14 février 2008
Mes muses m'amusent
Y'a des jours comme ça où tout se barre en couille. Avant j'aurais pété mon boulard. Maintenant je souris sereinement. Je me dis que ça me fera un bon article pour mon blog. Vaaaas-y, défoule-toi gamin, sois ma muse.
C'était un de ces jours fantastiques où le CPE a la grippe, où la collègue est malade, où le collègue est en concours et surtout, un de ces jours où Proviseur Foufou et moi, on se retrouve seuls. Donc il focalise l'emmerdement maximal sur
moi, mais là aussi je relativise, j'me dis qu'il va devenir une star blogesque grâce à moi.
- Eluise il faudrait aller surveiller un devoir de 3e au deuxième étage.
- Ma foi oui j'aimerais bien avoir ce merveilleux don qu'est l'ubiquité, mais sachez, Proviseur Foufou, que je suis seule, ô oui, seule. Je ne peux surveiller la perm' avec ses habitués, ses collés et ses exclus, traiter les billets d'absence, envoyer des courriers aux parents, traiter les retenues déposées par les profs et...
- Ah bon, mais pourquoi vous êtes toute seule ?
Parfois il dit des trucs cons comme ça, sans trop réfléchir, c'est rigolo.
- Bon ben je vous envoie les 3e, vous les surveillez ici, dans la perm'.
En voilà une idée qu'elle est bonne.
Je me retrouve donc avec une trentaine de 3e, une demi-douzaine de collés, quelques dispensés, bref, une bonne quarantaine de gamins, si avec ça je m'amuse pas et je trouve pas matière à bloguer, c'est vraiment que je le fais exprès.
Hop un par table, hop je distribue les devoirs, taisez-vous, asseyez-vous, enlève ta veste (mais c'est quoi ce délire de garder son manteau partout ?), tais-toi j'ai dit, sors un stylo tu vas pas écrire avec ton doigt, mais tais-toi euh, et une feuille aussi, ben oui c'est mieux, retourne t'asseoir, eh tu vas où toi, allez silence les 3e travaillent, eh m'dame vous devriez être prof, oh c'est un compliment ça, quoique j'suis pas sûre alors méfie-toi mon brave.
Silence relatif. Y'en a qui essaient de gruger un peu, j'leur explique que je suis pas une belette, j'les connais toutes les combines, comment tu crois que je suis là où je suis maintenant ?
Et là, c'est le drame, comme dirait Jules Edouard Moustic, enfin j'suis pas sûre que ce soit lui l'inventeur, mais bref, là c'est le drame parce que débarque un convoi d'exclus. Exclus par Mme Français, qui pratique peu l'exclusion de cours, pour ne pas dire pas du tout. Elle aime bien garder ses brebis avec elle, même les galeuses, et c'est tout à son honneur. On l'aime bien Mme Français. Du coup j'me suis dit qu'un truc vraiment grave avait dû se passer, et pis cinq d'un coup, ça fait du monde quand même. Evidemment, il s'agissait des 6e Duracell-Déchaînés, tellement déchaînés qu'on a jamais vu ça. Mon collègue Olivier il dit que dans cette classe, sans faire exprès, ils ont réuni tous les gamins qui avaient une toute petite toile d'araignée en sortant du CM2 (en gros, je crois que c'est cette espèce de petit graphique qui montre l'étendue - ou pas - de leurs capacités). Bref, les affreux débarquent, à grand renfort de claques mutuelles derrière la tête, de croche-pattes, de madame-mais-c'est-pas-moi, de sacs volants.
- Chuuuuut ! Mais chuuuuut les 3e ils travaillent ! Chuuuut !
J'osais pas crier alors j'vous dis pas les postillons, morts de rire les 6e.
Ils en ont rien à faire de moi ces 6e, ils continuent leur bordel. Allez les grands moyens. Hop un au coin, un à côté de moi, un dans le couloir, un sur la chaise du vilain, c'est-à-dire la chaise juste en face du bureau du proviseur foufou.
Celui au coin s'est mis à danser la tecktonik pour faire rigoler les copains, celui dans le couloir faisait des allers-retours en sprintant tout seul, celui sur la chaise du vilain s'est sauvé pour aller sprinter avec son pote, celui à côté de moi a fait que me gonfler en rigolant tout seul.
Du coup les 3e ils rigolaient bien aussi, je faisais que courir dans la perm' après mes 6e malicieux, j'osais pas crier pour pas déranger les 3e en devoir, mais eux ils en profitaient pour se filer les réponses du devoir, quelle bande d'ingrats quand même, je passe pour quoi moi après.
J'étais toute essouflée, toute stressée, en plus je pouvais même pas les exclure ces 6e, tiens c'est un concept ça, exclure les exclus, mais j'étais heureuse dans le fond. J'ai pris un ptit bout de papier, celui où je note mes idées d'articles, et pis j'ai écrit "le bordel du devoir". Voilà.
Attention y'a du spoiler.

