Une pionne assiste l'éducation en permanence

Une assistante d'éducation (ou une surveillante, une pionne quoi, c'est devenu un sacré foutoir) livre les clés du collège et les secrets des pions.

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23 décembre 2007

Divination

cristalMême pendant les vacances, le pion travaille.

Nan j'rigole. Faut pas abuser.

Mais un peu quand même. Il perfectionne ses qualités divines, euh divinatoires pardon. Je m'explique.

En effet, le pion est souvent amené à deviner les choses, ça fait partie de son boulot. Par exemple, les élèves pensent que le pion est devin-omniscient (mot compte triple).

- Eluise, tu sais pas où elle est ma trousse ?

- M'dame, y'aura des profs malades demain ?

- Madaaaaaame, j'ai cours en quelle saaaaalle ?

Et mon travail est de répondre à tant de requêtes. Souvent j'en profite pour excercer mes divins talents divinatoires :

- Dans ton sac.

- Oui.

- Essaie la salle 119.

En général, j'me plante. Mais quand l'élève s'en rend compte, je suis déjà loin.

Mais là où je suis le plus amenée à exercer ces talents, c'est avec les profs. Dans le sanglant combat qui nous oppose à eux à propos des billets d'absence. Le (gros) mot est lâché.

Les profs doivent remplir leur billet d'absence en début d'heure, c'est-à-dire noter le jour, l'heure, leur nom et les noms de TOUS les absents. Et ça, ça les chiffonne. Parfois ce sont eux qui jouent aux devins en me faisant des billets datés du lendemain. Ou de la veille. Ou alors ils oublient l'heure. Donc on sait que l'élève est absent mais quand ? Faut deviner. Ou alors ils oublient de noter leur propre nom. Ce qui peut passer, sauf s'ils oublient l'heure. Ben oui parce que je ne peux plus du tout savoir à quelle heure l'élève n'est pas allé en cours. Là je me transforme en graphologue pour retrouver qui est l'auteur de l'infâme billet, je compare avec d'anciens billets, je mène l'enquête... Quel boulot. Mais vous n'avez encore rien lu, y'a pire. Il faut régulièrement que je devine qui est absent. Car un prof qui fait l'appel, ça donne ça :

- Qui est absent ?(à 30 élèves occupés à sortir leur bazar de leur sac).

- Machin !

- Bidule !

- Merci !

Et voilà. Sauf que souvent, il manque également Trucmuche et Untel. E le prof s'en rend compte au milieu de son cours. Et je me dis que soit il pense l'avoir mis sur son billet (c'est ça quand je suis de très bonne humeur), soit il se dit que je vais deviner (ça c'est quand je suis d'humeur normale). Ce qui peut passer, car si l'élève a été absent l'heure précédente et l'heure suivante, je devine qu'il n'est pas sorti de chez lui exprès pour une heure de géo. Mais là où ça ne passe pas, c'est quand l'élève a séché spécifiquement cette heure de cours. Vous êtes d'accord avec moi : s'il était présent avant et après, je ne peux pas deviner qu'il a séché les maths. Et là on assiste à des scènes surréalistes :

- Bonjour, écoutez je ne comprends pas, ça fait plusieurs fois de suite que Maxime n'assiste pas à mon cours et il n'a jamais de billet d'excuse à me présenter.

Comprendre : qu'est-ce que vous foutez putain ?

- C'est bizarre, je ne me souviens pas qu'il ait été absent. Je regarde ça tout de suite... Non, aucune absence, désolée.

- Mais c'est impossible ! Je vous assure qu'il n'était pas là ce matin !

Comprendre : qu'est-ce que vous foutez putain ?!

Et là je sors le billet de cette prof, du matin même.

- Oh c'est rigolo regardez, vous ne l'avez pas noté absent !

Comprendre : dans tes dents.

- Oui, bon, j'ai oublié, ça arrive. Mais bon, vous auriez pu le savoir quand même non ?!

Non, justement. J'aurais dû deviner.

Posté par Eluise à 12:53 - Les collègues et les profs - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


20 décembre 2007

Orientation scolaire

poteau_orientation- Et toi Juliette tu veux faire quoi plus tard ?

- J'veux être chômeuse.

- Mais c'est pas un métier chômeuse.

- Bah si.

- Bah nan.

- Bah si ! Même que mon père il est chômeur. Tu vois bien.

Posté par Eluise à 19:08 - Perles d'élèves - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Leçon de psychologie adolescente

bagarre_village_gaulois

Avant les vacances, y'a pas mal de profs absents. Soit ils ont la gastro soit ils se prennent une semaine de vraies vacances avant que tous les gamins soient en vacances. Va savoir. Toujours est-il qu'un prof absent une heure ça fait 30 gamins lâchés dans la nature. Et quand je dis nature, j'entends salle de perm'. La jungle quoi.

La technique du pion c'est évidemment de les mettre un par table pour éviter qu'ils discutent. Mais si par malheur y'a deux profs absents ça fait 2x30 soit 60 élèves. Oui oui. Et là on est obligés de les mettre deux par table. Alors on les filtre, on sépare, on éloigne les chiants, on rapproche les très chiants, c'est tout un art.

Mais l'astuce ultime, c'est de les mettre deux par deux un garçon / une fille. Et de regarder. Ils osent plus bouger tellement ils ont peur de frôler le sexe opposé, on sait jamais, ça brûle, ça mord, ça tâche ces bêtes-là. Donc ils font tous leurs mouvements dans un espèce de ralenti artistique, de tous petits mouvements hyper contrôlés. Ils osent plus parler non plus. Bah oui, ils vont quand même pas parler au voisin, et se retourner implique bouger son corps de façon excessive avec mouvement giratoire vers l'ennemi donc danger. Ils bougent même plus la tête, de peur de croiser son regard. Hop ils font style ils lisent un truc genre les numéros de leur règle, la composition du tube de colle, mais ô grand jamais un livre. Faut pas pousser mémé dans les orties.

Le problème c'est quand ça part en sucette. 2 pionnes face à 60 gamins + les exclus (la crème de la crème du collège en général) + les éventuels dispensés de sport + les perdus + les retardataires = environ 70 élèves, c'est clairement minoritaire.

Et l'autre jour, c'est parti en sucette. On n'a rien vu venir, on a juste entendu fuser un "T'es une tapette ! " (c'est l'insulte ultime pour l'homme qui sommeille dans le prépubère) et puis boumbambimtadam des chaises sont tombées, des 6e ont chu de la chaise, des boulettes en ont profité pour voler, des cahiers se sont jetés par terre, une clameur s'est élevée et ça a commencé à se taper avant même qu'on ait compris ce qui se passait.

Les bagarres en perm' c'est ce qu'il y a de pire parce que ça fout le bordel dans tout le collège, tout le monde se ramène, on peut pas éloigner les badauds, on peut pas crier, c'est vraiment la poisse. Peuvent pas se battre à la sortie comme nous on faisait.

Bref on se ramène, on constate que c'est Marie qui tape Baptiste, hop on se fraye un chemin, j'en prends un, ma collègue prend l'autre, à cet âge-là ils sont pas encore plus grands que nous heureusement et zou chez le CPE. Ils reviennent juste avant la sonnerie et nous on était bien contentes parce qu'au moins pendant qu'ils étaient chez le CPE ils étaient pas chez nous. L'affaire semble réglée.

Erreur. Mon oreille de sentinelle (vous vous souvenez la série ??) perçoit ces sons ô combien inquiétants "m'en fous, vais le péter dans le couloir". C'est Marie la Terreur. Merde. Une bagarre dans le couloir c'est pire qu'une bagarre parce que là c'est 350 élèves qui se ramènent et à deux pionnes, on fait carrément pitié.

Alors je vais m'asseoir avec Marie et j'entreprends un "dialogue". Trucs du genre "montre que t'es plus intelligente que lui", "tu vas avoir des problèmes, c'est trop dommage", "je suis sûre que tu vaux mieux que ça", "c'est pas ton genre", "j'ai confiance en toi". En général ça marche. Effectivement, elle se calme, elle réfléchit, oui j'ai raison, elle y avait pas pensé, elle a pigé le message, que je m''inquiète pas. Je suis vachement fière. Quelle psychologue de folie je fais. L'affaire semble réglée pour de bon.

La sonnerie retentit. Je m'arrange pour la faire sortir après tout le monde, et surtout après Baptiste. Bah ouais, je suis pas conne non plus, j'me méfie, un incident est si vite arrivé. Mais elle a l'air tranquille pour de vrai. Ca me réchauffe le coeur. Je la laisse sortir.

Trente secondes passent.

- Madame, madame, y'a Marie elle défooooonce Baptiiiiiiste.

Psychologie à la con. Prochaine fois je la laisse chez le CPE toute la journée, ça lui fera les pieds.

Posté par Eluise à 16:44 - En permanence - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 décembre 2007

Superstar

starJ'ai appris récemment que j'ai carrément la classe auprès des collègiens. Oui j'me la pète. Différents indices rassemblés m'ont mis sur cette voie, ô combien flatteuse.

Ca a commencé tout d'abord par un "Eeeh M'dame, zêtes fashion !". J'avoue que sur le coup je m'étais demandé si c'était du lard ou du cochon. Un prépubère et moi n'avons pas la même notion de ce qui est "fashion". Les filles fashion elles ont un piercing au-dessus de la bouche, du noir sur les yeux, du crayon autour des lèvres, des créoles aussi grandes que des bracelets, un mini manteau, le nombril (percé) à l'air, des pantalons taille basse, des godasses à talon et une french manucure. Vous voyez, vous aussi vous êtes inquiets pour moi. Et puis j'ai vu que pas mal de profs (sans vouloir offenser personne évidemment) et les prépubères n'avaient pas non plus la même notion du fashion. Et j'ai finalement constaté que c'était moi qui me rapprochais le plus de leur idée du fashion. Mathématique.

A cela s'ajoutent certains murmures dans les couloirs, dans mon dos, qui ont attiré mon attention. Les murmures en général je fais semblant de pas les entendre, sauf quand c'est des trucs du genre "fais gaffe y'a la pionne" (là j'accours) ou "ahahouhahah elle a la braguette ouverte" (là je me sauve). Mais cette fois-ci, c'était différent. Il s'agissait d'innocents 6e, pour qui le collège est trop grand trop beau (pour l'instant) qui disaient (attention suspens) : "La pionne elle est trooooop beeeeelle". Non. Si. Je me suis retournée, pour voir si c'était bien de moi qu'ils parlaient, et eux ils ont flippé, on aurait dit que je les avais gaulés en train de m'insulter. Trop marrant. Je vous dis pas comme ça a illuminé ma journée.

Alors avec tout ça, autant dire que moi j'avais carrément pris le melon. 

Jusqu'à la semaine dernière.

On glandait discutait entre pions, comme ça nous arrive tout le temps parfois, et on se balançait ce que les élèves disent sur nous quand on n'est pas là.

- Olivier ils te kiffent. En plus ils t'admirent parce que t'es fort en maths. (je suppute qu'il leur fait leurs exos, enfin moi je dis ça...)

- Steph, ils racontent que t'es trop sympa. Mais comment tu fais putain ?

- Euuuh, c'est comment ton prénom déjà ? Ah oui Emilie. Euh nan toi ils se souviennent jamais de ton prénom.

Alors moi j'attends impatiemment mon tour. Je sais déjà ce qui va être dit. Les gamins auront sûrement loué ma beauté, ma classe naturelle, qui rayonne en perm', fait resplendir leur journée, leur donne envie d'aller faire signer leur carnet...

- Toi Eluise ils disent que t'es méchante.

Quelle bande d'ingrats. Demain je mets une jupe ils vont voir un peu. Et s'ils sont pas contents c'est une colle.

Posté par Eluise à 19:09 - Fierté de pion - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 décembre 2007

L'esprit de Noël

noelLorsque approchent les vacances, de Noël de surcroît, la vie d'un pion devient dure. Et à une semaine des vacances, autant dire que je suis sur le pied de guerre, à peine arrivée au collège je détecte la merdicité ou pas de la journée.

En ce moment ça se bagarre pas mal, on dirait qu'ils veulent tous régler leurs comptes avant les vacances, ben oui, comme ça à la rentrée tout est propre et neuf, on repart à zéro. Pour bien commencer l'année quoi. Mais bon faut se castagner avant. Et comme on est en décembre, autant dire qu'il y a 12 mois d'arriérés et que ça fait du boulot tout ça.

Sauf que nous les pions, on guette l'échauffourrée. On est à l'affût du moindre signe. Eh eh. 

- J'ai vu Benjamin et Julien parler ensemble aujourd'hui. Vachement longtemps et sans Jean. Ils ont même pas joué au foot dans la cour. C'est bizarre nan ?

- Pierre porte une écharpe. D'habitude il a même pas de manteau. Tu crois pas qu'il veut essayer d'étrangler quelqu'un ?

- On m'a raconté que Mélanie a piqué le mec de Julie. Et Julie elle l'a traitée de salope. Alors Mélanie elle a dit qu'elle allait amener sa soeur et qu'elle allait lui casser la gueule à la sortie. Du coup Julie veut lui casser la gueule en premier à la récré.

Y'a différents indices donc. Mais tous mènent à la même attitude de la part du pion futé. Hop je m'embusque dans les couloirs pour écouter si ça parle baston. Hop je soudoie mes informateurs ("si tu me dis c'qui s'passe je te laisse t'asseoir avec ton pote"). Hop je scotche les individus dangereux partout où ils vont. Hop j'enlève mes moufles, on sait jamais, je pourrais avoir besoin de mes mains. Malin hein.

Mais parfois on se fait feinter. Le ton commence à monter dans un coin, ça sent la castagne, alors on accourt tous, on sépare les combattants et on est vachement content, on se dit qu'on est intervenu avant qu'il y ait des blessés. Et puis on se dit que c'est bizarre que le "public" soit parti si vite, d'habitude ils veulent pas bouger, va savoir pourquoi, ils se disent peut-être que c'est nous qui allons nous battre. Alors on regarde où ils sont tous partis et c'est là qu'on se rend compte que c'est des malins. Y'en a, ils profitent des bagarres mineures pour lancer une bagarre majeure à l'autre bout de la cour. Tranquillou. Alors on court, on sépare, souvent on se prend un ptit coup de coude par là, un ptit coup de pied par ici et on n'est pas content. Y'a des blessés, faut aller à l'infirmerie et l'infirmière elle est pas souvent là, alors après on se farcit les éclopés qui reniflent en perm'. Et en plus, entre-temps c'est ceux de la bagarre mineure qui ont recommencé. Sont pas cons. Enfin si. Et rebelotte, on court, on sépare, infirmerie.

Et nous tout ça, ça nous emmerde parce que pour une récré de 12 minutes avec deux bagarres engageant au total 4 combattants, ça nous fait rédiger 2 rapports, 4 sanctions, faire 16 photocopies, et dépenser 50 centimes pour un café.

Tout ça pour dire que vivement les vacances.

Posté par Eluise à 15:38 - La récré - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17 décembre 2007

Entretien d'embauche

toilettes

On a une nouvelle collègue. Autant un nouveau prof ça déchaîne les passions chez les élèves, autant un nouveau surveillant, tout le monde s'en fout. Enfin je crois. Ptêt que ça les émeut en fait, va savoir.
Le proviseur aime bien embaucher des gens qui n'ont pas encore d'expérience en tant que pion. Va comprendre. Et bizarrement il choisit souvent des empotés. Je dis ça parce que c'est un nouveau proviseur, c'est pas lui qui nous a embauchés, mes collègues et moi, nous on n'est pas des empotés, sinon je m'insulterais toute seule, j'suis pas bête quand même.

Bref cette nouvelle pionne. Elle nous a tout de suite semblé gentille. Et ça c'est un problème. Nous on aime les durs à cuire, les gens qui peuvent crier sans se péter la voix, dégainer la retenue sans remords, gérer le logiciel des absences (ô sconet) sans péter un câble, multiplier les fractions entre elles et j'en passe. Donc quand la fille elle a commencé à me parler tellement pas fort que j'entendais rien et que donc du coup j'ai dû faire baisser le volume de la perm' : "Ooooooooh vous vous taiseeeeeeez ! J'entends pas c'que la nouvelle surveillante elle me raconte ! Nan je sais pas comment elle s'appelle ! Comment tu t'appelles au fait ?", on s'est toutes les deux dit que c'était mal barré cette affaire.

Alors on l'a formée. On lui a expliqué qu'elle devait être une warrior, rien céder, pas se faire entourlouper mais pas être méchante non plus, on n'est pas des monstres, non mais oh. Gueuler sur certains mais pas sur d'autres parce que sinon ceux-là ils se braquent et t'en fais plus rien, ben non on n'a pas une liste de ceux-là, c'est au feeling. Lui dire qu'on ouvre les toilettes en dehors des heures d'ouverture à personne sauf à ceux sur qui on peut gueuler mais pas à ceux qui se braquent, mais là non plus on n'a pas de liste, c'est au feeling. Elle avait l'air perplexe devant tant de justice et de simplicité.

Après elle a fait sa première perm' de 40 élèves. Elle a essayé de demander le silence. Raté. Elle a crié. Raté. Alors moi j'ai gueulé et ils se sont tus mais c'est surtout elle qui a eu l'air d'avoir peur. Va savoir pourquoi. Du coup elle aussi elle s'est tue.

Et puis après ce sont les élèves qui l'ont formée. L'épreuve du feu. Ou de l'eau plutôt. Les toilettes. Vous l'avez sans doute remarqué, c'est un sujet sensible et récurrent, sans mauvais jeu de mot. Milieu d'heure, en perm', c'est Johanna qui passe à l'action :

- Eluise tu peux me donner les clés des toilettes ? (Eluise c'est moi hein)

- Bien tenté. Mais non.

- Allez, steuuuupléééééé, j'ai enviiiiiie.

- Je suis sûre que tu vas pouvoir empêcher ta vessie de craquer pendant encore une demi-heure.

- Mais nan mais...

Regard noir de ma part, légère dilatation de narines, elle saisit le message et repart, dépitée. Fin de la scène. Du moins le crois-je.

Je vais faire mon tour de couloirs récupérer les billets d'absence et en redescendant, que vois-je, ô vision d'horreur ? Quatre élèves dont Johanna, dans les toilettes, se crachant de l'eau au visage, se déguisant en momie de PQ et criant à tout va. Le bon bordel quoi. Si le proviseur voit ça, adieu mon job. S'ils retournent en cours trempés, j'ai les profs sur le dos.

- C'est quoi ce délire, zêtes malades ou quoi ?

- Bah nan c'est la nouvelle pionne elle a dit qu'on pouvait !

- Quoi, faire le bordel ?

- Ben nan, faire pipi.

- Pipi collectif à tendance festif ? Allez vous virez de là.

Là ils se regardent en fronçant les sourcils, s'essuient le visage avec le PQ, y'en a un peu qui reste collé au front, ils recrachent un peu pour la forme, ils vont faire pipi parce qu'avec tout ce bordel ben ils ont pas eu le temps et retour en perm'.

La clé de cette affaire est assise tranquillement derrière le bureau.

- Dis voir, euh, c'est comment ton prénom déjà ?

- Emilie.

- Emilie. Euh. Sauf erreur de ma part, tu leur as un peu ouvert les chiottes alors que j'avais dit non, remettant ainsi en cause mon autorité si durement acquise ?

- Ah bon, t'avais dit non ?

Pire qu'une élève. Si elle avait un carnet je lui mettrais un mot pour mauvaise foi caractérisée.

- Effectivement j'avais dit non et je suppute que tu as entendu puisque tu étais assise à côté de moi.

- Oui je sais... Mais bon... Faut être humain quand même.

Ah oui c'est vrai. J'avais oublié. Heureusement qu'elle est là. C'est comment son prénom déjà ?

Posté par Eluise à 21:14 - Les collègues et les profs - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 décembre 2007

Gardien de collège

prisonJ'aime bien mon boulot. Dans "assistante d'éducation", y'a "éducation" et tout ce qui va avec. Et certains jours je me sens investie d'une mission. Eduquer ces jeunes esprits, les élever, en faire de brillants citoyens... Ah j'en frissonne.

L'autre jour j'assurais le calme dans la cour de récré grâce à ma présence (en fait je faisais juste des allers et retours entre le préau et l'endroit où ils jouent au foot, je vous dis pas comme ça crève) et arrive ma collègue Stéphanie, elle aussi assistante d'éduc. On discute, j'étais contente parce que j'étais plus toute seule pour sillonner le champ de bataille, et du coup le temps passait plus vite. Mais à deux on surveille nettement moins bien. Ben oui, on peut pas tout faire, discuter et surveiller. Et donc on parle avenir et Steph' me dit qu'elle s'est inscrite au concours de surveillant pénitentiaire. Gardien de prison quoi.

Et là je m'interroge. D'où lui vient cette soudaine vocation, elle qui avant faisait des études de secrétariat ? Y'aurait-il un lien subtil entre la surveillance d'ados et celle de prisonniers ?

C'est vrai que parfois oui.

-Y'a des limites à pas dépasser (des lignes blanches au sol) sinon on déclenche la sirène, à savoir moi qui crie "Eh oh tu reviens dans le collèèèèège !".

- Les élèves sont entassés à 30 dans une salle avec un surveillant en chef, le prof.

- De petites heures de liberté, dans le périmètre du collège s'il vous plaît. Celui qui sort se fait abattre (rapport, convocation des parents, la sanction ultime).

- C'est le pion qui décide quand on va faire pipi, parce que les toilettes sont fermées à clé.

- Il faut faire preuve de bonne conduite, sinon on te change de prison, euh de collège, ou alors on te donne des années supplémentaires, ça s'appelle redoubler.

- Parfois il est possible de soudoyer les gardiens-pions avec du chocolat ou des bonbons, mais jamais d'argent, ça laisse des traces.

- Pas de vie privée : le pion exige de connaître les potins, de savoir pourquoi Mathias et Alice se sont séparés, et si c'est la faute de Chloé dis-moi-le je règle ça.

- Le réfectoire est sous haute surveillance, une enquête est menée par les pions en cas d'envol de mie de pain.

- Les bizuts, enfin les 6e quoi, sont malmenés par leurs congénères, pour qu'ils pigent tout de suite où ils ont atterri. D'ailleurs c'est remarquable d'observer la transformation d'un 6e : en quelques mois il ose vous regarder dans les yeux, parler à haute voix, demander qu'on lui ouvre les toilettes et même parfois rire devant vous. Si si.

C'est un peu la jungle en fait, quand j'y pense.

Bref Steph' va passer son concours. Si ça marche, faudra qu'elle me raconte si elle est dépaysée. Quand même un peu nan ?

Bon moi je vais continuer ma mission éducative.

Posté par Eluise à 18:47 - Fierté de pion - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Soutien scolaire (ou pas).

devoirsLe truc qui est cool avec le pion, c'est qu'on peut lui faire faire n'importe quoi (sauf le café j'ai dit). Chez nous, le pion il fait du soutien scolaire. Même s'il est nul en tout, qu'il fait des fautes d'orthographe, qu'il sait pas placer le Darfour sur une carte, qu'il sait pas multiplier des fractions ou calculer la surface d'un cercle.

L'autre jour, je soutenais donc scolairement mon petit groupe d'élèves. Vachement contents d'être là. Ce sont les parents qui les inscrivent et eux ils sont obligés de venir, alors qu'ils auraient pu quitter une heure plus tôt. Les boules. Et les boules pour moi aussi, je pulvériserai jamais mon record de jeter de hamsters sur internet. Donc ils se pointent, 10 minutes de retard ("J'étais aux WC m'dame ! ", "Je disais au revoir à mes copines", "J'étais coincé dans mon casier", "Je me suis perdu", au choix) et hop on attaque. Enfin c'est vite dit. Il leur faut déjà 10 minutes pour sortir leurs cahiers de texte. Parce que moi je dis cahier de texte mais eux ils disent agenda, alors ça crée des quiproquos. Alors je leur dis que c'est un quiproquo mais ça non plus ils savent pas ce que c'est alors on perd encore 10 minutes. Donc finalement ils sortent leur agenda tout découpé-colorié-collé-annoté-plein de photos où en fait pour trouver les devoirs, faut s'accrocher, c'est le bazar. Ayé, là, entre une photo et un "J''t'ador ma puce T tro belle ma meilleur ami, on a tro D bon délir ensembl", y'a un ptit truc marqué. Du français, ça devrait aller. Des exercices sur les accords du participe passé. Ca date. Genre en décénnies. J'essaie de me rappeler la règle, je me lance dans une explication free-style, ils froncent les sourcils, ils ont rien compris, je sors les rames, ah une étincelle à gauche, je continue, non rien chez les autres.

- Bon allez on va commencer l'exercice et en le faisant, vous allez bien finir par comprendre.

Rien de tel qu'expériementer par soi-même.

Ca avance pas trop mal, en fait Eva à gauche a pigé et elle balance les réponses à tout le monde. Ca convient à tout le monde. Je vais pas casser l'ambiance.

Hop ils ont fini la page d'exos.

- Tiens Jessica tourne la page, je pense qu'il y en a encore de l'autre côté.

- Nan M'dame y'a qu'ça.

Je tourne la page.

- Ah oui, effectivement, y'a qu'ça.

Grâce à moi ils ont progressé en français. Je suis vachement fière. Jusqu'à ce que Jessica me réponde :

- Tiens, niquée !

Tout le monde rigole. Moi sur le coup j'ai pas envie. Mais un peu quand même, au fond, j'avoue. Mais je me retiens.

C'est moi qui ai besoin de soutien.

Posté par Eluise à 17:18 - Perles d'élèves - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 décembre 2007

On se range deux par deux pour entrer s'il vous plaît

serrureL'assistant d'éducation c'est celui qui avant s'appelait le surveillant mais qu'en fait tout le monde appelle le pion. C'est pareil, c'est juste que c'est plus classe et qu'il gagne moins (mais c'est tellement classe que ça passe).

Le pion a les clés de toutes les salles, des toilettes, de l'ascenceur, du cdi, enfin bref de tout, c'est un peu comme Passe-Partout dans Fort-Boyard. La classe je vous dis. Ca fait de lui une personne très demandée. Même si parfois on le prend quand même un peu pour un larbin (les photocop', le courrier...). Mais il ne fait pas le café. Faut pas pousser.

Ses chefs sont les CPE et le proviseur. Mais ses vrais chefs, ce sont les élèves. Ben oui. Et vas-y que je t'emmène aux chiottes, que je t'accompagne chez l'infirmière, que j'appelle ta mère, que je te signe tout ça... Le pion est à la merci de 350 mômes à qui il faut faire croire que c'est lui le chef. C'est ça le vrai boulot. Ca a pas l'air marrant, mais croyez-moi, ça l'est.

Posté par Eluise à 14:12 - Fierté de pion - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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