. Ici et maintenant.
Ce matin, c'était la première épreuve de l'agrégation externe, un concours qui rigole pas des masses. Et moi je rigole pas des masses non plus parce que mon concours je le prépare depuis un an alors j'ai intérêt à être top niveau sinon mon année je l'ai dans le cululu.
Hier soir, je mange sainement et hop à 22h30 au lit. Je suis pas une bête de concours là franchement ?
Sauf que le chat des voisins du dessus a fait la samba jusqu'à 2h du mat', jusqu'à ce que je mette des coups de balai dans le plafond, oui, comme une mémé, en gueulant "Putaaaaaain !", et là j'avais moins l'air d'une mémé, croyez-moi.
Sauf que du coup à 2h du mat' j'avais faim, parce que manger sainement ça donne la dalle, et du coup j'me suis envoyé un paquet de chips Saveur Spicy, j'avais la bouche en feu et j'ai fait pleins de cauchemars.
Ce matin, j'avais quand même la forme.
J'ai mis très exactement six minutes à pied pour me rendre sur les lieux de l'épreuve. Merci le rectorat, pour une fois qu'ils ne font pas n'importe quoi, il faut le signaler.
Une fois sur les lieux, la fête commence. Les concours, j'aime bien parce que c'est l'occasion de retrouver pleins de copains-copines aux épreuves. Hop j'ai bien tapé la discute avec des vieux potes, j'avais même plus l'impression que dix minutes plus tard j'allais à l'échafaud, ouais allez on s'appelle, passe le bonjour à bidule, mais nan j'suis con on s'voit demain.
Après comme je suis un peu sérieuse, je me suis finalement assise. J'avais la table la plus pourrie, juste entre le radiateur et la fenêtre, histoire que je meurs de chaud au milieu des courants d'air. Puis je m'organise. Je sors mes stabilos de toutes les couleurs, je mets bien ma montre à plat sur la table, j'attache ma frange avec une barrette pour pas qu'elle vienne faire du bordel dans mes yeux pendant que je réfléchis, je déballe mon casse-dalle au Kiri, je vérifie le niveau de l'encre de mon stylo à plume. Et enfin j'attends. Tout le monde attend qu'il soit bien exactement neuf heures pour ouvrir l'enveloppe qui contient les sujets. Alors que bon on pourrait déjà l'ouvrir avant neuf heures et puis attendre après pour lire les sujets. Parce que le sujet, ils le distribuent à l'envers. Alors moi, je m'arrache les yeux pour lire à travers la feuille, le nez collé au bureau, mais on n'est tellement pas nombreux que c'est vite distribué et du coup on peut vite retourner et j'me suis pété les yeux pour rien.
Bam, la littérature médiévale, Dante pour être précise. Rah merde.
Commencent alors sept longues heures de réflexion intense.
Entrecoupées par deux pauses pipi.
Un dévorage de sandwich au Kiri.
Une dégustation de petit yaourt Nesquik.
Quinze soupirs.
Trois rigolades.
Trente matage de plafond en attendant l'inspiration divine.
Un repoussage de cuticules à l'aide d'un capuchon de Bic.
Un oeil sur la feuille de la voisine qui a tout caché.
Une communication avec la voisine de devant : "T'as fini ? " "Naaaan ! Et toi ?" "Naaaan !".
Et surtout, douze belles pages de dissertation.
Je suis par conséquent mi-morte mi-vivante. Et demain j'enchaîne.
Mais comme vous pouvez le constater, je ne manque jamais à mes devoirs de bloggeuse. Si c'est pas la classe ça.
06 avril 2008
Les bagarres
J'aime bien quand les lecteurs m'inspirent. Remercions donc Petit Sushi, qui dans son dernier commentaire, demande : "Dis Madame, tu fais comment pour gérer les bagarres ? lol".
Eclair électrique, inspiration divine, flash magique, aussitôt je me dis tiens je vais faire un article sur les bagarres. Pourtant j'ai déjà parlé des bagarres, regarde Petit Sushi : L'esprit de Noël et Leçon de psychologie adolescente. Mais la violence, le sang, tout ça, ça fait vendre, ça attire le lectorat, et moi, je suis comme les journalistes de TF1, je cède aux tendances, que voulez-vous. Et puis des histoires de bagarre, j'en ai plein en réserve, parce que le collégien aime la bagarre, ça fait partie de son patrimoine génétique. Donc en ce dimanche pluvieux où je devrais réviser puisque mine de rien le concours c'est juste après-demain, nous allons parler bagarre.
Les bagarres, c'est peu fréquent au lycée, mais quotidien au collège. Petit Sushi, sache que gérer une bagarre, c'est pas fastoche. Tout d'abord, tout dépend des combattants. Si tu as affaire à des 6e, c'est pas la même histoire que si tu as affaire à des 3e. Le 6e, tu le chopes par le cartable en criant plus fort que lui, tu le soulèves par ledit cartable, tu le transfères vers une zone sécurisée, et tu le grondes en faisant les gros yeux, en agitant les mains très vite et en le menaçant de mort. En général, il prend peur, il commence à avoir le nez qui coule, il baisse la tête, il dit excusez-moi madame et voilà.
Le 3e, lui, il est coriace. Déjà t'essaies de rentrer dans la zone de combat et là c'est pas facile, parce qu'en général t'as plein de grands 3e qui te bloquent le passage, qui font un mur avec leurs épaules, un peu comme les rugbymen. Si t'es pas folle, t'y vas pas toute seule hein, tu t'équipes d'un collègue masculin, c'est mieux. Bon, ça y est, t'es sur le ring. Là, ben faut prendre son courage à deux mains et se mettre au milieu. Oui, au milieu. Parce que normalement quand t'es au milieu, ils arrêtent de taper parce que bon, on sait jamais, si on tape la pionne on risque d'avoir des emmerdes. Là, ton équipier qui normalement est fort et musclé, mais ça, ça dépend, il en profite pour choper un des combattants par les bras, par-derrière, et hop il l'emmène en zone sécurisée. Toi, hop tu chopes l'autre et tu le gardes à distance. Ca, c'est dans le meilleur des cas. Souvent, tu te prends un coup de coude dans les dents, un coup de pied dans le tibia, une claque derrière la tête. Mais bon. Ce sont les risques du métier.
Après, faut savoir que tu gères pas une bagarre de la même façon selon le sexe des combattants. Les garçons, ils font des bagarres éclair. Efficace, rapide. Paf un coup de poing, paf paf, pif. Hop c'est réglé. Les filles, elles sont carrément hargneuses, elles se roulent parterre, elles se griffent, elles hurlent et elles en ont rien à foutre que tu sois au milieu, d'ailleurs c'est simple, si tu t'approches, elles te tapent. Là, faut avoir encore plus de courage, et le mieux, c'est encore d'envoyer un garçon, parce que bon si lui il est défiguré c'est moins grave que si c'est toi, parce que toi t'es une fille et que tu te dois d'être belle.
Mais attention, toute rixe n'est pas bagarre. Souvent, tu te jettes dans un combat et là les affreux te sortent : "Mais madame, on jouuuuuuuuue !". Il est en effet difficile de discerner le jeu de la vraie bagarre, même pour une pionne de folie comme moi. D'ailleurs, l'autre jour, je voyais deux 6e chahuter tels de jeunes chiots, rouler au sol, se tirer le manteau. Jeu ou pas jeu ? Avec mon collègue Olivier (fort et musclé, très utile en cas de bagarre), on conclut en ces termes : laisse, ils jouent. Faut dire aussi qu'il était cinq heures moins une et que nous à cinq heures on dégage. Et puis tout d'un coup on voit un des 6e mettre sa chaussure dans la figure de l'autre 6e couché parterre, et lui écraser le nez. Là, on se dit : pas jeu. Effectivement, ils se battaient pour de vrai depuis dix minutes pour une affaire de il-a-traité-ma-mère-de-pute. Le pion de folie n'est donc pas infaillible.
Comme vous pouvez le constater, question bagarre je m'y connais. Et ce grâce à ma grande expérience personnelle de la bagarre. Mes copains me surnomment Rocky en raison de la récurrence de mes coups de poing-pieds-ciseaux à l'encontre des pouffiasses-connasses-ex et je vous promets que c'est pas des blagues. Alors faites gaffe à ce que vous dites.
03 avril 2008
Folies de pions
Au programme aujourd'hui : Eluise critique ses collègues. Parce qu'il faut se renouveler un peu.
Je vous avais annoncé l'embauche de deux grands garçons sportifs mais je m'étais arrêtée là, et ça c'est une injustice pour vous et pour eux. Vous savez que tout nouveau venu a droit à son heure de gloire sur ce blog. Il est temps.
Parlons donc un peu de Claude. Claude, la première déception. Claude, la déception incarnée. Claude, que je vais bientôt baffer.
Certes Claude en impose aux gamins : grand, un brillant énorme dans l'oreille, un grand manteau fashion, une expérience dans un club de foot professionnel qui lui a "donné" son bac, une confiance en soi inébranlable. Mais ça s'arrête là. Malheureusement.
Ainsi, lorsque nous autres pauvres vieux pions nous acharnons à tenir la perm', aller chercher les billets d'absence, traiter ces billets, traiter les heures de colle, re-tenir la perm', vérifier les justificatifs d'absence, remplir les fiches de suivi, crier en perm', et j'en passe, Claude, lui, a une activité bien précise. Claude lit L'Equipe, un café à la main, et surfe sur internet. Et ce, toute la journée. Voilà. Au début, ça nous faisait rigoler. Puis ça nous a agacés parce que L'Equipe prenait toute la place sur le bureau et que nous on pouvait plus travailler, quelle idée aussi de faire des journaux aussi grands, regardez Cosmo, il est tout petit. Alors il a déménagé et s'est installé dans la perm'. Cool, qu'on s'est dit, il va surveiller la perm'. Erreur, il s'est simplement installé dans la perm'. Nuance.
Claude "oublie" également de sortir de sa perm' pendant les récréations. Ainsi, pendant 15 minutes, nous autres nous gelons le cul dehors, gérons les bagarres, subissons les cris, et lui, il lit L'Equipe. Il "oublie" également les interclasses, où nous devons nous précipiter dans les escaliers pour surveiller les déplacements des affreux et nous prendre quelques portes dans le nez. Lui, il préfère lire L'Equipe.
Mais surtout, Claude se plaint.
- Bon moi j'en ai marre, je vais prendre un café.
Et puis, Claude parle mal des affreux. Et ça, j'aime pas. Y'a que moi qui ai le droit. Et Olivier aussi. Suite à l'exclusion définitive d'un pauvre gamin de 6e, âgé de 11 ans, Claude a lâché :
- Lui, il finira entre quatre murs ou entre quatre planches.
- Bah quand même, t'exagères, il a 11 ans, il a un contexte familial difficile et certes il est loin d'être malin, mais quand même...
- Non non non, lui il est fini.
Boooon, ça c'est fait.
Claude m'a même insultée :
- Eh bande de salopes, vous m'avez refilé la sortie à la ferme avec les 5e, je vais être tout crotté !
Heureusement qu'Olivier, un pion de folie lui aussi, nous a sauvé la mise :
- Quoi ? Une sortie à la ferme ? Chic, moi j'veux y aller !
Claude s'est même mis à dos Emilie, une collègue :
- Dis voir Claude, tu pourrais prendre les 4e dans leur salle, leur prof est en retard, c'est l'affaire de dix minutes...
- Nan.
- Comment ça nan ?
- Nan, c'est les pires. T'as qu'à y aller toi.
- Ecoute Claude, tu viens de commencer ta journée, t'es tout frais, nous autres on est tous là depuis tôt ce matin, on est crevés, on avait des perm' de folie avec les profs absents...
- Nan.
Alors moi, je me suis dit qu'en tant que pionne de folie, je devais faire quelque chose. Lui parler. Lui expliquer.
Echec.
Claude m'a ri au nez, m'a mis une tape sur l'épaule, et depuis, il me surnomme Force Ouvrière.
Je vais devenir une pionne en folie.
02 avril 2008
Carnage capillaire
En ce moment, je me coltine une poisse pas possible.
A toi, l'enfoiré d'inconnu qui a crevé les deux pneus de mon vélo : sache que je te retrouverai et que je te ferai bouffer tes c... euh tes ciseaux.
A toi, le conducteur de tracteur qui dégueulasse ma Twingo en foutant de la boue partout, sache que je me vengerai.
A toi, le voisin d'en bas qui gare ta voiture tunée devant la porte de l'immeuble de sorte que je ne puisse plus entrer, sache que c'est ta voiture qui paiera pour toi, un jour.
Oui, le monde complote contre moi.
Mais tout ça, ce n'était encore rien.
Je suis la victime malheureuse d'un honteux carnage capillaire de niveau 9.
Hier, je me pointe chez un nouveau coiffeur dont j'ai tellement entendu chanter les louanges que je m'étais dit c'est bon, il me loupera pas, allons-y tranquillement. Par ailleurs, ce coiffeur est fort fort charmant, et son physique parfait n'a d'égal que son homosexualité. Ca aussi, vous en conviendrez, c'est un gage de sûreté. Enfin, le salon est top fashion, rouge, jaune, moderne, super, j'me dis, il a du goût ce coiffeur. C'est donc en toute confiance que je lui confie mes attributs les plus précieux : mes cheveux.
- Alors on fait quoi mademoiselle ?
- Bah je sais pas trop, j'aimerais bien pas trop couper, bidouiller un peu la frange...
- On peut faire un dégradé à la Jennifer Aniston !
- Quoi ?
Mon sang n'a fait qu'un tour. Le dégradé de Jennifer Aniston a connu son heure de gloire, certes. Mais c'était il y a plus de 10 ans.
- Nan nan nan, c'est kitsch, j'veux pas !
- Mais nan c'est pas kitsch ! J'ai une technique super, je coupe au rasoir, pas besoin de brushing, ça fait des coupes ultra modernes, tout le monde adore...
- Mais moi j'aime pas ce dégradé-là, c'est moche.
- Mais nan ! Et puis je ferais des mèches courtes, dégradées sur le devant, qui entourent le visage.
- Quoi ? Comme Mireille Mathieu ? Mais ça va pas la tête ?
- Bon dans ce cas mademoiselle je vous propose de ne rien couper et de rentrer chez vous.
- Oh bah ça va hein, faut pas se vexer. Allez-y coupez, mais si j'suis pas contente, c'est vous qui allez regretter.
Le coiffeur canon me lave la tête, et il commence son carnage capillaire, à mon insu, ai-je envie de dire. Puis il sèche, sans la brosse, tout content de lui.
Et là, je me retrouve avec une mini frange comme Mila Jovovich dans Jeanne d'Arc, des méchouilles comme Mireille, du
volume, du volume, du volume. Je tirais franchement la gueule.
- Mais nan, ça va dégonfler, vous allez voir ! C'est super.
- C'est super gonflé oui.
Je quitte le salon sans trop savoir que penser.
Une fois chez moi, je contemple les dégâts. Sur le dessus, mes cheveux mesurent environ 3 cm, ça me fait comme une petite couronne, ou un nid d'oiseau. En dessous, des queues de rat. Une version moderne de la coupe mulet. Un carnage. Je me lave les cheveux, on sait jamais, ptêt qu'en arrosant ma tête les cheveux vont repousser. Je les sèche, le carnage s'intensifie. Je sens le désespoir m'envahir. Calmons-nous, demain est un autre jour.
Ce matin, la toute première chose que j'ai faite a été de me regarder dans un miroir. Et de crier. Le nid d'oiseau s'était dressé à la verticale. La frange avait rétréci. Les queues de rat rebiquaient dans tous les sens. Horreur. Stupéfaction. J'appelle immédiatement le coiffeur, qui n'a guère caché son agacement.
- Euh là j'ai vraiment un souci hein.
- Mais non, il faut s'habituer. Et maîtriser le coiffage !
- Mais je croyais que le but c'était de pas coiffer !
- Mais oui !
- S'il vous plaît, qu'est-ce que je peux faire, je vous en prie sauvez-moi.
- Moi je ne veux rien couper hein. Si vous voulez vous pouvez passer ce soir et je vous montre comment coiffer.
C'est ça oui, fous-toi de ma gueule.
Je me rends donc chez un autre coiffeur. Qui lui aussi visiblement faisait partie du complot capillaire.
- Mais cette coupe est supeeeeer ! C'est vachement la mode !
- Oui la mode de la Star Ac'...
- Mais non, la mode des années 80' !
- Ben c'est bien ce que je dis, c'est kitsch !
Personne ne me comprend, le monde s'est ligué contre moi.
Mais la journée n'était pas finie. J'avais zappé un détail crucial : le mercredi, c'est le jour des enfants. Et des ados. Et des élèves. Et ils aiment se promener en ville. Et le salon de coiffure, il était en ville. Par conséquent, la rencontre était inévitable.
- Eh c'est la pionne ! Madame ! Eh vous vous êtes coupé les cheveux ? Ah... C'est bizarre !
Merci, vraiment, merci.
Et ne vous avisez pas de me dire que c'est supeeeeeer hein ! Vous voyez Julie de La Nouvelle Star de l'an dernier ? Bah c'est ça.
