24 février 2008
Eluise dans le métro
Pour me remettre de mes émotions australiennes, j'ai décidé d'aller
passer quelques jours à Paris chez mon Hôte. Parce que non, je ne suis
pas Parisienne. Je suis une provinciale, une vraie. Donc merci le TGV,
Paris j'arrive. Paris, j'aime bien, mais pour quelques jours seulement,
d'ailleurs, si jamais les hautes instances de l'Education Nationale me
lisent, sait-on jamais, si je pouvais ne pas y être mutée trop vite, ce
serait bien, merci.
Donc me voilà à Paris. Je sais que je suis bien arrivée à Paris et pas
ailleurs parce qu'à peine descendue du train, mes jambes commencent à
courir pour choper un métro. Ce qui est con, pourquoi je cours ? Parce
que tout le monde court. C'est fou ça, tout le monde court et toi t'es
con, tu cours avec, tu sais même pas pourquoi.
Comm
e tout le monde, j'entends arriver le métro et je speede encore
plus, vite vite, faut pas que je le loupe, le prochain est dans deux
longues minutes. Au péril de ma vie, je me faufile entre les portes
qui se referment, et en plus je suis fière de moi. En sueur, mais
contente. Ah la la, heureusement que j'ai couru hein.
Mais mes réflexes de provinciales reviennent vite. Je me mets à
dévisager les gens dans le métro. Les Parisiens, les vrais, ils
regardent personne, y'a que les touristes qui tournent la tête dans
tous les sens avec un sourire idiot. Au fond du wagon, un mec met de la
musique, tend un bout de tissu noir entre les barres et sort une
marionnette, une souris mexicaine avec un sombrero, un truc terrible,
trop marrant. On est deux à le regarder et à rigoler, une petite fille
avec des tresses et moi. Les autres, ils s'en foutent, pourtant il est
pas discret le type avec sa marionnette. Rah ce qu'il est marrant, j'me
bidonne. A côté de moi, mon Hôte Parisien me fout des coups de coude.
- Arrête...
- Ah ah ah !
- Eluise arrête... Tu nous fous la honte...
- Quoi ? Oh c'que t'es rabat-joie ! File-moi ton porte-monnaie je vais lui donner quelque chose !
Le marionnettiste s'en va et tout le monde soupire de soulagement.
C'est à nouveau tout triste. Je fais un clin d'oeil à la petite fille.
Elle a des carambars dans la main, je caresse le secret espoir qu'elle
m'en donne un. Que dalle.
Mon Hôte me tire par la manche, eh fais gaffe mon patelot tout neuf. Ah merde on descend. Ah nan on fait juste un changement.
Nous voilà dans les souterrains parisiens, je lis toutes les pubs, du
théâtre, Surcouf, Carrefour, du cinéma, une expo. Mon Hôte me tire par
la manche. Ouah des Péruviens qui jouent du pipeau ! Viens on regarde !
Pas des masses d'accord l'Hôte.
Sur le quai, on attend le nouveau métro. Moi je recule tout au fond, j'me colle au mur.
- Eluise, viens, avance un peu.
- Nan nan nan. J'ai peur.
- Peur de quoi ?
- Qu'on me pousse !
L'Hôte rigole, il se fout ouvertement de ma gueule. Des gens qui m'ont
entendue me sourient. Quoi, j'vous fais marrer ? Vous viendrez pas dire
que c'est de ma faute si on vous pousse sur les rails, j'vous aurais
prévenus.
En attendant, je lis à nouveau les trucs sur les murs, y'en a tout un
tas, c'est vachement joli, je sais plus le nom de la station, mais y'a
des dessins partout avec des textes, c'est méga coloré, j'me demande si
quelqu'un a déjà eu le temps de tout lire.
Le métro arrive. Les gens essaient de descendre du wagon, mais ils y
arrivent pas parce que ceux qui veulent y entrer restent plantés devant
la porte, ils veulent monter vite vite vite, c'est trop marrant.
A nouveau j'observe les gens. Pas de petite fille cette fois-ci. C'est bizarre, y'a jamais d'enfants dans le métro. D'ailleurs les gens sont souvent seuls. Ils lisent, écoutent leur musique, regardent leurs pieds. Même mon Hôte Parisien, il me parle pas, il lit Direct Soir. Un type entre avec un caddie qui fait de la musique, il se met à chanter, ça met l'ambiance.
- Volare, hoho, Cantare, ho ho hoho, nel blu dipinto di blu...
Je commence à chantonner. Mon Hôte me fiche un coup de coude. Jme planque derrière Direct Soir.
- ... felice di stare lassu'...
Un vieux monsieur italien chante carrément plus fort que moi, je le regarde en souriant, et je chante en chuchotant, le vieux rigole. L'homme au caddie a l'air content, mais il finit par s'en aller.
Nous aussi on descend, vite vite vite.
On remonte à l'air libre. Pfiou. Quand je dis air libre j'exagère. Klaxons, pollutions, Vélib, bienvenue à Paris Eluise.
