03 avril 2008
Folies de pions
Au programme aujourd'hui : Eluise critique ses collègues. Parce qu'il faut se renouveler un peu.
Je vous avais annoncé l'embauche de deux grands garçons sportifs mais je m'étais arrêtée là, et ça c'est une injustice pour vous et pour eux. Vous savez que tout nouveau venu a droit à son heure de gloire sur ce blog. Il est temps.
Parlons donc un peu de Claude. Claude, la première déception. Claude, la déception incarnée. Claude, que je vais bientôt baffer.
Certes Claude en impose aux gamins : grand, un brillant énorme dans l'oreille, un grand manteau fashion, une expérience dans un club de foot professionnel qui lui a "donné" son bac, une confiance en soi inébranlable. Mais ça s'arrête là. Malheureusement.
Ainsi, lorsque nous autres pauvres vieux pions nous acharnons à tenir la perm', aller chercher les billets d'absence, traiter ces billets, traiter les heures de colle, re-tenir la perm', vérifier les justificatifs d'absence, remplir les fiches de suivi, crier en perm', et j'en passe, Claude, lui, a une activité bien précise. Claude lit L'Equipe, un café à la main, et surfe sur internet. Et ce, toute la journée. Voilà. Au début, ça nous faisait rigoler. Puis ça nous a agacés parce que L'Equipe prenait toute la place sur le bureau et que nous on pouvait plus travailler, quelle idée aussi de faire des journaux aussi grands, regardez Cosmo, il est tout petit. Alors il a déménagé et s'est installé dans la perm'. Cool, qu'on s'est dit, il va surveiller la perm'. Erreur, il s'est simplement installé dans la perm'. Nuance.
Claude "oublie" également de sortir de sa perm' pendant les récréations. Ainsi, pendant 15 minutes, nous autres nous gelons le cul dehors, gérons les bagarres, subissons les cris, et lui, il lit L'Equipe. Il "oublie" également les interclasses, où nous devons nous précipiter dans les escaliers pour surveiller les déplacements des affreux et nous prendre quelques portes dans le nez. Lui, il préfère lire L'Equipe.
Mais surtout, Claude se plaint.
- Bon moi j'en ai marre, je vais prendre un café.
Et puis, Claude parle mal des affreux. Et ça, j'aime pas. Y'a que moi qui ai le droit. Et Olivier aussi. Suite à l'exclusion définitive d'un pauvre gamin de 6e, âgé de 11 ans, Claude a lâché :
- Lui, il finira entre quatre murs ou entre quatre planches.
- Bah quand même, t'exagères, il a 11 ans, il a un contexte familial difficile et certes il est loin d'être malin, mais quand même...
- Non non non, lui il est fini.
Boooon, ça c'est fait.
Claude m'a même insultée :
- Eh bande de salopes, vous m'avez refilé la sortie à la ferme avec les 5e, je vais être tout crotté !
Heureusement qu'Olivier, un pion de folie lui aussi, nous a sauvé la mise :
- Quoi ? Une sortie à la ferme ? Chic, moi j'veux y aller !
Claude s'est même mis à dos Emilie, une collègue :
- Dis voir Claude, tu pourrais prendre les 4e dans leur salle, leur prof est en retard, c'est l'affaire de dix minutes...
- Nan.
- Comment ça nan ?
- Nan, c'est les pires. T'as qu'à y aller toi.
- Ecoute Claude, tu viens de commencer ta journée, t'es tout frais, nous autres on est tous là depuis tôt ce matin, on est crevés, on avait des perm' de folie avec les profs absents...
- Nan.
Alors moi, je me suis dit qu'en tant que pionne de folie, je devais faire quelque chose. Lui parler. Lui expliquer.
Echec.
Claude m'a ri au nez, m'a mis une tape sur l'épaule, et depuis, il me surnomme Force Ouvrière.
Je vais devenir une pionne en folie.
