Une pionne assiste l'éducation en permanence

Une assistante d'éducation (ou une surveillante, une pionne quoi, c'est devenu un sacré foutoir) livre les clés du collège et les secrets des pions.

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28 mars 2008

Profs au bord de la crise de nerfs

516HRQHNBJL__AA240_Régulièrement sur les blogs de profs, ya des profs qui craquent, qui s'énervent, qui en ont marre, non mais oh. Eh ben moi cette semaine j'ai vu une prof craquer pour de vrai.
Ben j'dois dire que ça m'a fait tout bizarre, je faisais vachement moins la maline.

Au lycée, des élèves qui craquent, c'est monnaie courante. Entre la fille plaquée par son mec, celle qui s'est battue avec sa meilleure amie, l'élève qui s'est fait exclure de cours par son prof, celui qu'on a collé, celui qui a vomi, le bureau des surveillants, c'est pleurs et lamentations en tout genre. Un sourire compatissant, un "tu veux en parler", une main sur l'épaule et hop c'est réglé. C'est ça aussi, être une pionne de folie.

Mais j'étais pas au courant qu'on devait aussi s'occuper des profs. Eh ben si.
C'est ainsi que s'est pointée une prof, une de celles que j'aime pas, qui nous fait bien comprendre qu'elle et nous, on n'a rien en commun, d'ailleurs on pue un peu, si on pouvait reculer un peu ce serait pas mal, là, merci c'est bien. Donc elle se pointe au bureau :

- S'il vous plaît, on a un problème dans le couloir !

- Quel genre de problème ?
Sans la regarder, en mâchonnant mon crayon devant mon ordi, pour lui montrer toute ma sympathie à son égard. La pionne de folie, c'est moi.

- On a une prof qui a craqué, elle va vraiment pas bien...

- Et donc ?

- Et ben...
Ah, tu fais moins la maline. Ca t'apprendra à nous traiter comme des larbins non mais (je suis un peu remontée, oui).

- Faut voir ça avec le Proviseur hein, nous on est juste surveillants.

- Elle pleure dans le couloir, elle est effondrée !

- Quoi ?
Quoi ? Ca pleure un prof ?  Eh ben, on en apprend tous les jours. J'étais vachement impressionnée. J'appelle les collègues à la rescousse. Gérer les hormones des ados ça va mais les nerfs d'un prof, non non non, ça fait peur.

- Bon alors, la prof est toujours dans le couloir, elle pleure devant tout le monde, faites quelque chose !

Ma collègue Caro prend le relais, et elle, elle est encore plus remontée que moi contre les profs :

- Ben qu'est-ce que vous voulez qu'on y fasse ! Voyez ça avec le Proviseur ou les CPE, emmenez-la en salle des profs, j'en sais rien moi.

- Mais il faudrait qu'elle puisse se remettre, dans un coin, seule, tranquille...

- Allez donc en salle des profs !

Caro, elle est pas commode. Et puis moi je commence à avoir de la peine. Même si une fois ça m'est arrivé aussi de pleurnicher mais on m'a bien claqué la porte au nez en salle des profs, mais non, c'est pas du tout pour ça que je suis remontée, qu'est-ce que vous imaginez. Donc mon grand coeur prend le dessus et là, je sais pas ce qui me prend, je dis :

- Si vous voulez elle peut venir dans le bureau, on a un coin qui ferme avec une porte...

Mes collègues me tuent du regard, j'entends des cris silencieux, non pitié, non, mais ça va pas la tête ou quoi. J'aurais dû me taire sur ce coup. Parce que évidemment la prof court chercher sa collègue qui craque et nous la ramène. Effectivement, elle pleure, elle gémit, c'est pas la grande forme. Hop la prof Superwoman l'installe dans le petit bureau et elle nous fait mille recommandations :

- Bon je ferme la porte, vous la laissez tranquille hein. Mais allez quand même la voir. Moi je vais manger. Je repasserais peut-être plus tard.

Donc on se retrouve comme des cons avec la prof en crise. Et on était bien emmerdés parce que l'ordinateur, il était pile dans cette petite pièce-là, alors pour bosser, ou du moins faire semblant, c'était pas terrible. Et surtout, on n'osait plus rigoler tout fort comme on fait d'habitude. On chuchotait, comme si on veillait un malade.

- Alle Eluise va la voir toi !

- Eh merde, pourquoi moi ?

- Bah c'est toi qui a proposé, t'assumes hein ! Et puis tu vas être prof alors bon !

- Hé mais c'est pas un argument ça ! Et puis moi aussi j'ai faim.

J'ai attrappé mon manteau et j'me suis sauvée. Ben ouais. C'est ça aussi être une pionne de folie.

Posté par Eluise à 18:53 - Les collègues et les profs - Commentaires [21] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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