Une pionne assiste l'éducation en permanence

Une assistante d'éducation (ou une surveillante, une pionne quoi, c'est devenu un sacré foutoir) livre les clés du collège et les secrets des pions.

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14 mai 2008

L'amour est dans le lycée

amourDepuis l'arrivée du printemps, les blogs surfent sur l'amooooour, le soleil et tout ça. Même moi j'y suis passée.
Aujourd'hui, nous allons donc parler d'amour, encore, parce qu'il fait soleil et que j'ai envie.

Mais d'un amour particulier.

Lorsqu'on est pion ou même prof, peut-on surfer sur la vague d'amour avec un élève ?
Ah hum me direz-vous.

Oui c'est un sujet épineux, je sais.

Nous les pions, on a souvent une toute petite différence d'âge avec les élèves, surtout lorsqu'on exerce en lycée, surtout lorsque ledit lycée a des classes prépas ou des BTS. Dans ces cas-là, certains jeunes sont carrément plus âgés que nous.
Vous me direz, certains profs sont jeunes alors c'est pareil. C'est vrai, je viens d'y penser.

Que se manifeste la pionne qui n'a jamais reluqué un lycéen. Ou la jeune prof.

Moi j'avoue, y'en a un au lycée que j'aime bien. Il a des poils et tout et tout, si je le croisais dans la rue, je ne devinerais jamais qu'il n'a que 17 ans. Quand il vient au bureau, je rougis un peu, je bafouille comme une ado, je soupire quand il sort. En ce moment il a une amoureuse, et j'avoue, quand elle vient au bureau cette connasse, je la maudis du coin de l'oeil.

Le plaisir des yeux, y'a que ça de vrai. (soupir).

J'ai sondé mes collègues féminines, elles aussi, elles ont toutes leur amoureux pubère. Y'en a une qui aime bien le mien, mais je lui ai dit que c'était le mien et qu'elle avait qu'à s'en trouver un autre. Tous nos amoureux sont beaux et grands, et aucun ne fait de tecktonik, je vous rassure.
J'ai sondé mes collègues masculins, mais les garçons ils sont cons, ils ont ricané, mais naaaan hé qu'est-ce que tu racontes. Avant de m'avouer qu'effectivement, certaines lycéennes étaient carrément bonnes jolies et que s'ils les croisaient en dehors du lycée, ils les dragueraient bien.
J'aimerais sonder les profs mais eux, je pense qu'ils rigoleraient moins, ils auraient peur que je les balance à Proviseur Foufou.

Eh oui, reluquer du lycéen, c'est mal.
Pourtant certains élèves sont majeurs.
Et les mineurs, on a du mal à les reconnaître, certains semblent plus âgés que nous.

Eh oui, le lycéen est taquin, il se camoufle, il se fait passer pour un grand. Certaines élèves sont carrément aguicheuses avec les pions, de la fesse ici, du sein par là, du maquillage en veux-tu en voilà, du talon tu auras, un sourire charmeur le voilà. Alors parfois j'ai des collègues qui ne peuvent s'empêcher de faire des clins d'oeil, des sourires blancheurs, et les lycéennes poussent des petits cris de joie.

Pour nous les filles c'est plus difficile, encore que... Y'en a qui...

C'est également notre statut de pion qui veut ça. Le tutoiement, le racontage de vie, les rigolades, les blagues, on crée une vraie relation avec certains élèves, à laquelle s'ajoute la faible différence d'âge, et le tout donne des relation bizarres parfois.

Bizarre oui, parce que c'est le mot. Même si l'élève est majeur, même s'il a l'air d'avoir 25 ans, ben ça reste bizarre.
Mais bon, chacun fait ce qu'il veut.

D'ailleurs mon petit chéri de Première, si tu me lis...

Posté par Eluise à 16:27 - Elèves - Commentaires [30] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 mai 2008

Eluise en Suède

suedeJ'aime les week-ends qui se prolongent. Ou ceux qu'on prolonge soi-même en annonçant à son proviseur qu'on a cours à la fac alors qu'on se sauve pour cinq jours en Suède.

Ah la Suède avec ses rennes, ses blondes, ses Ikéa, ses bières light, ses Kottbullar, ses saunas, ses vélos.

Le cadre : Un camping. Une Skoda Fabia. Stockhom et ses environs. Un temps magnifique. Revenir de Suède avec des coups de soleil, ça c'est la classe. Par contre face à Proviseur Foufou demain, ce sera moins classe.

Les protagonistes : Ze Tomtom, Miko, Krisprolls et Eluise en grande forme.

Rapide bilan du séjour suédois :

- avons assisté à une confirmation de protestants luthériens,

- avons été victimes d'une petite suédoise certifiée moins de 10 ans qui matait les garçons tout nus dans le sauna,

- avons assisté à une parade d'une vingtaine d'écoles de musique européennes, musiciens déguisés en canards, en majorettes, en lapins violets,

- avons payé 25 euros pour garer la Skoda quelques heures dans un parking du centre,

- n'avons rien compris aux menus, d'où l'arrivée fracassante dans mon assiette d'une tarte au roquefort et dans celle de Ze Tomtom d'une salade aux crevettes,

- avons attendu Krisprolls qui devait faire caca à chaque fois qu'on était prêt à partir,

- avons eu affaire à des gentils hooligans suédois,

- avons halluciné devant la forte proportion de blondes à gros seins et de fausses brunes,

- n'avons rien trouvé à picoler,

- avons fait trop peu de shopping à mon goût,

- avons pique-niqué au bord d'un lac en assistant au coucher du soleil,

- avons découvert la vie d'Alain Colas grâce à Miko,

- avons été intoxiqués par les gaz dudit Miko.

La Suède avec les copains, c'est vraiment cool.

Posté par Eluise à 17:04 - La vraie vie d'Eluise - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 mai 2008

Sam saoûle

Le printemps c'est bien mais ça a ses inconvénients aussi. Quand il fait beau, il fait chaud. Et quand il fait chaud, y'en a qui puent. Ceux qui suivent savent à qui je fais allusion. Eh oui, l'inénarrable Sam sera à nouveau la cible de cet article.

Le problème avec Sam, c'est qu'il est très ponctuel au boulot. Du coup il est toujours là dix minutes avant tout le monde. Et il en profite pour parfumer le bureau. Et lorsqu'on arrive, une délicieuse odeur nous accueille, une pincée de sueur, un chouilla de crasse, voilà le secret de Sam. Ca fait rêver je sais. Après faut être courageux, faire trois pas et s'approcher tout près pour lui taper la bise. Là j'avoue, j'me mets en apnée sinon c'est juste pas possible.

Alors aujourd'hui, jour de grand soleil, de douce chaleur, Sam il dégageait sévère. Et bizarrement, ça me coupe toute envie d'être sympa avec lui. Etre une garce, c'est ma spécialité, mais j'fais pas exprès.

Mais faut dire aussi qu'il est particulièrement pénible.

luneSam il a un ami imaginaire. Ou pas. En tous cas il cause tout seul. C'est le genre de type qui commente tout ce qu'il fait, vous savez, ces gens qu'on bafferait bien.

- Alors, je vais effacer l'absence de la prof d'espagnol, et puis je vais afficher le menu de la cantine... Oh j'ai mal cliqué... Oh la la. Ah, ça y est. Alors... Je vais ajouter l'info pour l'UNSS..

Un bruit continu, il ne s'arrête jamais. Avouez qu'il cherche la vilaine en moi.

- Sam tu m'as parlé ?

- Ben non.

- Beh si tu m'as dit un truc à propos de prof d'espagnol...

- Mais non !

- Ah si, j'ai entendu hein !

- Mais je parlais pas à toi !

- Ah bon ? Tu parles tout seul alors ? Hihihi.

- Mais... Mais...

- Eeeeh Sam il parle tout seul ! Ouuuh ! Sam il parle tout seul-euh !

Les collègues rigolaient bien, je leur faisais des clins d'oeil à m'en détacher la paupière, parce qu'eux aussi ils en ont marre du bruit de fond Samesque.

Mais Sam, ça l'a pas fait rigoler du tout. Et même qu'il s'est énervé.

- Mais je parle pas tout seul ! Tu fais la maline Eluise mais ça t'arrive jamais à toi de commenter ce que tu fais ?

- Commenter ce que je fais ? Parler toute seule quoi ? Ben non.

Evidemment je mentais. On le fait tous. Même vous. Je suis sûre qu'en lisant cet article vous avez bien lâché un "Ah la connasse" ou un "Quelle coquine", voire un "Dégueu, sa mère".

Mais Sam ne lâchait pas l'affaire. Il devenait bien agressif, les collègues rigolaient plus du tout, un silence gêné s'est installé dans le bureau.

- Oui ben moi ça m'arrive, c'est comme ça, t'as rien à dire, je gêne personne, et puis zut alors, laisse-moi tranquille, blablabla...

J'écoutais plus ça devenait ennuyeux. Je préfère quand il dit des trucs rigolos du genre "Patrick Bruel a été champion du monde de poker ! C'est incroyable ! Vraiment ! C'est pas casser la voix, c'est casser les cartes !". Et puis il rit tout seul à sa blague, c'est là le meilleur moment.

Mais quand même, j'ai un peu de peine pour Sam. Tout le monde se moque de lui. Tout le monde l'évite. Au fond, c'est un bon gars. Enfin j'espère.

Toujours est-il qu'on appréhende la venue de l'été.

Posté par Eluise à 08:21 - Les collègues et les profs - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 mai 2008

La belle et le bad boy

arcimboldo_printempsLe soleil, le beau temps, voilà qui ragaillardit les esprits et donne du coeur à l'ouvrage. Aaaaah le printemps. La saison des amours. Vous remarquerez la récurrence de ce thème en ce moment. C'est le printemps j'vous dis.

Le temps de midi fut particulièrement agréable. J'avais posé mon royal postérieur sur un banc, celui en plein soleil qui permet d'avoir une vue panoramique sur la cour. Autant dire que toutes les affreuses me regardaient d'un oeil envieux, fait chier la pionne à squatter le meilleur banc de la cour. Et ouais. Je m'étais bien installée, presque j'aurais mis les lunettes de soleil. Mais bon faut pas abuser, c'est pas encore les vacances.

Les affreux étaient pas en mode surexcités, et ça, quand il fait beau et que j'ai décidé de prendre le soleil, c'est appréciable. Si j'avais dû me lever pour aller séparer des combattants, je me serais fait piquer mon banc et c'était juste pas possible. Donc je surveillais tout le monde de loin, c'était bien.

Parfois un bon cri de poumon :
- Julien tu lâches ce bâton et tu laisses ton copaaaaaaaaain !

Parfois une agitation de l'index de gauche à droite, non non non, tut tut tut.

Parfois une convocation :
- EHOOO ! Viens voir ICI régler tes absences.

Ca me faisait comme un petit bureau, super pratique ce banc. Comment rester une pionne de folie sans effort et en bronzant.

J'observais les divers jeux printaniers pré-adolescents. Les habituelles courses de 6e. Le foot des 5e. Les commérages des 4e. Les bisous des 3e.
Eh oui, en mai les couples se font nombreux, le printemps, les hormones, tout ça ça produit de l'amour.

Les bisous.

Le calme.

Et là j'ai fait le lien. C'est pas le bordel en ce moment grâce à l'amoooour. Putaiiiin, voilà la clé du mystère.

En effet, les garçons qui ont une amoureuse sont souvent les beaux gosses du collège, c'est comme ça, qu'est-ce que j'y peux moi. Et les beaux gosses, ce sont souvent les caïds, les terreurs. Ca non plus j'y peux rien. Les gentils intellos, ils ont pas de p'tite copine, c'est la dure loi du collège.
Or ces beaux gosses, souvent, ils ont accumulé les conquêtes pendant l'année. Ils ont collectionné les slims, les fonds de teint, les cheveux lissés, bref, ils ont eu droit à toutes les cerises du gâteau. Ils se sont bien amusés. Mais ils les ont plaquées. Elles ont pleuré. Ils étaient encore plus des caïds après ça.
Et puis ils ont trouvé cette amoureuse-là. Une gentille, sans boucles d'oreille géantes, sans talons, sans piercing à la lèvre. La fille gentille. Au début tout le monde a fait heeeeeeein ils sortent ensemble ? Mais comment c'est possiiiible ? Des filles ont pleuré de rage, comment elle a fait cette pétasse moche, je la déteste.

Mais ça a duré.
Le caïd s'est jeté à fond dans l'histoire.
La fille gentille, elle a toujours un petit air condescendant, oui je sais que c'est un crétin mais au fond, c'est un bon gars et je l'aimeuh, voilà ce que disent ses yeux à chaque fois que tous ses copains intellos la regardent avec des yeux qui disent mais qu'est-ce que tu fous avec ce débile non mais oh.
Du coup, le caïd est tout admiratif devant son amoureuse intelligente, il ne la lâche pas, il lui fait des bisous, il la colle comme un Malabar, il a une expression vraiment stupide sur le visage, tout le temps. Mais c'est tellement mignon.
Et ça dure.

Et puis un jour, on se dit, tiens ça fait longtemps que j'ai pas collé Caïd. Tiens ça fait longtemps qu'il n'a pas été exclu de cours. Tiens, mais je le vois même plus en fait.
Eh oui, l'amour calme le caïd. Il a d'autres choses à foutre que t'emmerder, il a de l'amour à gérer.

Et moi du coup, je peux passer deux heures sur mon banc, tranquille.

L'amour, y'a que ça de vrai j'vous dis.

Posté par Eluise à 21:28 - La récré - Commentaires [22] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 mai 2008

Un bras de fer dans une perm' de velours

col_reParfois, je m'énerve. Hé oui, je ne peux pas être une pionne de folie sereine tout le temps. Et quand je m'énerve, ça rigole pas. Mais alors pas du tout.

L'autre jour, j'ai piqué ma colère en perm', j'ai sacrément fait flipper les 6e Déchaînés.

Une prof était absente et donc on se coltinait ses 6e en perm' pendant une heure. Etant donné qu'il s'agissait d'une heure de perm' déjà habituellement chargée et que 60 gamins dans une salle c'est trop dangereux pour notre équilibre psy, je me suis dévouée pour emmener les 6e dans une salle de cours, afin de décharger la perm' et d'avoir les Déchaînés bien à l'oeil.

J'installe les 6e un par table, nan un par table j'ai dit, tu te mets pas à côté de ton copain, c'est pas la peine de décaler ta chaise de vingt centimètres vers la gauche, un par table j'ai dit. Le 6e est naturellement récalcitrant, vous noterez. Surtout Chiki, qui refusait obstinément de changer de place et avait tellement décalé sa chaise qu'elle ne touchait même plus la table, au milieu de la rangée qu'il s'était mis Chiki.

- Mais madaaaaame...

- Tu remets cette fichue chaise à sa place et tu changes de place.

- Maaaais...

- C'est pas une suggestion, c'est un ordre.

- Maaaaais...

La moutarde m'est quelque peu montée au nez. Pas question de laisser Chiki à proximité de qui que ce soit, il va me pourrir ma toute belle perm', je le sais. Et puis j'étais un peu de mauvaise humeur, voilà.

Alors j'ai fait comme dans les films, je me suis levée d'un coup, j'ai ôté ma veste comme une furie, comme quand on s'apprête à sa battre et en trois enjambées, j'étais au niveau de Chiki.

Il a failli mourir de peur. Le temps que j'arrive à lui, il avait rangé la chaise et changé de place. Un peu de sueur perlait à son front. Le silence régnait dans la salle.

- Bien. Je vous préviens, vous vous occupez et je ne veux rien entendre. Sinon...

Je leur ai pas fait le coup de la mouche qu'on doit pas entendre voler parce que vous savez ce que ça donne, aussitôt, une trentaine de gamins-mouches se met à faire bzzz et niveau autorité c'est pas très crédible.

Je me rassois en lançant des regards menaçants aux 6e.

- Bon, ben vous allez pas me regarder pendant une heure. Vous sortez vos affaires et vous faites vos devoirs.

- Madaaaaame, on n'a pas de sac !

- Comment ça vous n'avez pas de sac ? Oukilé ton sac ?

- On a laissé nos sacs dans les casiers !

- QUOI ?

- Ben on s'est dit qu'on avait perm' alors on a mis les sacs dans les casiers...

- C'est une blague ?

- Mais madame si vous voulez on peut descendre les chercher hein...

- A 30 dans les escaliers ? Mais VOUS ETES MALADES ?

J'étais carrément hors de moi. Comment ça ils osent se présenter dans ma perm' sans sac ? La perm' serait donc devenue une garderie ? En un instant, mon côté schizo a pris le dessus sur toute forme de raison.

- Mais je rêve ! Mais vous comptiez faire quoi pendant une heure ? Vous comptiez sur moi pour faire de l'animation c'est ça ? Hein ? Hein ? HEIIIIN ? Vous êtes des bébés ! Vous êtes... Raaaaah vous m'énervez !

Rien que d'y repenser, je m'énerve. Calmons-nous.

Alors que faire ? Dans la perm', j'ai tout un tas de trucs pour occuper les affreux, des livres, des journaux, des mots-croisés, même des coloriages. Mais dans une salle de cours anonyme, rien de rien. Heureusement, seuls cinq gamins étaient venus sans sac, les autres, ils étaient venus avec sac et cerveau. Si j'avais été une pionne de folie, j'aurais inventé un truc, je me serais démerdée pour leur trouver une occupation à ces cinq-là, on se débrouille toujours quand on veut vraiment. Mais là, rappelons-le, j'étais passablement de mauvaise humeur. Alors j'ai agi comme un tyran.

- Puisque vous n'êtes qu'une bande d'infâmes, vous allez passer l'heure à regarder devant vous, à vous ennuyer comme des rats morts. Le temps va vous sembler long, très loooong, vous allez voir, ça va être horrible. Et la prochaine fois, je suis sûre que vous aurez vos sacs.

Les 6e ont avalé leur salive, ça a fait glups. Certains ont mis leur tête sur la table et ont entamé une petite sieste. D'autres ont tenté une communication avec un voisin lointain, connection que j'ai aussitôt interceptée et faite avorter. D'autres encore ont réussi à taxer un bout de papier et un crayon pour faire un dessin. D'autres ont regardé les mouches voler.

Mais Chiki n'avait pas dit son dernier mot. Celui qui s'était procuré une feuille et un stylo, c'était lui. Il s'est mis à gribouiller sa feuille en faisant plein plein de bruit, vous savez, ce bruit agaçant que fait le stylo qui caresse la table, grrr grrr brrr. De temps en temps, il me regardait avec un petit sourire en accélérant son gribouillage. Oui, vous l'avez compris, Chiki me cherchait. Je ne sais pas comment j'ai fait, mais j'ai tenu bon, je l'ai royalement ignoré. Même lorsque le gribouillage s'est intensifié, que le stylo a traversé la feuille, que les autres 6e ont commencé à râler.

De guerre lasse, Chiki a fini par cesser son bordel.

Heureusement, parce que si ça avait duré une minute de plus, je l'aurais jeté par la fenêtre.

Chiki était déçu. Il lui fallait absolument se faire remarquer. Il n'existe que lorsqu'on l'engueule, Chiki. Mais heureusement il est rigolo.

- Madame c'est quoi ça ?

Il me montrait la feuille de présence que j'avais fait circuler au début de l'heure.

- Une feuille de présence. (soupir) Tu fais comme tout le monde, tu notes ton nom, ton prénom, ta classe...

- Et mon adresse aussi ?

- Oui et pis ton numéro de téléphone hein.

Et bien il l'a fait.

Qui pour une blague téléphonique ?

Posté par Eluise à 20:27 - En permanence - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 mai 2008

Le collège foufoufou

fouLorsque CPE Formidable est absent, c'est le branle-bas de combat au collège. Nous les pions, souvent on s'en rend même pas compte en fait, qu'il est pas là. Mais Proviseur Foufou, si. Il est mort de trouille dès que CPE Formidable fait un pas hors du collège et du coup, il ôte son costume de Proviseur pour se transformer en CPE Infernal.

Ainsi, lorsque j'arrive le matin, que je me dirige vers le bureau du CPE pour le saluer et que sur la porte je vois le petit panneau M. CPE Formidable sera absent aujourd'hui, le désespoir m'envahit, je tombe à genoux, je lève les bras au ciel, et j'émets une longue et sonore plainte "Nooooooooon ! Pourquooooooooi ! "

Une journée de merde qui commence, que je me dis, en fait.

Et effectivement, c'est souvent une journée de merde.

Ces jours-là, Proviseur Foufou entre régulièrement dans la perm', pour s'assurer que l'absence du CPE n'inspire ni les élèves à faire des conneries, ni les pions à glander plus que d'habitude. C'est un malin : il entre sans faire de bruit, j'vous dis pas les frayeurs qu'il me fait, tout d'un coup je lève la tête et boum mes yeux tombent sur lui, l'attaque que je risque moi. J'ai vachement la conscience tranquille me direz-vous. Bah oui, je dois vite planquer mon portable, mon café, fermer toutes les fenêtres des blogs que je lis, et en plus, faire semblant de bosser. Souvent, j'en profite pour engueuler un élève, pour bien montrer qu'avec moi ça rigole pas. Je suis pas certaine que Proviseur Foufou gobe tout ça, mais j'ai le mérite d'essayer. Et puis je suis bonne comédienne alors je suis sûre qu'au fond il doit bien en gober un bout de ce manège.

Outre les petites visites surprises en perm', Proviseur Foufou profite de l'absence de CPE Formidable pour avoir tout un tas d'idées à la con. Du genre on va coller tous les élèves pas bien rangés après la récré. Ou bien on va réorganiser la salle de perm'. Ou bien on va supprimer la perm' du temps de midi et laisser les élèves sous la pluie. Ou bien un pion va se taper toute la récré à arpenter les couloirs. Ou bien non. Oh et puis si. Ou bien on va nettoyer les tables de la perm'. Que des idées à la con j'vous dis, des trucs qui font bien rigoler CPE Formidable lorsqu'il revient et qu'on lui raconte. Parce que ce pauvre CPE Formidable, il se fait vachement engueuler par Proviseur Foufou lorsqu'il revient, il paraît qu'on est tout un tas de glandus, que rien ne va quand il n'est pas là, qu'on en profite sacrément et qu'il est grand temps qu'il reprenne la situation en main. Alors nous on essaie d'être gentils avec Proviseur Foufou, parce qu'on l'aime bien CPE Formidable et qu'on n'a pas envie qu'il se fasse enguirlander.

Et quand je dis qu'on fait des efforts, j'exagère pas. Ainsi, l'autre jour, Proviseur Foufou m'a investie d'une mission inédite : il m'a fait une liste de parents longue comme le bras, et ma mission était de les appeler un par un.

- Mais je leur dis quoi ?

- Vous leur expliquez que l'absentéisme nuit à la scolarité, vous leur expliquez quelles sont leurs responsabilités, vous leur dites que si leur gamin veut aller en seconde générale, bah c'est mal barré parce que blablablabla...

Je me sentais sacrément conne avec ma liste de parents, j'aurais préféré aller boire un café. Mais les ordres sont les ordres. Je voudrais pas que Proviseur Foufou aille engueuler CPE Formidable parce qu'il ne sait pas réprimer les élans anarchistes de son équipe de pions.

Je consulte ma liste. Je décroche le téléphone et c'est parti. Evidemment, je ne présente pas, ou du moins pas complètement, parce que si je dis que je suis la pionne de service, ça va les faire marrer les parents, alors je dis juste Eluise, Vie Scolaire, je pense que c'est assez impressionnant nan, enfin bon, moi j'trouve ça classe. Les parents en tous cas ça les impressionne. Je fais ma grosse voix, mais diable, qu'est-ce que je me sens ridicule. Les parents font pas trop les malins, ils me disent oui madame vous avez raison mais vous savez j'ai tellement de mal avec mon fils, il n'écoute rien, me dit qu'il va en cours et pis en vrai nan, il sèche et va chez les copains ah la la, mais madame, qu'est-ce que je peux faire moi. Mais qu'est-ce que j'en sais, je suis que pionne hein. Ca je le dis pas, j'invente des bidules, des trucs, les parents sont méga reconnaissants, merci madame, merci. Moi je suis certaine que rien ne va changer. Mais les ordres de Proviseur Foufou sont ainsi, il dit d'appeler, moi j'appelle.

En tous cas, apparemment j'ai assuré avec ma mission parce que Proviseur Foufou était vachement content. Surtout quand je lui ai raconté qu'un gamin s'était fait passer pour sa mère et que je l'avais sacrément grillé, et puis que j'étais tombée sur un répondeur qui m'avait dit que je pouvais lui confier tous mes secrets. Il rigolait bien Proviseur Foufou. 

Et CPE Formidable, à son retour, il nous a dit que cette fois, il s'était même pas fait engueuler. Et ben moi, mon CPE Formidable, je l'aime. 

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28 avril 2008

Les origines de la goujaterie

Enfin la rentrée, avec sa pluie et ses flaques, les affreux, leurs crêtes, leurs Converse et leur pantalon slim. Ca m'aurait presque manqué tout ça. Parce que deux semaines c'est long. Et pleins de choses se sont passées en deux semaines. Du coup j'étais plus du tout au courant de rien, c'est-à-dire des couples, de qui sort avec qui, de qui déteste qui, paumée j'étais. Je parle des élèves évidemment (on sait bien que les profs n'ont pas de vie privée, ni de vie tout court d'ailleurs*). Mais heureusement, mes affreuses ont eu pitié de moi et de mon ignorance et elles se sont chargées de tout me raconter.

feux_de_l_amourJe voulais me tenir au courant de l'histoire entre Johanna et Seb. Faut savoir qu'ils sortent ensemble depuis la rentrée de septembre, mais ce sont des amants terribles : régulièrement Seb plaque Jojo qui pleure pendant des jours puis ils se remettent ensemble. C'est ça l'amour il paraît. Mais avant les vacances de printemps, le drame. Seb avait largué Jojo et sortait avec Valentine, la meilleure amie de Jojo. Du coup, tout était chamboulé, Valentine, c'était plus du tout la BF (Best Friend) de Jojo, ah ça non, ça va pas la tête ou quoi. Et pis Jojo elle était sacrément énervée, j'vais la péter cette connasse et tout et tout, t'as raison, mais hors du collège hein. Le clan des filles de la 4e1 était divisé : les pro-Jojo et les pro-Valentine. Un peu comme à l'époque où Brad Pitt s'est barré avec Angelina Jolie alors qu'il était fort marié à Jennifer Aniston. Sauf que Valentine, c'est pas vraiment Angelina Jolie. Et puis elle mesure deux têtes de plus que Seb. Moi, j'y comprenais rien. Qu'est-ce qu'il fout avec elle, que je demandais à tout le monde (vous noterez au passage mon impartialité dans cette affaire). Alors les 4e, ils m'ont expliqué comment Valentine elle avait attiré Seb dans ses filets :

- Elle l'a chauffé sur Msn en lui disant qu'elle allait le baiser !

Diable. Ca "baise" en 4e ? J'ai dû mal comprendre.

- Vous entendez quoi par "baiser" ?

- Bah niquer quoi !

Ah ben oui j'avais bien compris.

- Eh ben, elle est précoce hein Valentine.

- Bah nan, elle l'a pas baisé, c'est pour ça qu'il l'a larguée !

Putain. Ca commence si tôt que ça la goujaterie alors ?

Et puis y'a eu les vacances. Jojo et Valentine sont-elles redevenues BF ? Seb a-t-il réussi à "baiser" quelqu'un ? Qui serait sa nouvelle conquête ?

Suspense !

Voilà pourquoi ce matin j'étais si fébrile. Comme après un épisode du Destin de Lisa. La suite ! La suite !

Ce matin donc, Jojo m'annonce que non, elle ne cause toujours plus cette pétasse de Valentine, après ce qu'elle m'a fait non mais oh, mais qu'à présent Seb sort avec Charlène, qui dans le genre anti-Angelina Jolie, surpasse Valentine. C'est dire. Mais qu'est-ce qui lui arrive à Seb de sortir avec Charlène ? Bah c'est simple, "elle baise".

Alors moi je m'interroge. Les hormones de Seb sont-ils tellement foufoufous au point de sortir avec n'importe qui ? Les filles en 4e sont-elles déjà de sacrées pétasses numéros ? Mais c'est quoi ce bordel putain?

Et sinon... Seb va-t-il "baiser" Charlène ? Jojo va-t-elle pardonner à Valentine ?

La suite ! La suite !

* Allez j'rigoooole.

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27 avril 2008

De la bannière à gogo

Comme vous pouvez le constater, une splendide bannière orne désormais ce blog.

Je remercie donc Manon, qui vous fait de jolies bannières qui déchirent, et que vous pouvez voir sur son blog : http://banniereagogo.canalblog.com/

Merci Manon !

gogo

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21 avril 2008

Debrief de pions

Suite à l'inscription au marqueur qui a ébranlé à jamais le beau préau du collège, nos vacances de vieux pions se voient quelque peu secouées.

Rappelez-vous : Olivier et Proviseur Foufoufou sont plus là l'année prochaine ! Cool !

msn_messengerAvec Olivier, fallait qu'on débriefe le truc par MSN, pendant nos vacances, oui oui. Tout d'abord parce qu'on n'a pas eu le temps de le faire en live et ensuite parce qu'on est des personnes à la pointe de la technologie, nous.

- Slt collègue !

- Slt Eluise!

- Ca roule ?

- Oué et toi ?

- Ouéééé. Tu passes de bonnes vacances ?

- Me fais chier. Et toi ?

- Pareil. Dis voir. T'as vu cki ont écrit sous le préau les gamins ?

- Oué.

- C pas sympa pour ta gueule hein.

- J'te rappelle qu'ils avaient écrit "Eluise = merde" dans la perm'.

- Ca va hein, ils sont joueurs les affreux. Fé pas ton malin. Bref. C koi c't'hisoire, tu t'en vas l'an prochain ?

- Kes ça peut te fout', tu t'en vas aussi.

- C pas faux. Tu t'en vas alors ? Putain.

- Bah ch'ais pas, j'vais pas être pion à vie quoi. On verra.

- Ah ben oué. T'as raison. Et Proviseur Foufou il s'en va ?

- Naaaaan.

- Dis pas n'imp', c'est écrit sur le mur.

- T'es conne.

- Toi aussi. Alors il s'en va ou pas ?

- J't'ai dit nan, il a pas eu sa mut'.

- Bien fait pour sa gueule de connard.

- T'es méchante...... Mais c'est vrai.

- Je sais. Pauv' gosses quand même.

- Pourquoi ?

- Bah ils vont encore se le coltiner l'an prochain.

- Oué. Il est deg' j'crois.

- Rien à fout'. Alors en fait c'est tout du mytho c'qui y écrit sur le mur ?

- Ben oué.

- Putain.

- Oué.

- T'as vu j'ai plus rien à raconter sur le blog.

- Oué, tu t'ennuies des gamins ou koi ?

- 'Tain j'crois. C'est grave hein.

- Et de Claude aussi ?

- T'es con.

- Toi aussi.

- Au fait bien joué pour la rumeur avec Emilie.

- C pas moi.

- Merde. C'est ki alors ?

- Ben ch'ais pas.

- Putain. Faudra que je résolve ça à la rentrée.

- Y'a Steph' qui revient à la rentrée.

- Sa jambe est plus pétée ?

- Ben nan, puisqu'elle revient.

- Ah ben oué. C cool. On va bien rigoler avec elle.

- Oué. Vivement la rentrée alors ?

- Exagère pas non plus.

Posté par Eluise à 22:24 - Fierté de pion - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 avril 2008

Souvenirs capéssiens

hobbie_glanderComme vous l'avez certainement remarqué, je suis en vacances. J'en profite pour bien glander. Par contre je suis sacrément emmerdée parce que loin de mes muses (350 collégiens ingrats en folie), je ne suis plus rien, le blog crie famine. Si un beau brun faisait son apparition dans ma vie, j'aurais de quoi écrire. Si c'était la période des soldes, pareil. Mais nan, rien de rien. 

Quoi, vous vous imaginiez que j'étais en train de préparer les oraux de l'agreg à fond la caisse et que c'était pour ça que j'imposais ce silence bloguesque ? Que nenni. Les vacances, c'est fait pour se reposer, sachez-le.

Et puis depuis mon mémorable passage aux oraux du CAPES l'an dernier, je me méfie moi, des oraux. Allez j'vous raconte.

Déjà, j'ai bien failli ne pas y aller parce qu'une personne mal intentionnée de ma promo, elle aussi admissible, a fait échanger nos dates de passage, pour tout un tas de raisons qui resteront obscures à jamais. Ca vous épate hein ? Moi aussi, à l'époque, ça m'a épatée qu'elle ait eu le culot d'appeler la dame du Ministère, et surtout que la dame du Ministère ait accepté l'entourloupe, le tout sans me tenir au courant, il va de soi. Heureusement, mes qualités de pionne de folie - espionner tout et tout le monde en toutes circonstances, arracher des aveux à un muet, veiller même quand je dors - m'ont permis de déjouer le guet-apens qui m'était ignoblement tendu.

Puis vint le grand jour. A peine arrivée, je demande à un type qui traînait là "où qu'c'est les toilettes siouplé m'sieur". Evidemment, ce grand type, c'était juste le président du jury, je me sentais pas du tout conne comme ça.

Ensuite on m'a filé le premier sujet à préparer, tout un tas de documents dont certains qu'on avait déjà étudiés en cours pendant la préparation au concours. La chance me direz-vous. Eh ben nan. Et vous lecteurs-profs, vous savez quel piège c'est pour un élève de tomber sur un sujet qui ressemble à ce qui a été fait en classe, en général, c'est la merde, on essaie de ressortir le cours, mais en moins bien donc on se plante misérablement. Donc j'étais toute paniquée avec mon sujet pourri, et du coup j'ai pas eu le temps de finir et les surveillants ont dû me virer de la salle de préparation, "siouplé m'dame, siouplé encore juste une minute" que je gémissais.

Hop on repasse par le vestiaire pour se débarasser de tout ce qui fait interférence face au jury. J'me débarasse de ma trousse, de mes gâteaux, de mes Candy Up, de mes gri-gris en tous genres et on avance dans le couloir de la mort. Autant dire qu'à ce moment-là, je suis sur le point de défaillir, mes jambes sont en coton, j'ai vaguement envie de vomir, ma voix disparaît, ma bouche tremble, argh au secours, mais qu'est-ce que je fous là putain. Le jury me fait signe d'entrer. Ils ont l'air sympas en fait. Je m'avance en souriant, je suis une winneuse, je suis une winneuse.

Zooooup ma godasse de fille glisse sur ce putain de plancher, ma jambe part en avant, mon bras se raccroche désespérément  à la table, je suis presque par-terre mais je sauve l'honneur en me relevant d'un coup de bassin vers l'avant.

Le jury hallucine.

Putaiiiin.

Je m'assois comme si de rien n'était, les cheveux en bataille, les genoux en feu, je souris de toutes mes dents.

Et là je réalise.

Je réalise qu'au vestiaire j'ai laissé mes lunettes.

Je réalise qu'au vestiaire j'ai omis de laisser mon surligneur. Qui est en fait un joujou surligneur, un genre de petite soucoupe volante à trois couleurs vachement rigolo. Et que je l'ai dans la main. Je le pose à l'autre bout de la table, comme si je ne savais pas ce qu'il faisait là. Toujours en souriant bêtement. Evidemment ce grand mouvement de bras attire toute l'attention du jury. Ils sont tous là à mater mon joujou.

Le jury continue à halluciner.

Mais ce n'est pas fini.

Je fais ma présentation, pas finie puisque ces saletés de surveillantes m'ont virée à coups de pieds au cul. La première question du président tombe. Ce n'est pas une question :

- Je n'ai pas compris votre objectif.

Bon. Ca, c'est fait.

Un excellent souvenir, comme vous pouvez le constater. Du coup, les oraux et tout le tralala, j'm'en méfie. Parce que ce jour-là, j'ai eu la meilleure de toutes mes notes au concours.

Posté par Eluise à 18:24 - La vraie vie d'Eluise - Commentaires [19] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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